PRÉFACE DR LA DEUXIÈME ÉDITION. XVII
blocus de la haute mer, grâce à la maxime que « le pavillon couvre la marchandise, » tandis qu'il les oblige à respecter le blocus des ports de commerce et des côtes ; il considère comme une violation des lois de la neutralité la fourniture de la coque d'un navire destiné à servir de corsaire, tout en déclarant parfaitement licite la livraison des canons et des autres instruments de destruction qui en font une machine de guerre au lieu d'un inoffensif « coehe d'eau ; » il demeure muet sur l'abus de la victoire, et, suivant une expression énergique de Talleyrand, il n'a pas cessé encore de considérer les populations comme des troupeaux de bétail dont on trafique sans les consulter; enfin, il donne trop souvent carte blanche aux forts pour opprimer et dépouiller les faibles, en laissant dans l'ombre les droits et les devoirs de la communauté civilisée, sous le prétexte de respecter dans leur intégrité prétendue l'indépendance et la liberté des États. Comme si cette indépendance et cette liberté n'avaient point pour limites celles d'autrui ! Comme si un État, plus qu'un particulier, avait le droit de se livrer à des entreprises et de commettre des actes nuisibles aux autres membres de la a société des nations ! » Dans l'état de civilisation où nous sommes, une'guerre comme celle de la Sécession américaine, par exemple, qui vient interrompre brusquement des relations commerciales auxquelles est attachée l'existence de plusieurs millions d'ouvriers dans les pays neutres, ou bien encore une guerre comme celle de 1870-71, qui peut compromettre pour des siècles peut-être la sécurité de tous les États de l'Europe, en écrasant les peuples sous le fardeau des dépenses militaires, n'ont-elles point le caractère d'une nuisance universelle? La communauté civilisée qui souffre, quoi qu'elle fasse, de cette nuisance n'aurait-elle pas le droit d'in-