‹ Le droit du seigneurChapitre 15 sur 26 · COMME AU CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

COMME AU CHAPITRE PREMIER

Loin de nous l'insolente autant qu'illégitime et absurde prétention d'un auteur de 1785 (A. de Nerciat, Amsterdam), osant, au verso du titre de son tome II, imprimer les vers suivants :

Voici, mon très-cher ouvrage,

Tout ce qui t'ârrivera;

Tu ne vaux rien, c'est dommage:

N'importe, on t'achètera.

Jusqu'au bout, avec courage, on te lira.

La plus folle, c'est l'usage,

Au feu te condamnera.

Mais la plus sage en rira.

Une insolence est toujours une insolence, même dite avec esprit, même enchâssée dans le pur ophir d'une phrase poétique ; ce n'est pas le cas. Les vers sont mauvais; le cinquième n'est rien autre qu'une ligne de prose.

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Nous ne pouvons pas imiter ce bluettiste erotique du xviii^ siècle ; et, cependant, nous avons à faire une déclaration qui scandalisera peut-être certains timorés, ceux qui croient encore, — ils sont devenus rares, — que la débauche est dans le mot, presque dans tel ou tel genre littéraire.

Le livre de Nerciat, à part sa rodomontade ridicule, est une précieuse note de cette littérature légère. Un esprit très fin, très gaulois, ayant à sa disposition le plus franc des styles, convient que : « La viva- « cité de quelques tableaux ne doit pas « nous empêcher de rendre justice à l'une (( des plus charmantes productions que la « décadence du xviii^ siècle ait inspirées, (f coquette débauche de sentiment et d'es- « prit, esquisse folâtre des dernières ruelles « à la mode, accentuée plus littérairement a que le long roman de Louvet. Félicia « (c'est le titre du livre donné en 1785 à « Amsterdam, 2 pet. vol. in-ié) a été réé- 0 ditée avec un grand luxe de gravures. Ce « sont encore des Mémoires, mais des Mé-

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(.( moires aussi rapides et aussi mutins « qu'on peut le désirer. i>

(Charles Monselet, les Amours du temps passé.)

D'accord ; cette folâtre esquisse des dernières ruelles à la mode obtient de votre part le bénéfice des circonstances atténuantes ; mais vous ne composez pas seul, hélas ! le jury qui prononce sur les choses de goût, choses légères et choses demi-sérieuses, femmes frivoles et couplets grivois de notre charmant xviii^ siècle; d'autres viendront^ — ne sont-ils pas venus ? — qui jetteront l'anathème à ces dieux rieurs, bonnes personnes, capricieux et spirituels, de libre parler et de toilette peu chargée, la gaze faisant mieux leurs petites affaires ; i'aéropage des graves, Usez rides et cheveux blanchis, condamne ces productions, qui ne sont rien autre chose que le génie même de Rabelais, avec une tournure, un esprit, un brio, un rire plus voisins de l'amour. Pourquoi tant de sévérité? Ne vous souvient-il pas d'un aéropage plus indulgent.

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qui excusa la femme légère, parce qu'elle avait la suprême séduction des plus belles lignes, des plus gracieuses inflexions de la statuaire vivante ? Qui n'a souvenir de la duchesse d'Hamilton, ce divin statuaire qui n'a pas laissé d'œuvres, puisque l'œuvre a péri avec l'ouvrier ? « Statuaire (( étrange, qui était aussi la statue, et dont « les chefs-d'œuvre sont morts avec elle; « gloire viagère qui n'a pas duré plus que « les frémissements de la vie et l'ardente c( émotion de quelques jours. C'est encore (( une page à écrire; mais où prendre la « plume de Diderot pour la tracer ?» —

J.'A. Barbey j d'Aurevilly.

