‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 33 sur 244 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

NÉCESSITÉ DE l'ÉTUDE DD DROIT. — RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS.

J'ai déjà affirmé la nécessité de l'étude du droit, j'y reviens maintenant que nous savons un peu de quoi il s'agit ; Je veux répondre a quelques objections mises en avant par des personnes peu éclairées sur ce sujet,

Il y a des gens qui disent : A quoi bon tant de lois? M'aurait-on pas pu se borner k poser quelques grands principes, en laissant a chacun le soin d'eu tirer les conséquences qu'ils renferment? Est-ce que nous avons des codes de morale sur lesquels il faille pâlir pendant des années pour devenir honnête homme?

S'il n'y a pas, k proprement parler, un code de morale, c'est que (V. chap. vi) la morale est sans limites définies ^ et d'ailleurs notre vie entière, notre éducation religieuse, toutes nos études, littéraires et historiques, sont on cours continuel de morale. Le droit, le juste et l'injuste, sont au contraire quelque chose de précis, d'arrêté, dont on a pu et dû tracer les limites en disant: voila ce qui est juste, voilà ce qui est injuste -, Toilk œ qui est défendu, et tout ce qui

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n'est pas défendu est permis. S'il en était autrement, nonseulement les hommes vivraient dans une incertitude intolérable sur la nature et l'étendue de leurs droits et de leurs obligations, mais encore quelle serait la situation du juge appelé ktrancher.une contestation ? Il jugera suivant l'équité, dit-on. Mais qu'est-ce que l'équité? C'est tout simplement la notion vague du juste et de l'injuste ^ l'équité de l'un n'est pas l'équité de l'autre-, et les lois, le droit positif ont précisément pour objet de fixer le sens de ce mot si élastique. Si ceux qui parlent ainsi étaient soumis pendant quelque temps à ce régime, d'être jugés par des juges n'ayant d'autre règle de leurs décisions que l'équité, ils verraient bientôt quel triste régime c'est Ik, et ils s'écrieraient avec les sages et les jurisconsultes de tous les temps : Dieu nous garde des juges d'équité 1 Nous voulons être jugés suivant le droit, un droit fixe, immuable, connu k l'avance.

L'objection n'est donc pas sérieuse. Mais, dit-on encore, quelle si grande étude y a-t-il donc k faire du droit? Les lois sont toutes faites; nous les avons Ik sous la main; quand cela sera nécessaire nous les consulterons. Quelle erreur ! Pensez-vous que, si vous ouvrez Iç Code, vous le comprendrez sans avoir au préalable quelque peu étudié la science des lois? Supposons que, par un effort de mémoire, vous êtes parvenu k vous mettre dans la tête le texte littéral de nos lois, pensez-vous pour cela que vous les comprenez, que vous êtes en mesure de vous en servir, de les appliquer, que vous savez le droit en un mot? Pas le moins du monde. Est-on un médecin habite dans l'art de guérir parce qu'on a appris par cœur le nom des diverses maladies avec l'indication des remèdes qui leur sont applicables? Sait-on une langue parce qu'on s'est mis dans la tête la plupart des mots de cette langue? Non, il faut encore avoir étudié la grammaire qui enseigne les différentes formes et

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