ACTE QUATRIÈME
BRIÎVANNES.
Et apr^s ?
TRINQUESSE.
Après, comme il me voyait humilié et toujours rageur...
BRÈVANNES.
Oui, un peu rageur, vousl
TRINQUESSE.
... Il est venu à moi, et m'a tendu la main en me (lisant : vous êtes brave et généreux, monsieur, on doit être heureux d'être de vos amis. Moi, sans savoir ce que je faisais, dominé par une force supérieure, j'ai pris la main qu'il me tendait.
BRÉVAXXES.
Et puis?
TRINQUESSE.
Je suis devenu son meilleur ami. Ce n'est pas un homme comme les autres, voyez- vous, il a je ne sais quoi qui impose ; il a des façons de vous dire les choses, d'un ton à la fois grave et familier qui persuade et qui l'a fait, comme je le disais, mon maître.
BRÉVANNES
Il vous transforme !
TRINQUESSE.
Oui, il m'a ouvert les j^eux sur les hommes et sur les choses, depuis que je suis son ombre, je vois la vie tout autrement qu'avant, je deviens sérieux.
BRÉVANNES
Vous sérieux !
TRINQUESSE.
Très sérieux! Je sais ce que c'est que le devoir dans le monde. Mes grandes occupations d'aupara-
8G LE DROIT nu PÈRE
vant ne me paraissent iilns que des futiliiés. Je suis si'rieux, vous dis-je. Et si vous ne me prenez pas encore au sérieux, vous, parce que vous m'avez trop vu faire la fôte, d'autres ne sont pas aussi sceptiques. Je deviens un homme, je suis un homme, un citoyen! Et tenez, une preuve que je suis sérieux et hon ù quelque chose?... Je viens d'être choisi pour faire partie du jury criminel.
BRÉVAXKES.
Du jury ?
TUINQUESSE,
Parfaitement! du jury! Je serai un de ces hommes graves qui tiennent entre leurs mains la vie ou la )nort de leurs semblables, et qui disent : « En mon âme et conscience l'accusé est coupable, ou — l'accusé est innocent! » c'est pas sérieux, ça?
BRÉVANNES
Parfaitement !
lU remootoDt, plusieurs habitués sont entrés, on va, on vieat, on fume, des parties s arrangent à de petites tables, on boit.
SCKXK II
Les Mêmes, BOUVRY, SERVAL, ils entrent de
gauche.
BOUVRY, à Serval.
Et votre procès ?
SERVAL
J'attends maître Servières mon avocat, rien n'est encore décidé.