La phrase est une statuaire ; ce n'est pas la moins belle des statuaires quand elle est maniée par des artistes comme Voltaire, Diderot, Beaumarchais, d'Alembert, Bossuet, Pascal; dans l'antiquité par Démosthènes, Cicéron, Homère, Virgile, Tacite, Pline, la pléiade des petits poètes latins, surtout leur maître, le déHcat de Tibur, l'immortel Horace ; dans la suite

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des âges par Dante, Le Tasse, Pétrarque, Machiavel, Shakespeare ; dans les temps modernes par Lord Byron, Macaulay, Lord Chesterfield, Carlyle ; — Burcke, Shéridan, Pitt, Lord Palmerston, Gladstone, Disraeli, Mirabeau, Danton, Vergniaud, Berryer, Lacordaire et Jules Favre, les grands virtuoses de la phrase pariée; — et chez nous par Hugo, Lamartine, Musset, Barbier, Vigny, Méry, Villemain, Littré, Augier, Dumas père et Dumas fils, M'^^ Emile de Girardin, et nos contemporains , qui n'ont pas de rivaux dans le monde pour le fini de la ciselure, la beauté de la forme, l'harmonie de l'ensemble. La statuaire de la phrase contient une âme aussi éloquente, aussi fiévreuse, aussi passionnée que les plus belles œuvres de l'art, fi.issent-elles signées Michel-Ange, Canova ou Pradier. Or, le marbre dit tout, le nu est son dernier mot, sa puissance et son ravissement : pourquoi la phrase ne jouirait-elle pas des mêmes prérogatives ? Est-ce que le beau dans le marbre n'est plus le beau dans la phrase ? Rien n'est vrai

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que le beau, qu'il s'agisse d'une statue, d'une phrase ou d'une strophe. Dante coule ses tercets dans l'airain, TibuUe grave son vers sur le plus beau marbre blanc qu'il puisse trouver, Shakespeare jette son drame dans un bloc de granit, Le Tasse écrit son poème sur une pierre précieuse merveilleusement teintée : est-ce que l'airain, le marbre blanc, le granit et la pierre précieuse ne sont pas choses égales devant le génie? L'ébauchoir de Michel- Ange est-il plus immortel que la plume de Victor Hugo? Il y a, selon nous, identité. La phrase est une statuaire au même titre que le marbre ; elle a les mêmes ardeurs, la même poésie, les mêmes frémissements, le même vague, la même grandeur calme, la même sérénité; que la phrase jouisse donc des attributions incontestées de la statuaire, qu'elle puisse tout montrer, tout dire, tout peindre. La lettre pour le mot, le mot pour l'idée, l'idée pour l'âme, pour la vie, toute l'âme, toute la vie : voilà notre rhétorique.

Halte-là, les rigoristes ! Nous ne voulons

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pas vous donner le trop facile plaisir de plaider, — avocats d'office, — la cause de la morale, qui n'est pas menacée; la cause de la famille, que nous aimons par-dessus tout; la cause de l'éducation, qui est notre pensée permanente, notre idéal, allionsnous dire; — non, rien n'est menacé de ces augustes choses, la morale, la famille, l'enfant, l'éducation, le foyer ; tout est sauvegardé, au contraire, car il est bien entendu, — faut-il donc vous rappeler ces principes élémentaires ? — que le nu dans la phrase ne revêt pas la forme exacte du nu dans le marbre; la plume n'a jamais l'inspiration aussi capricieuse que le ciseau; on pardonne chez l'un ce que l'on accuserait chez l'autre, et avec raison. Il y a des mots orduriers, la langue verte des mauvais Heux, la langue verte des erotiques, toutes choses qu'il faut proscrire; mais en conservant le langage des ruelles au xvn% au xviii^ siècles, langage rempli de charme, d'abandon, de mutinerie et de grâce. Coupez, élaguez, expurgez, — mais par mesure d'ordre pubUc, par hygiène

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intellectuelle, n'allez pas faire de la langue française un squelette ou une algèbre, due penserait Mathurin Régnier,

De rimmoriel Molière, immortel devancier ?

Qiie diraient les conteuses du siècle passé ? les grandes dames de Louis XIV, de la Régence et de Louis XV ? les chansonniers qui se nommaient quelquefois comte de Maurepas, duc de Richelieu, duc d'A3'en, duc de Chaulnes, duc de Choiseul ? La g'îté, l'ironie françaises, ont leurs droits de cité; leurs mots, quoique seulement écrits sur la marge du dictionnaire de l'Académie, ne se laisseront pas exproprier pour cause d'utilité pubUque; ils résisteront, ils ont déjà résisté; ils ont déjà lutté, ils ont la vie chevillée dans lecorps, comme s'exprime une vive Mazarinade; ils ont déjà vaincu, ils sauront vaincre encore et toujours.

