VI ' PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
sentiments et de's intérêts sur lesquels elle repose* Depuis cinquante ans, aucune guerre n'a eu à cet égard des conséquences aussi funestes que celle qui a enlevé à la France l'Alsace et la Lorraine ; aucune n'a laissé après elle des ressentiments aussi amers et un aussi acre désir de revanche. C'est là un fait qu'on peut déplorer dans l'intérêt du repos de l'Europe et de la civilisation en général, mais sur lequel on ne peut fermer les yeux. Nous sommes trop près encore des événements pour les juger avec l'impartialité nécessaire ; mais ne nous sera-t-il pas permis de dire qu'en arrachant à la France deux provinces qui voulaient rester françaises, l'Allemagne a abusé du droit de la guerre et justifié des revendications futures ? Sans doute, — et c'est une remarque juste et profonde de M. Bluntschli : « La cause de la guerre n'en détermine qu'en partie le but, et c'est en cela, ajoute-t-il avec raison, que consiste la différence entre les procès ordinaires et le terrible procès qui s'engage entre les parties belligérantes. Le jugement civil ne peut jamais accorder plus qu'on ne demande, et se contente de rétablir les droits lésés dans leur intégrité première ; les frais du procès ne sont la plupart du temps qu'un accessoire sans importance.,. Le but de la guerre s'agrandit au contraire par suite des circonstances que la guerre elle-même vient ajouter au but primitif. Il ne s'agit plus d'obtenir ce qu'on réclamait à l'origine ou de faire reconnaître les droits contestés à l'ouverture des hostilités ; il ne s'agit même plus d'obtenir des dédommagements pour les pertes qu'on a subies et la réparation des offenses dont on a été l'objet. On veut assurer l'avenir et obtenir des conditions de paix qui correspondent à la position respective faite par la guerre aux parties belligérantes ' . » Seulement,
1 Blunstchli. La Guerre, livre VIII, g 536.