‹ Le droit français, ses règles fondamentalesChapitre 76 sur 244 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

k donner en échange, et vous avez aboli la propriété individuelle. D'ailleurs, à quel prix l'État vendrait-il? Étant seul vendeur, il serait n^aitre de fixer les prix comme il Tentendrait. Il ne resterait que la ressource de verser tous ces produits dans de vastes greniers d'abondance où chacun viendrait, aux jours et heures de distribution, recevoir sa part. Quelle part ferait-on a chacun? Suivant ses besoins? suivant ses mérites? suivant son travail? Quelle tâche imposée a l'État!

Ne dites pas que vous pourrez substituer k l'État une communauté plus restreinte, le département ou la commune. Les objections restent les mêmes, k savoir la difficulté de tirer un bon parti du sol et de faire une juste distribution des produits. Mais il y a une autre difficulté. Habitant d'un misérable hameau perdu dans les montagnes, de quel droit l'État, dont je suis membre, me réduirait-il k cette propriété de quelques pâturages qu'il faut déserter l'hiver ^ de maigres terres que les torrents dévastent et entraînent peu k peu dans la plaine? Je suivrai le cours de ces torrents; je descendrai aussi dans la plaine, et j'irai réclamer ma part de jouissance dans les riches vallées, les champs fertiles couverts de cultures opulentes. Et remarquez bien jusqu'où pourrait s'étendre une revendication de ce genre. Vous parlez d'humanité, de fraternité, vous repoussez le droit de propriété et vous traitez d'usurpation toute prise de possession de la terre; que répondrez-vous donc k un peuple qui envahira votre pays et vous dira : Nous abandonnons les régions brûlantes ou glacées qui furent notre berceau ; nous voulons avoir aussi notre part de ces belles contrées que vous occupez sous des climats tempérés-, faites-nous place-, ne sommes-nous pas tous frères? Vous pourrez leur parler de patrie, de foyer domestique -, mais, comme la propriété, ce sont Ik des sentiments égoïstes, contraires k la fraternité des

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hommes et des peuples, des préjugés qui ont fait leur temps!

Dans tous ces essais de propriété collective du genre humain, de l'État, du département, de la commune, on arriverait forcément, et Dieu sait après combien de mécomptes, de souffrances et de ruines! on arriverait k la seule propriété collective possible, a celle de la famille, c'est-k-dire précisément au point de départ, car la propriété de la famille, c'est la propriété individuelle.

On peut bien par ces cris de guerre : A bas la propriété ! A bas le capital ! La propriété c'est le vol I jeter quelque trouble dans les esprits -, personne ne croit au fond k la suppression plus ou moins prochaine de la propriété. SI on y croyait, sans en attendre les effets réels, on verrait ce qui se passerait : personne ne bâtirait ni ne planterait-, on se bornerait k tirer de la terre quelques maigres produits qui ne demandent ni avances, ni culture sérieuse, on étayerait les maisons menaçant ruine tout juste assez pour les empéde tomber-, il se produirait dans la société un désarroi universel, quelque chose d'analogue k ce qui se passa dans la chrétienté un peu avant l'an 1000 de Jésus-Christ, qu'une croyance universelle faisait considérer comme devant être l'année de la fin du monde.

La suppression de la propriété individuelle entraînerait des effets économiques désastreux; ses effets moraux ne seraient pas moins tristes. Sous quelque forme que le communisme tentât de s'établir , c'en serait fait de toute individualité, de la liberté, de la dignité humaine. Une pâle et morne uniformité pèserait comme un linceul funèbre sur tous les membres de la communauté -, tout ressort intellectuel et moral serait détruit. L^humanité présenterait l'image d'un vaste couvent, moins la foi et l'enthousiasme religieux, qui seuls peuvent faire accepter k un petit nombre d'hommes un pareil genre de vie.

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