La persécution grandit ceux qui la supportent en la narguant; il serait à craindre, ou plutôt à désirer, que les mots proscrits, en matois compères qu'ils sont, employassent ce mo3'en de résistance : rire à gorge

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déployée, de ce rire si plein d'esprit, de verve endiablée, de gauloiserie piquante, de promesses inattendues, — ce rire ironique et strident désarmerait les plus grands ennemis. C'est de la bonne guerre. Répondre à la proscription par un rictus très prononcé, c'est du génie; et, ce qui a bien son prix, ce qui vaut mieux dans l'espèce, c'est du génie français.

Le mot esc ailé de sa nature; son asservissement n'est pas de longue durée ; il a bientôt fait de briser les barreaux de sa cage, il s'envole dans l'azur de la fantaisie, dans le bleu de l'imagination ; ces deux paradis, — qui ne sont pas des paradis perdus *, —

* Nous donnerons, à la fin de Tannée, un long travail sur les couplets si abondants et si légers du xvdie siècle. « Ces charmantes productions de la décadence, » (Charles Monselet) y seront examinées au point de vue de la langue, au point de vue de l'histoire. Les récits officiels ne disent pas tout. Proscrire les couplets de cette époque serait châtrer le xviii* de ce qu'il a de plus charmant, de plus français; on comprendrait plus difficilement l'histoire des événements, l'histoire des mœurs. Nous avons expurgé, cela va de soi; nous n'avons imité ni les hardiesses coupables de La Grange-Chancel , ni le cynisme ordinaire de

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lui plaisent, le ravissent, et nous enchantent; chacun y trouve son compte; c'est, d'ailleurs, le propre de la liberté en tout ordre de choses; la liberté porte avec elle sa réglementation ; s'il y a poison, l'antidote est à côté ; et nous possédons le meilleur des antidotes, quand il s'agit de la pensée : n'avons-nous pas le bon sens, cette qualité de prime-saut de notre race franque ?

Ces réflexions, faites à propos de quelques pages sur le Droit du Seigneur et la Rosière de Salency, on voudra bien nous les passer, surtout après nos réserves, surtout après notre Etude sur la Régence (1875), car nous croyons avoir évité l'écueil en mettant des points là où l'expression, trop libre, frise tant soit peu le libertinage, le sansgêne d'une conversation entre jeunes hommes. Nous comprenons, et nous l'avons dit, que la phrase , quoique considérée

Louvet, qui furent ce que nous appelons maintenant des oseurs; — mais oser — de cette façon, c'est souffleter à la fois l'histoire et la conscience. L'opinion est faite là-dessus.

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comme une statuaire, ne peut pas aller dans le nu, dans le relief, aussi loin que le marbre; c'est de toute impossibilité.

Mettre brutalement à l'index les couplets de ruelle, les ironies de la Cour, les méchancetés de salon, personne n'y songe; ce serait rayer d'un trait ce que l'histoire a de plus souriant; et l'histoire, on ne le sait que trop, ne sourit pas à toutes ses pages : le sang et les larmes y mettent souvent bon ordre !

Que deviendraient, alors, les Mazarinades, les chansons, les reparties, les sottises, les bons mots, les pointes, les flèches, les sous-entendus, les feuilles volantes de ruelle, tout un monde en deux siècles, — les Gazettes allemandes, anglaises et hollandaises, les mille rumeurs de la Fronde, cette révolution vue par le petit bout de la lorgnette, ce mouvement populaire qui faillit entraver l'essor d'un grand règne et l'éclosion de magnifiques talents, — les journaux de la Ligue et des guerres d'Henri IV, journaux remplis de maUces et d'allusions brûlantes; — que deviendraient toutes ces sources

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d'informations pour l'historien, le moraliste, le penseur et le poète ?

