‹ Le droit du père; comédie-dramatique en cinq actesChapitre 56 sur 87 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

femme délaissée. Le monde est si blasé sur des infortunes comme la mienne ; mais ceux qui souffrent ne se blasent pas sur la souffrance! Le courage s'épuise... je ne pouvais plus!... Ah! tu disais bien vrai, l'autre jour! — Il passait ses nuits au cercle, ou chez sa maîtresse!... Où prenait-il encore Targent pour mener cette vie ? Je ne sais, puisqu'il a dévoré sa fortune. — Mais ce qu'il y a de plus horrible, mon père, c'est que chaque nuit, chaque matin j)lutôt, il revenait abruti d'orgie et de jour en jour plus violent, plus grossier ; si je te disais, père, que [)lusieurs fois, il était ivre, certainement... si je te disais qu'il m'a frappée?...

FKRARD,

Frappée !... Oh!... le misérable, le misérable!...

Il crie et tend le poing.

BLANCHE

Oui, l'autre jour, parce que je n'ai pas voulu lui signer une donation... après une scène violente, il m'a traînée par les cheveux sur le parquet.

FÉR.XRD, il crie.

Ah ! bourreau! Assassin !... C'est horrible!... Et n'avoir pu te protéger!... te défendre!... toi, meurtrie!... ma fille! mon enfant, mon enfant!... (ii

l'enveloppe de ses bras et sanglote.) Ohl... (ils pleurent.) Et tu ne me l'as pas dit !... (il marche avec agitation.) Oh!... je te vengerai!... Si j'avais été averti, je t'aurais arrachée à ce bandit! Il fallait le quitter !

BLANCHE

Mon père, avant d'en venir là, on attend, on supporte, tant qu'on a la force d'attendre et de supporter !..

FÉRARD.

Oh! toi, frappée!... meurtrie! c'est horrible!...

BLANCHE

Père, les blessures morales sont encore plus terribles (|ue les meurtrissures et les coups, et j'ai plus souflfert encore dans mon cœur que dans ma chair.

FÉRARD.

Ah! c'est fini! va, te voili près de moi! sous ma protection ! comme tu as bien fait det'évader de ce bagne!... Oh... misère de moi! Pourquoi tout cela est-il arrivé?.;. G'estma faute ' pardonne-moi, pardonne-moi !

BLANCHE

Mais non ! père, que veux-tu dire ? Et qu"ai-je à te pardonner ?

FÉRARD.

Oh ! J'avais cru bien faire. J'avais toujours peur de ne pas te rendre la vie assez heureuse ; je t'aime tant! Je me demandais si je saurais bien remplacer t:i mère auprès de toi et si, maladroitement, je ne te ferais pas passer à côté du bonheur. Un homme, ça ne sait pas ! ça ne reçoit pas les confidences qu'on peut faire à la mère... Je ne voulais pas que tu restes triste et seule trop longtemps près de moi... et je t'ai conseillé ce mariage. Je me sentais vieillir et j'avais peur de te quitter avant de t'avoir trouvé un protecteur, un soutien, un homme pour remplacer ton père... C'est cette madame Bouttelloy qui nous a présenté son cousin, et préparé le mariage... Paul paraissait du reste charmant... plutôt timide... Qui eût dit que cette douceur caciiàt tant d'hypocrisie et de lâcheté? Toi-même, tu l'as accepté sans répugnance, n'est ce pas ?

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