PREMIÈRE PARTIE
TarialioDs des mots, la syntaxe oa manière de les disposer dans une phrase, les nuances, les finesses, l'esprit de la langue enfin.
C'est une étude analogue qu'il faut faire pour le droit. Les textes des lois sont, en quelque sorte, les mots de la langue juridique*, il faut encore en pénétrer le sens, l'esprit, la raison et l'enchaînement ^ c'est Ik ce qui correspond k la grammaire et k la syntaxe.
Le résultat de l'étude du droit est double-, non-seulement on acquiert la connaissance des dispositions contenues dans nos Codes, mais encore on développe, on perfectionne le sens du droit, le sens du juste et de l'injuste, ce qui est la condition essentielle pour faire une bonne application des lois. Quand on s'est formé l'esprit par une étude raisonnes du droit, on arrive k ce point que, non-seulement on possède les dispositions de la loi sur lesquelles on a plus particulièrement fixé son attention, mais on peut encore deviner telle ou telle disposition de la loi qu'on a laissé passer inaperçue. Le droit, en effet, n'est pas une collection de règles, de formules sans liaison entre elles-, tout se tieiit, tout s'enchaîne, et quand on en connaît une bonne partie, on peut déjk se faire une idée de ce que sera le reste. Quand on connaît une langue, n'arrive-t-il pas souvent de deviner un mot qu'on n'avait jamais vu?
. Certaines personnes affectent de désigner les jurisconsultes sous le nom de légistes, semblant indiquer par Ik que leur science se borne k la connaissance du texte des lois. Des gens qui s'y connaissaient, les jurisconsultes romains, disaient que le droit est la science des choses divines et humaines, la véritable école de philosophie^ et, en réalité, comme expression pratique des nécessités morales, économiques, sociales et politiques, le droit gouverne le monde. Monsieur, c'est ta hallebarde qui mène te royaume, disait avec
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dédain je ne sais quel grand seigneur au bon et sage Quesnay, un des fondateurs de la science économique. Celui-ci lui répondit : Et savezrvous^ Monsieur^ ce qui mène la hallebarde? C'est V opinion. Or, l'opinion sage, raisonnable, persévérante, éprouvée par le temps, finit toujours par devenir le droit.
Une dernière considération, qui découle de ce qui précède, sera la conclusion de celte première partie et nous servira de transition naturelle ^ la seconde.
La plupart de ceux auxquels cet ouvrage est destiné possèdent certainement quelques notions du droit qu'ils ont acquises dans une pratique plus ou moins longue de la vie, et j'entends par Ik, soit leur propre expérience, soit ce qu'ils ont vu se passer autour d'eux. On a une patrie, un domicile, une famille^ on s'est marié; on est père, fils, époux ; on a quelque idée des droits et des obligations qui résultent de tout cela-, on a hérité, on est propriétaire*, on exerce ou on souffre k ce titre quelque servitude; on a eu quelque procès qu'on a perdu ou gagné-, on a eu k faire avec des juges, des avocats, des notaires, des huissiers-, on a vendu, acheté, loué un logement; donné ou accepté une procuration, un mandat-, fait ou reçu en dépôt; on a prêté ou emprunté de l'argent, reçu ou donné une hypothèque. En un mot, on sait un peu de droit; on ne sait pas le droit. Sans doute, nous devrons préciser ces notions et les compléter; mais ce qui importe surtout, c'est d'y mettre de l'ordre, d'apprendre k trouver, par la réflexion, le principe et la raison des choses. Montesquieu a écrit un ouvrage célèbre : l'Esprit des lois; c'est, jusqu'k un certain point, ce livre qu'il faut refaire dans des proportions plus modestes; de la méthode, de la clarté, un peu de cette science que tout Le monde peut acquérir par l'étude, tiendront lieu de génie.