On y réfléchira ; l'histoire officielle n'est pas plus toute l'histoire qu'un fragment de roche n'est toute la montagne, qu'une vague n'est tout l'Océan, qu'une étoile n'est tout le vaste système planétaire; c'est une abondance nécessaire ; nous ne voulons pas dire un mal nécessaire ; car l'ironie, l'esprit, la fugue sont aussi indispensables pour bien saisir l'histoire que le sang est indispensable à l'organisme et la chaleur à la nature. Ne chassons pas le rayon, notre ciel de l'art serait trop vite sombre.

Delvau, — un chercheur de premier ordre, un ramasseur de belles choses, qui a su retrouver des mots d'une incontestable valeur, des tournures où brille la grâce et l'éclat de notre langue, — Delvau n'entendait pas raillerie sur ce point; son indignation ne connaissait plus de bornes quand on osait proscrire un malheureux mot ; ces parias le touchaient jusqu'aux larmes, et quel cœur sensible que le cœur de cet écrivain !

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Ecoutez Fauteur qui nous a donné : Au bord de la 'Nièvre, Les Heures parisiennes , Les Cythères parisiennes, A la Forte du Paradis, Les Dessous de Paris y Les Barrières de Taris, Les Cafés et les Cabarets de Parisj Les Romans de Chrualerie, Le Dictionnaire de la Langue verte, et tant d'autres chefsd'œuvre; — vous partagerez peut-être son indignation, car il tressaillait d'aise quand il recueillait un mot ; indiquer un mot à Delvau, c'était le rendre aussi heureux que si l'on rapportait à nos statuaires les deux bras de la Vénus de Milo, avec son attitude, son prestige originels.

(( Aucun écrivain, dit-il, jusqu'à ce jour « ne s'est senti assez franc de coUier, ni c< assez ferme des rognons, pour entrece prendre cette publication, jugée néces- « saire cependant par tout le monde, par c( les gourmets aussi bien que par les goin- (( fres, par les lettrés aussi bien que par « les simples curieux.

(( Mais les expressions modernes, mais (( les mots pittoresques nés d'hier, qui a « eu la patience de les coUiger et le cou-

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« ra2:e de les nomenclaturer ? Personne. a La littérature contemporaine compte as- (( sûrement nombre d'excellents esprits « très dignes de mener à bonne fin une c( œuvre de l'importance et de la nature « de celle-ci; il n'en est pas un seul qui « ait osé emboucher le clairon de l'éman- (( cipation, pas un seul qui soit parvenu à « se démailloter, à se débarrasser de ses « langes et de ses lisières. Ce sont, en « effet, de si grands seigneurs que les préce jugés ! de si grandes dames les convenc( tions ! Songez donc : appeler les choses (( par leur nom ! — la grosse affaire ! a Pour moi^ qui n'ai pas la vaine supersti- « tion du langage, et qui, au contraire, (( possède au suprême degré la haine, « presque le dégoût de la feuille de vigne a que les hypocrites placent sur leurs (( discours, j'aborde résolument le tauc( reau par les cornes, et j'essaie de faire, (( à mes risques et périls , ce que perce sonne jusqu'ici n'a eu le courage de ce tenter.

(c Ce qui m'a guidé dans cette intéres-

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« santé besogne, à laquelle j'ai consacré de « nombreuses veilles et pour laquelle je « ne demande aucune récompense, — « m'en étant déjà décerné une à moice même, — ce n'est pas de donner satis- « faction aux curiosités malsaines des ]i- « bertins, vieux ou jeunes, qui se jettent « sur les livres obscènes comme les mouce ches sur des rayons de miel ; j'ai trop « le respect de moi-même pour descendre « à une aussi puérile infamie, quelque haut

« prix qu'elle rapporte à son auteur Je

« me suis fait le Saint Vincent de Paul des c( nombreux mots orphelins qui grouillent « dans le ruisseau, des nombreuses expres- « sions vagabondes qui se morfondent de- « puis si longtemps à la porte du Dictionce naire de l'Académie, et je leur ai conce struit, à mes frais, un petit hospice, en ce attendant qu'on songe à les admettre ce dans le grand.

ce Qu'a-t-on fait du français médullaire, ce si substantiel et si savoureux, de Mace thurin Régnier, d'Agrippa d'Aubigné, ce d'Amyot, de Rabelais, de Montaigne,

