‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 150 sur 244 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

aux règles particulières du contrat de société, dont nous allons nous occuper, par défaut plus ou moins caractérisé de consentement, par un vice relatif k l'objet du contrat. Mais enfin, le législateur s'est prononcé en faveur des grèves, et il a eu raison, en somme*, il ne faut pas laisser un prétexte de plainte à ceux qui réclament un droit aussi légitime que celui de mettre à leur travail le prix qu'il leur paraît valoir.

Je parle maintenant en économiste, et je dis : Les grèves sont généralement funestes -, c'est une arme qui blesse pour le moins autant celui qui s'en sert que celui contre lequel elle est dirigée. Le plus souvent, elles ne sont pas fondées sur une juste appréciation de la situation du marché et du vrai rapport qui existe entre le prix de vente et le prix de revient. Bien souvent Touvrier demande une augmentation de salaire parce qu'il trouve que, à son gré, il ne gagne pas assez-, et cela est souvent vrai, et personne ne dit, d'une façon générale, que l'ouvrier gagne assez -, mais la question est de savoir si le fabricant peut donner davantage. Ce qu'on ne considère pas assez, c'est que dans une usine où travaille un nombre considérable d'ouvriers, une augmentation de quelques centimes sur le salaire de chacun pourra constituer pour le patron une charge qui l'écrasera. Mais , d'ailleurs, et pour démontrer que la coalition est par elle-même impuissante k modifier sérieusement le taux des salaires, voici un raisonnement bien simple : Ou le salaire actuel est trop bas, comme vous le prétendez, et le fabricant fait un profit très-considérable^ ou bien il gagne juste assez pour pouvoir continuer k travailler : dans le premier cas, votre coalition est inutile, car d'autres entrepreneurs viendront exploiter cette industrie dans laquelle on gagne si gros-, il leur faudra des ouvriers-, ils se disputeront ceux qui sont déjà formés dans cette industrie, et cette concurrence élè-

vera tout natarellement les salaires^ — ou bien le fabricant ne fait que des profits modérés^ la moindre élévation du salaire mettra ses profits k néant ^ il ne pourra travailler longtemps sans rien gagner, encore moins à perte, Tusine sera fermée, et il n'y aura plus de salaire du tout.

Jusqu'ici nous avons supposé que nous étions en présence de gens qui connaissent plus ou moins la loi des salaires, qui respectent la liberté des conventions, et ne font que la réclamer pour eux-mêmes lorsqu'ils demandent à discuter les conditions auxquelles ils entendent travailler. Mais il nous faut arriver aux doctrines déraisonnables, chimériques, en fait de travail et de salaire.

Que l'ouvrier dise : Je veux tel salaire, ou bien je ne travaille pas, c'est son droit évident ^ mais qu'il vienne dire : Je veux tel salaire, et j'entends que vous me le donniez, car vous êtes tenu de me donner du travail, j'ai droit au travail! voilà ce qu'on ne saurait admettre. Certes, il n'est pas nécessaire de révoquer en doute la bonne foi et les bonnes intentions de ceux dont on combat les erreurs*, mais il est permis de douter que ceux qui ont inventé la formule du droit au travail se soient jamais bien rendu compte de tout ce qu'elle renferme. J'ai droit au travail I donnez-moi du travail! A qui adresserai-je donc cette sommation? Évidemment ce n'est pas à tel ou tel individu, mais à l'État, qui sera chargé de donner du travail à tout le monde. Il faudra donc qu'il se fasse agriculteur, manufacturier, commerçant. Le droit au travail conduit aux ateliers nationaux; mais ceux-ci conduisent k bien autre chose. Je suis maçon ou tailleur d'habits, je demande du travail ^ l'État ne pourra donc jamais me dire : Nous avons déjà trop de maçons et de tailleurs? Cela est inadmissible. Il faudra donc là une réglementation quelconque pour déterminer combien de citoyens seront admis chaque année dans tel ou tel genre

