ACTE TROISIÈME
tinuer sa vie de plaisirs, vous, vous êtes condamnée au veuvage, à la solitude, et vous avez vingt ans!
BLANCHE
L'Eglise proscrit le divorce.
ROBERT
Pour le couiinuu des mortels, oui! Mais elle l'accorde aux puissants. Elle ne tolère pas le mot divorce, mais quand il lui plaît, elle prononce l'annulation du lar.riagc. Le mariage a été consommé, n'importe, l'Eglise dit qu'il est nul. Et s'il y a des enfants ? Ces enfants sont nuls, aussi, sans doute ? Mais ne voyez-vous pas que la loi de l'Eglise est une loi impitoyable ? La femme innocente est frappée pour la faute d'un autre. Elle n'a rien fait, elle n'est coupable de rien, que d'avoir été trompée, et elle est liée pour la vie... Et il lui sera interdit, à elle, de rêver un autre foyer, ime autre famille, un autre avenir qui répare le malheur passé; tout cela, parce que Dieu le défend! Mais si vraiment votre Dieu avait cette cruauté et cette injustice, ce serait à lever le poing vers lui !
BL-VNOHE.
Oh! mon a ni, ne blasphémez pas!
ROBERT
Je ne blasphème pas; au contraire, je défends Dieu contre ses représentants qui le font barbare. Mais ne sentez-vous pas en votre cœur, en votre instinct, que je dis vrai, que rien ne peut lier éternellement une créature et l'enchaîner au point de lui f lire renoncer à sa part de bonheur, de joie et d'amour! Ne sentez vous pas qu'au-dessus de tout, au-dessus des superstitions et des prescriptions religieuses, comme des conventions mondaines, il v a
la raison et le cœur, il y a la vie, il y a la loi naturelle ! plus forte que votre pudeur, plus forte même que votre conscience... Il y a la jeunesse! 11 y a deux êtres qii s'aiment et qu'un imliécile préjugé ne peut éternellement séparer. L'amour, voyez-vous, si vous êtes capable de le sentir immense et profond comme je lo sens, l'amour est plus fort que le monde, plus fort que lEglise, plus fort que tout!
BLANCHE
Robert, je vous en prie...
ROBERT
Ah, c'est qu'aussi mon cœur éclate... Mais je discute, je raisonne !... comme c'est stupide et froid... Je soutiens une thèse philosophique contre vous I Mais pour vous toucher, pour vous convaincre, je voudrais m'approcher de vous, me jeter à vos genoux, vous envelopper de ma tendresse, laisser enfin sortir de mes lèvres tous les mots du cœur qui m'ètoulTent: Je vous aime, je vous adore, je vous veux! N'êtes-vous i-as à moi depuis toujours, est-ce qu'il y a au monde des conventions qui puissent tenir devant ceci : deux êtres qui s'aiment! (Brusquement, il est à 8C3 genoux et lui baise les mains.) Oh ! je t'adore, je t'adore ! Blanche, Blanche ! me repousseras-tu?
BL.\XGHE, se resaisissant. Lentement, il se relève.
Oh! mon ami, quelle force voulez-vous que j'aie... Allez-vous en! Taisez-vous!... Laissez-moi. Mon père va rentrer, il ne faut pas qu'il me voie ainsi, avec vous, tout émue, tremblante !... Allez-vous en ! allez-vous en !...
Il lui baise les mains, et il sort par le cabinet de travail, en lui jetant un loui-' regard.