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<c de Brantôme, et de tant d'autres écri- « vains qui besognaient fort et dru ? )>

Delvau y met de l'impatience ; mais la volonté qui le guide est excellente ; cette préface ne peut pas être citée dans son entier; on le voit, quoique partisan des audaces, nous sacrifions néanmoins aux convenances de notre temps. Un alinéa encore, celui-là visant Victor Hugo et le mot célèbre d'un général français et d'un brave soldat :

a Ce cant (le langage noble) que nous (( reprochons aux Anglais, nous l'avons au « même degré qu'eux ; nous rougissons « pudiquement... des grossièretés de notre « Rabelais, comme ils rougissent... de « leur Shakespeare. Et plus nous allons, « plus notre cant s'aggrave avec nos vices. « — Je me rappelle encore l'émotion gé- « nérale qui accueillit, il y a quelques ance nées, le chapitre des V\Cisérahles de Vic- « tor Hugo, où s'étale superbement la (( réponse énergique de Cambronne à Wa- « terloo. C'était un scandale à nul autre c( pareil. On ne voulait pas croire à tant

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« d'audace; et le nez même sur la page (( où cette shochnerie (le cant) se trouve « déposée, avec des commentaires aggra- « vants tout autour, on se refusait encore « à y croire. Des cris de paon étaient « poussés dans les salons et dans les cafés (( à propos de cette incongruité littéraire. « Les académiciens se cachaient la face et « se couvraient de cendre. Victor Hugo « avait écrit M....* »

* N'est-ce pas un ouvrage à faire, le Vocabu-' laire des mots libres? Un grand seigneur des lettres pourrait même l'entreprendre sans déshonneur. Ouvrage à coup sûr difficile, bien digne de tenter un savant. Comme il nous arrive de sourire en feuilletant quelquefois une liasse de notes ! Ignorant les périls de l'entreprise, nous avions commencé ce travail, — cette franchise aura-t-elle son

pardon ? — Notre manque de lumières et de

modestie nous empêcha de commettre une faute. Le bien sortit du mal. Depuis nous y pensons souvent ; et nous reviendrions aux défuntes amours qu'il n'y aurait là rien d'étonnant.

Le Vocabulaire est dans son embryon. Si nous pouvions emprunter au plus délicat de nos grands écrivains une phrase proche parente de l'argot, nous dirions avec La Fontaine à Madame de Thianges :

Un ours qui vient de naître et non encor léché.

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Certes, il 3^ a loin des Orientales à ce mot des héroïques vaincus; le mot est écrit néanmoins, et il reste écrit; la glorieuse main qui l'a mis là ne consentirait pas à l'en retirer; le sîaiig l'emporte sur le caîit. Bravo !

Ami lecteur, voilà les quelques observations que nous voulions faire sur notre langue; un proverbe dit que l'on se passionne pour tout ce que l'on ne comprend pas, c'est notre cas peut-être; — mais nous n'imiterons pas l'insolence de Nerciat; au contraire, nous dirons avec notre regretté Musset :

Va-t-en, pauvre oiseau passager; Que Dieu te mène à ton adresse !

Qui que tu sois, qui me liras, Lis-en le plus que tu pourras, Et ne me condamne qu'en somme.

D'ordinaire, l'auteur d'une brochurette, • — nous parlons des vieux livres et des vieux galons, — en écrivant sa dernière page, se disait le très-humble serviteur de son lecteur. Faut -il renouveler ce passé ? Ne vaut-il pas mieux serrer cordialement la

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main de celui qui a fait, en un quart d'heure, un voyage de fantaisie avec vous? Nous le pensons. Donc, ami lecteur, une bonne poignée de main, et au revoir, à bientôt peut-être, sous des cieux pleins d'azur et sous des regards affectueux, deux choses qui manquent dans la vie comme elles manquent dans l'histoire, cette empreinte réaUste de la vie.

T^'BLE T)ES ^CjiriÈXES

Entre Manants , v

Entre Seigneur et Manants v

Dédicace au Bibliophile Job vu

Sonnet au Passé x

Un Mot XI

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