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CHAPITRE IX

DU DROIT NATUfiEL ET DU DROIT POSITIF.

On entend par droit positif l'ensemble des lois en vigueur dans un pays k une époque donnée.

Qu'est-ce que le droit naturel? On a dit : C'est, comme

^le mot l'indique, le droit qui régit l'homme k l'état de nsr

tore. Cette réponse n'est satisfais^te k aucun point de vue.

Et d'abord qu'est-ce que l'état de nature? Entend-on par Ik l'homme errant dans les bois, cooune les animaux, en dehors de toute société? Nous avons démontré (Y. chap. vi) que cette hypothèse est inadmissible-, que l'homme est fait poiur vivre en société et y a toujours vécu. IKailleurSy ea admettant même cet état primitif, naturel, quelle idée s'en fait-on? Suivant les uns, il se caractérise par l'absence de tout droit, de toute règle ^ c'est le règne de la force brutale. Pour d'autres, au contraire, cet état primitif c'est l'âge d'or chanté par les poètes ; la nature produisait, sans travail* tout ce qui est nécessaire k l'homme qui, il est vrai, se

contentait de peu; la vie était une fête continuelle. Toutes ces conceptions d'un prétendu état de nature sont également chimériques, et, dans tous les cas, elles ne sauraient nous offrir le modèle du gouveniement et des lois destinés k régler la société.

Pour nous le droit naturel est le droit qui est le plus conforme à la nature de l'homme vivant en société, puisque telle est la première loi de l'homme. C'est l'idéal du droit, que le législateur doit s'efforcer de réaliser autant que possible dans ses codes, et dont la formule la plus générale est, comme nous l'avons déjk dit, la liberté de chacun mise d'accord avec la liberté de tous.

D'où vient que, k propos de telle ou telle disposition législative, on dit quelquefois et non sans raison : Cette loi est mauvaise ? C'est parce que cette loi ne paraît pas répondre k l'idée qu'on se fait du droit. Or, cette idée qu'on se fait d'une chose plus ou moins nettement entrevue dans son état de perfection, c'est précisément l'idéal. Comme l'homme a le sens du bien et du beau (Y. chap. vi) qui lui permet, en présence d'une œuvre d'art, d'une action quelconque, de porter ce jugement, voilk qui est bien! voilk qui est beau ! de même il a le sens du droit, le sens du juste. Qu'une loi prononce une peine contre celui qui professe des croyances religieuses contraires k celle de la majorité de ses concitoyens, alors surtout qu'il ne se livre k aucune démonstration extérieure, nous dirons : Cette loi est mauvaise ! elle est contraire k l'idée que nous nous faisons du droit, au respect de la liberté de conscience. Que la loi permette de mettre k la torture un individu accusé d'un crime, pour lui en arracher l'aveu, et afin que le juge puisse plus sûrement prononcer une condamnation, nous dirons encore : cette loi est mauvaise ! Le but, la découverte de la vérité était louable, mais qui ne voit que le législateur a

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