ACTE DEUXIÈME
pour vous conquérir, mais hélas, les absents, on les oublie ! Oh ! pourquoi n'ai-je pas osé ?... peut-être m'auriez-vous attendu, et peut-être, à cette heure, neserais-je pas là tremblant devant vous... Et vous, vous ne pleureriez pas. Oh! comme je vous aimais... comme je vous aime !
BLANCHE
Robert, taisez- vous !... Si vous voulez demeurer mon ami méritez la confiance que j'ai en vous.
ROBERT
Mais pour mériter votre confiance, je ne puis pourtant pas étouffer cet amour que j'ai pendant cinq ans nourri d'espérances et bercé des plus doux rêves... Je reviens, je vous retrouve à un autre, et vous voulez qr.e je me taise ?... Si encore, vous étiez heureuse, j'aurais au moins l'amère joie de votre bonheur; mon dévouement pourrait s'élever jusqu'au sacrifice, si je vous voyais sourire; mais la douleur que je lis dans vos yeux, vos souffrances que je devine ne font qu'exaspérer mes regrets...
BLANCHE
Vous me parlez avec l'àpreté qui vient d'une déception récente, votre blessure est encore toute vive, aussi je vous excuse et je vous pardonne. Mais pour mon honneur, pour votre repos et pour le mien, il faut oublier et vous taire.
ROBERT
Oui, j'essaierai, sinon d'oublier, du moins de ne plus vous importuner de ces souvenirs...
BLANCHE, elle se love.
Je vous ai déjà trop écouté!... Séparons-nous... on vient... Voici madauie de Bouttellov. Je ne veux
pas qu'elle nous voie ensemble... (il s'éloigne par le fond à gaucho. — Seule.) Elle sci'ait si heureuse de me faire souffrir encore !
Elle se jette derrière la tapisserie qui couvre une porte au premier plan, à gauche.