‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 156 sur 244 · COOPÉRATIVES · texte numérisé non relu

COOPÉRATIVES

La puissance de l'association est grande, mais, comme tout effort humain, elle a ses limites. Archimède, pour exprimer la puissance du levier, disait : Donne^-moi un point d^appui, je soulèverai le monde ! Dans l'ordre économique on

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a cru avoir trouvé dans l'association le levier et le point d'appui à la fois.

A quels maux a-t-on pensé que l'association serait un remède infaillible? Les maux de la société ne sont que trop nombreux et trop réels ^ mais il y a des gens qui semblent prendre a tâche d'envenimer les plaies qu'ils sont impuissants à guérir, à changer toute plainte en cri de guerre, comme on Ta si bien dit.

Voici donc le langage qu'on a tenu aux ouvriers : Voulezvous savoir la source de tous vos maux? !• C'est l'entrepreneur, le patron, qui garde tout le profit et ne vous donne qu'un maigre salaire -, 2" c'est le commerçant qui vous revend très-cher ce qu'il achète k bas prix ; 3» c'est le banquier, le capitaliste qui vous font payer trop cher le crédit qu'ils vous accordent 5 4* c'est enfin la concurrence qui avilit les salaires. Or, que sont tous ces entrepreneurs, commerçants, marchands et banquiers ? Des intermédiaires dont il faut, dont vous pouvez vous passer.... Mort aux intermédiaires! Voulez-vous, en effet, un remède k tous vos maux? il est trouvé dans l'association. Formez entre vous :

1*^ Des associations de production: vous vous passerez de patron, et les profits de celui-ci grossiront vos salaires, ou plutôt il n'y aura plus ni salariat, ni salaires 5 il n'y aura plus que des associés et des profits k partager : N'a-t-on pas dit que le salariat est la dernière (orme de la servitude?

2** Des associations de consommation : associez-vous pour acheter en gros et vous gagnerez le bénéfice que fait le marchand.

3*^ Des associations de crédit : mettez vos épargnes en commun *, vous êtes des millions, vous pourrez avoir des milliards et vous puiserez dans ce fonds commun.

On ne peut que souhaiter de voir prospérer toutes ces associations qui ont un but aussi honnête et aussi légitime-.

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mais précisément l'intérêt qu'inspirent ces salutaires tentatives, de la part des travailleurs, de se venir en aide à euxmêmes, nous fait un devoir de leur rappeler que la première condition de succès dans toute entreprise est de ne pas se faire d'illusions sur l'efiicacité de certaines combinaisons et d'apprécier sainement les choses. Reprenons donc et les griefs et les remèdes.

Plus d'intermédiaires ! Est-ce qu'on fait quelque chose sans intermédiaires ? Est-ce que la nécessité des intermédiaires n'est pas l'expression même de la sociabilité humaine? On peut bien supprimer Tintermédiaire, en apparence, mais jamais la fonction qu'il remplissait et les dépenses qu'elle entraine. Fera-t-on jamais que le blé, le sucre et le café viennent tous seuls et sans frais d'Odessa ou d'Amérique ? Dites donc qu'il faut supprimer les intermédiaires intailes.

Plus d'entrepreneurs, de patrons!.... Mais il faut pourtant bien que quelqu'un remplisse cette fonction de diriger la fabrication, d'acheter les matières premières, de vendre les produits, de suivre les besoins du marché. Tant que les ouvriers associés ne comprendront pas la nécessité, Timportance, la difficulté du travail de direction, une association de production ne réussira pas.

Le salaire est la dernière forme de la servitude /. .«

Ainsi a parlé en effet un écrivain plus brillant que judicieux. D'autres peuvent penser que le salaire, librement discuté et convenu, c'est la liberté. Qu'a donc le mot de salaire qui soit moins noble que les mots rétribution, rémunération, traitement, honoraires? L'association pour la production ne convient ni k toutes les industries, m a tous les ouvriers, et cela est si vrai, que nombre d'associations qui ont prospéré ont présenté ce singulier spectacle que, à côté d'un groupe d'ouvriers associés, il y avait d'autres ouvriers salariés par eux.

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