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d'ateliers. Comment se régleront ces admissions? Il y a des métiers, des ateliers plus attrayants les uns que les autres : il Taudra donc des concours pour des millions de concurrents comme pour quelques centaines de jeunes gens qui se présentent kTÉcole de Saint-Cyr ou k l'École polytechnique. Quelle besogne pour lÉlat!... Mais que deviendront les ateliers privés k côtés des ateliers nationaux? On nous dit bien que, dans les ateliers de l'État, tout ira si bien, que les industriels se verront forcés de fermer leurs propres ateliers et de les céder h l'État. Que de raisons, au contraire, pour que tout aille très-mal! Yoila des ouvriers qu'on ne peut renvoyer s'ils ne travaillent pas ou s'ils travaillent mal. La contrainte peut faire, k la rigueur, que le paresseux ait l'air de travailler, jamais qu'il travaille bien. Non-seulement les ateliers privés ne seraient pas tentés d'imiter les ateliers de l'État, mais ils lui feraient une si rude concurrence, que l'État iSnirait par se les approprier. D'ailleurs -il faudrait aussi que l'État eût des ateliers agricoles, et on arriverait infailliblement k l'expropriation pour cause d'utilité publique de tous les propriétaires et manufacturiers , en un root, au communisme. Et c'est toujours le même qui a dit : « La propriété, c'est le vol », qui a prôné la gratuité du crédit, c'est le même qui a dit aussi : « Accordez-moi le droit au travail, et je vous abandonne la propriété. »

C'est le propre des fausses^ doctrines que, lorsqu'on a mis au jour leurs vices, elles se jettent dans une exagération plus grande encore. On est venu dire aux travailleurs : Vous faites des grèves pour obtenir une augmentation de salaire? En vérité, vous êtes bien bons! Mais le salaire, c'est tout simplement la valeur intégrale du produit créé par Touvrier; est-ce que ce produit existerait sans votre travail? — La réponse est bien simple : Vous prétendez que sans vous ce produit n'existerait pas? Mais vous-même, l'avez-vous créé

sans les secours qu'on vous a fournis? Est-ce vous qui avez découvert ces procédés de fabrication, conçu tous ces arrangements ingénieux qui centuplent la puissance de l'homme? Ces usines, ces machines, ne représentent-elles pas le travail de vingt générations? Vous parlez des droits du travail : et les droits du capital? Le capital n'est-il pas du travail aussi? C'est alors qu'éclate ce cri de démence : « A bas le capital! » — Mais que veuf dire cela? Quelqu'un s'est chargé de nous l'apprendre. Je ne sais si cette doctrine s'acclimatera jamais en France ^ mais enfin je suis heureux de constater que ce n'est pas un Français qui a prononcé ces paroles : « Yous nous demandez ce que nous voulons dire en criant ": A bas le capital! Nous voulons dire : A nous le capital! car nous estimons fort le capital , et nous voulons le prendre k ceux qui l'ont créé. » — Enfin, dernier outrage k la raison, ao bon sens, k toute pudeur, on a ajouté : « Nous tenons pour traîtres ceux qui, par leur travail et leur épargne, tenteraient de se créer un capital quelconque. » Nous reviendrons sur les salaires k propos du contrat de société (chap. xlix, § 4).

§ 2. Du mandat.

On peut prêter de l'argent sans stipuler d'intérêts ; on peut laisser k quelqu'un gratuitement l'usage d'une chose au lieu de la lui louer ^ au lieu de louer ses services k quelqu'un, on peut les lui prêter gratuitement : tel est le cas du mandataire.

Le mandat est donc un contrat par lequel une personne se charge de faire gratuitement quelque chose pour quelqu'un. Le mandat s'appelle aussi procuration; mais ce mot désigne plus particulièrement le pouvoir donnée le mot mandat s'entend surtout du pouvoir accepté, et ce n'est évidemment qu'alors qu'il y a contrat

Nous dirons du mandat ce que nous avons dit du prêt

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