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DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PROPRIÉTÉ

Dans rétat économique primitif tel que nous l'avons décrit (voy. chap. xiv), lorsque les hommes viennent à peine d'échanger la vie aventureuse et nomade du chasseur et du pasteur pour la vie agricole et sédentaire, la terre est a peu près l'unique source de revenu; il n'y a ni arts, ni commerce, ni industrie, et celui qui n'a pas un champ ^ cultiver est exposé ou k mourir de faim, ou à tomber dans la dépendance d'un propriétaire foncier pour lequel il travaille moyennant un salaire qui se réduit k une nourriture grossière-, souvent même, k ce prix, il accepte l'esclavage. C'est un fait digne de remarque que cette servitude si fréquem-

ISS mOIT FRANÇAIS.

ment consentie yolontairenaent, établie par conTentîon dans nn temps où certes la terre ne manquait pas et semblait an contraire solliciter de toutes parts l'occupation. C'est que déjk alors on faisait une grande différence entre la terre depuis plus ou moins longtemps appropriée et mise en culture et celle qu'il fallait aller conquérir au loin ; conquête que la pénurie des capitaux et l'insécurité propre k ces temps de guerres^ et de violences rendaient si difficile et si précaire.

La situation est*elle la même aujourd'hui? Peut-on dire de tout individu qui ne possède pas quelque parcelle du sol qu'il est sans ressources? Il s'en faut bien : le commerce et l'industrie ont tellement multiplié les sources du revenu, donné un si prodigieux développement à la richesse mobilière, que la richesse immobilière est loin d'être, dans tous les cas, la plus enviable et la plus recherchée.

Essayons de faire l'inventaire de Tensemble des fortunes privées et d'en rechercher les éléments.

Voici d'abord les propriétaires fonciers. C'est une classe très-nombreuse en France-, on les compte par millions, car la propriété du sol est très-divisée, et nous aurons bientôt k nous demander (ci-dessous, chap. xxxvm) si elle l'est trop. Mais croit-<m que les revenus immédiats de la terre ne servent k faire subsister que les propriétaires, les fer« mîers, colons partiaires et ouvriers agricoles propremait dits? Non. L'agriculture perfectionnée réclame de grandes avances a la terre, des capitaux considérables. L'épargne des propriétaires, grands ou petits, ne suffit pas pour se les procurer-, on a recours k l'emprunt; de Ik une immense dette hypothécaire assise sur la propriété foncière : on l'évalue k sept ou huit milliards, quelques-uns vont même plus loin. Est-ce que les créanciers de ces sept ou huit milliards n'ont pas un revenu sûr et solide ? Sont-ce Ik des gens sans

DEDXliUE PARTIE. ISO

ressources, et seraient-ils fondés à se plaindre de n'être pas propriétaires du sol ? Beaucoup, qui auraient occasion de le devenir, ne s'en soucient nullement et avec raison, car la terre ne rend pas communément le cinq pour cent comme leurs capitaux, qui sont en outre à Fabri des accidents cala* miteux qui atteignent si fréquemment les propriétaires et fermiers.

Âpres rindustrie agricole, considérons l'industrie mana^ facturière« Quelle richesse représentent ces innombrables usines, avec leur outillage, leurs machines, leurs approvi* sionnements de matières premières et enfin leurs magasins regorgeant des produits les plus variés et les plus précieux, prêts à être livrés ii la consommation : fers, aciers, draps, soieries, cuirs, tissus de lin, de chanvre, de coton, broderies, substances alimentaires, vêtements, meubles, 'livres, bijoux, objets d'art..,!

Quelle autre source de richesse que l'industrie commerciale! Entrons chez un commerçant de Marseille ou du Havre; voilk un industriel qui n'a pas besoin d'un grand outillage. 11 est tout simplement en correspondance avec des commerçants des Indes, de l'Asie, de l'Amérique-, par leur entremise, il achète des bois de construction, des chanvres, des résines, du blé à Odessa, du thé en Chine, des épices dans la mer des Indes , du sucre, du café, du coton en Amérique et revend tout cela avec un bénéfice légitime, car tout le mondé en profite^ il est allé chercher ces objets Fa où ils sont abondants et par conséquent k bon marché, pour les vendre Ik où ils sont rares et par consé* quent chers.

Considérons une industrie qui se rattache étroitement avec l'industrie commerciale , si bien qu'on les confond sou* vent, je veux parler de l'industrie des transports, dont le prodigieux développement est un des traits distinctifs de

notre époque. Se figure-t-on tout le capital que représente l'industrie des transports par terre et par mer, vaisseaux à voile et à vapeur, voies ferrées avec leur matériel roulant?

Ce n'est pas tout. De même que derrière le propriétaire foncier nous avons vu le capitaliste, le créancier hypothécaire qui a prêté ses fonds k l'industrie agricole, il faut, derrière le commerçant, le manufacturier, la compagnie du chemin de fer, la compagnie de navigation transatlantique, voir la masse des individus intéressés dans tout cela en qualité de porteurs d'actions ou d'obligations. N'est-^ce pas là une propriété? Pense-t-on que tous ces actionnaires et obligataires soient pressés d'échanger leurs actions et obligations qui leur donnent de beaux intérêts et dividendes contre un morceau de terre ?

Mais voici un autre genre de propriété qui a pris de nos jours une extension prodigieuse, souvent regrettable, il faut bien le dire. L'I^tat à une double ressource pour subvenir k ses dépenses : l'impôt et l'emprunt. L'impôt suffit aux charges ordinaires, mais il a recours k l'emprunt pour les dépenses extraordinaires et subites qu'entraîne une guerre, par exemple. Chacun sait de combien de milliards rjËtat peut se trouver ainsi débiteur, et ces milliards constituent au profit des créanciers un genre de propriété aussi légitime que bien garantie, car, en prêtant k l'État, ils ont prêté k tout le monde.

Nous n'avons jusqu'k présent parlé des revenus de l'industrie agricole, manufacturière, commerciale, qu'au point de vue du propriétaire foncier, du manufacturier, du commerçant, et des capitalistes grands ou petits qui y ont engagé des capitaux, fruits de l'épargne. Mais quelle source de revenus pour tous ceux dont ces industries réclament le concours en qualité d'ouvriers de tout genre! Cette immense flotte commerciale est montée par une innombrable armée

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