DEUXIÈME PARTIE
La concurrence, qui avilit les salakes, sera supprimée par [association /... Mais d'abord la concurrenee qui fait baisser les salaires, les élève anssi. Et puis, en quoi la concurrence sera*t-elle supprimée parce que, au lien de deux usines* exploitées par deux patrons, avec le concours d'un certain nombre d'ouvriers, il y aura deux associations d'ouvriers? Il y aura concurrence entre associations, k moins qu'on admette que ebaque industrie ne formera, dans le monde entier, qu'une vaste association, dont les chefs régleront, comme ils l'entendront, le prix de leurs produits-, ce qui est une folie.
Former des associations de consommation pour ne pas se laisser exploiter par des détaillants!... Rien de mieux, et j'estime que c'est la véritable marche à suivre : débuter par l'association de consommation qui peut être une sorte de Caisse d'épargne conduisant k l'association de crédit et, s'il y a lieu, de production. Mais encore ici faut-il distinguer. Que des ouvriers, travaillant loin de tout grand centre de population, ne se laissent pas exploiter par quelques détaillants qui leur vendent de mauvaises denrées k un prix exorbitant, s'associent en vue d'acheter eux-mêmes des denrées de bonne qualité, k un prix raisonnable, cela se conçoit -, mais que dans une grande ville où les marchands en détail se font une concurrence telle, qu'ils arrivent k vendre presque au prix du gros, on veuille ouvrir un magasin sur les bases de la coopération, c'est une erreur de croire qu'on obtiendra facilement de bons résultats. Ne faudra-t-il pas faire tons les frais que font les marchands eux-mêmes, louer un magasin , payer un gérant ? Et ce gérant k appointements fixes apportera-t-il dans la gestion les mêmes soins, la même économie que le marchand stimulé par son intérêt^ par la perspective d'un bénéfice k réaliser? De toutes les associations dites coopératives, celles qui
ont le plus de Ghance de saccès et qui, du reste, ont donné les résultats les plus satisfaisants, sont les sociétés de crédit ; pourquoi ? Parce qu'elles développent chez les associés le goût de l'épargne. On ne saurait trop le répéter : c'est par l'épargne que les classes ouvrières améliorent leur situation. Et qu'on ne dise pas que l'épargne est impossible avec un faible salaire. Les ouvriers les plus imprévoyants sont ceux qui gagnent les plus forts salaires *, et c'est par le cabaret que passe ce qui devrait tomber dans la caisse de la société de crédit mutuel.
Des sociétés de crédit, de secours mutuels, de prévoyance, voilà ce que les ouvriers doivent avoir en vue, non pas pour soutenir des grèves meurtrières, mais pour se créer un capital qui lui fournisse des instruments de travail, une ressource dans les temps de chômage, des secours en cas de maladie, et, dans tous les cas, un supplément k leurs salaires.