DEUXIÈME PARTIE
des chances d'ailleurs inévitables ^ telles sont les diverses formes du contrat d'assurance. D'autres ne présentent aucune utilité et peuvent être dangereux -, tels sont le jeu et le pari.
§ 2. — Du jeu et du pari.
Dans le contrat d'assurance que nous avons pris pour exemple ci-dessus (chap. xlv, § 1) et dont nous allons parler au paragraphe suivant (comparer aussi chap. lviii), il s'agit d'une personne qui, pour un motif louable, pour une entreprise industrielle ou commerciale , se trouve forcément exposé k un risque, k une chance, et qui fait une convention aléatoire pour se mettre k l'abri du risque. Dans le jeu ou le pari , au contraire , il s'agit de deux personnes qui font, en quelque sorte, naître un risque fictif, au moins pour elles, afin d'avoir l'occasion d'une convention aléatoire. Vôilk un navire inconnu qui part : arrivera-t-il ou non k bon port? A la rigueur, cela nous est indifférent-, n'importe, nous allons prendre le risque auquel ce navire est soumis pour matière d'un contrat-, nous avons chacun dés motifs plus ou moins réels d'espérer, vous qu'il arrivera, moi qu'il n'arrivera pas, et chacun de nous dit k l'autre : Si j'ai raison dans mes prévisions, promettez-vous de me donner tant? Je parie que le navire arrivera; je parie qu'il n'arrivera pas. Quel intérêt présente cette convention? A-t-elle encouragé l'armateur k faire partir son navire, le négociant k lui confier sa cargaison? Non, sans doute. Si vous pensez que ce navire arrivera k bon port, allez donc trouver l'armateur et dites-lui : Votre navire vaut cent mille francs, j'estime qu'il y a cen^ k parier contre un qu'il arrivera k bon port, donnez-moi mille francç et je vous assure votre navire qui en vaut cent mille /faites-le partir, vous ne risquez plus rien, si ce n'est d'avoir donné mille francs inutilement si le navire arrive k bon port. Voilk une convention utile.
Le jeu est une espèce de pari : Je parie que la carte rouge sortira , vous pariez que ce sera la noire ^ je joue sur la rouge , vous jouez sur la noire. Nous verrons plus tard (cliap. Lviii) comment les contrats les plus sérieux peuvent dégénérer en jeu, pari ou gageure.
La loi n'accorde aucune action pour une dette de jeu ou le payement d'un pari, mais si le perdant s'est exécuté volontairement, il a bien payé. Il est fâcheux qu'il n'y ait point ici accord entre les mœurs et la loi-, non pas qu'il faille conseiller k celui qui a perdu au jeu de ne pas payer, car, s'il avait gagné , il n'aurait pas manqué de réclamer le payement ; mais il est à regretter que la passion du jeu ne soit pas frappée d'une réprobation universelle , et qu'on ne la considère que comme un passe-temps coûteux^ qu'on dise complaisamment de celui qui perd, sans sourciller, les plus fortes sommmes , que c'est un beau joueur. Comme la loi ne donne pas d'action pour une dette de jeu , les joueurs en ont fait une dette sacrée I Ne vaudrait-il pas mieux dire que c'est une dette honteuse,,,., mais qu'un honnête homme doit payer. Ce qu'il y a de plus funeste, dans la passion du jeu, c'est qu'elle détourne de tout travail, de tout bon emploi du temps. Les émotions violentes du jeu rendent insensible à toute distraction honnête*, à quoi bon travailler péniblement pour gagner un faible salaire lorsqu'on peut, en un clin d'œil, gagner des monceaux d'or.? Enfin, l'argent gagné au jeu ne profite pas-, on le dépense follement, car on n'attache de prix qu'à ce qu'on a gagné par un travail honorable.
La loi fait exception pour les jeux et les paris qui se rapportent aux exercices du corps et sont de nature k développer la force et l'adresse.