‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 77 sur 244 · DEUXIÈME PARTIE. i S · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. i S

Et ce ne sont pas là de vaines suppositions. On n'a qnli jeter les yeux autour de soi, sur les pays où la propriété est, sinon complètement supprimée, du moins dépounrne de garantie et de sécurité : TOrient tout entier nous offre ce spectacle. Voyez ce qu'il en est dans ce pays de la prospérité, de la richesse publiques; de la liberté, de la dignité humaines. Sous le rapport économique : ni agriculture perfection née, ni arts, ni commerce, ni manufactures; pas de routes, pas de canaux, pas de chemins de fer. Au point du vue moral : ignorance et fanatisme; k de rares exceptions près, à part quelques individus chez lesquels la fierté native du caractère a résisté k cette atmosphère empoisonnée, par tout l'avilissement et la servitude sous toutes ses formes, depuis Fesclavage proprement dit jusqu'à la brillante domesticité qui entoure les souverains.

La démonstration qui précède me parait comprendre, sinon tous les développements dont elle est susceptible, du moins tous les arguments essentiels et fournir une réponse aux différentes attaques dont le droit de propriété a été l'objet. Je veux, toutefois, pour faire verser la mesure, examiner Quelques-unes des objections qui ont été proposées ; on jugera de leur valeur et de leur portée.

On a dit : Vous fondez le droit de propriété sur la prise de possession, sur le droit du premier occupant; mais chaque noW' veau venu a le même droit^ et vous ave» tout pris ! — La réponse est facile. Le premier occupant, celui qui a défriché, assaini, mis en culture, bâti, planté, à condition d'être propriétaire, a-t-il fait une chose bonne dans l'intérêt de l'humanité? Oui. Aurait-il fait tout cela, s'il n'avait dû avoir qu'une possession précaire? Non. Aurait-il donc fallu que, en prévision de ceux qui devaient venir quelques mille ans plus tard, on s'abstint de cultiver et réservât leur part? Mais quelle part ? Cela n'est pas sérieux. Des savants anglais ont

cherché à évalaer la double couche de houille et de fer sur laquelle TAngleterre est assise : faudra«t-ii donc, pour faire la part des générations k venir, limiter, dans d'étroites proportions, l'exploitation actuelle de la houille et du fer? Les générations futures en trouveront sans doute encore, seulement elles devront les aller chercher un peu plus loin ou un peu plus bas. De même à ceux qui prétendent exercer leur droit de premier occupant nous dirons : est-ce qu'il manque de la terre k occuper dans le monde ? Mais il faut l'aller chercher un peu loin, et, en réalité, ce que vous voulez occuper c'est de la terre déjk occupée depuis longtemps, défrichée, drainée ou rendue arrosable, pourvue de tous les moyens d'exploitation, a portée des routes, canaux, chemins de fer, non loin des grands centres de population.

On a dit : // est abusif de donner une telle extension au droit du premier occupant et den faire dériver le droit de propriété; il est assez payé lorsqu'il a recueilli les fruits. ToiU autre doit avoir le droit de venir ensuite cultiver et recueillir des fruits au même lieu. Est-ce que le chasseur et le pécheur acquièrent le droit exclusif de chasse et de pêche là oii ils ont une fois chassé et péché? En vérité, c'est trahir une cause que de la défendre par de pareils arguments. Est-ce que le chasseur et le pêcheur ont fait quelque chose pour rendre la forêt giboyeuse, la rivière ou la mer poissonneuse ?

On a dit : Puisque nous ne pouvons plus occuper la terre par^tout envahie (ce qui n'est pas vrai), rendez-nous au moins ces droits primitifs de chasse et de pêche, la faculté de chercher notre nourriture dans les fruits sauvages delà forêt î — Est-ce sérieusement qu'on parle ainsi ? Combien de ceux qui tiennent ce langage, parmi les plus déshérités de la propriété, consentiraient-ils k échanger les ressources que leur procure le travail régulier dans notre société contre les incertitudes et les dangers de la vie de l'homme primitif? Il y a du reste

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