‹ Le droit international codifié (volume 2)Chapitre 30 sur 309 · Antiquité · texte numérisé non relu

Antiquité

Quelques germes du droit international se retrouvent chez tous les peuples et à toutes les époques. Chez les tribus sauvages et barbares elles-mêmes, se rencontre toujours une certaine crainte religieuse empêchant de mettre la main sur les ambassadeurs d'autres tribus ; on y découvre des traces du droit d'hospitalité ; on y constate l'usage de conclure des alliances ou autres traités et de terminer la guerre par une déclaration de paix.

Chez les anciens peuples civilisés de l'Asie, et spécialement chez les Hindous, on trouve déjà quelques traces de l'existence d'un droit international. Chez les Hellènes, ce peuple si civilisé et qui vit le premier dans l'état une organisation humaine et non plus divine, on ne parvint qu'à un droit international très - imparfait ; il n'existait de relations régulières qu'entre les états hellènes. La communauté de religion, de langue, de développement artistique ou scientifique, a éveillé chez les Hellènes de toutes les villes le sentiment de la communauté et de la confraternité nationales. La nation hellénique, quoique divisée en un grand nombre de villes et d'états indépendants, formait cependant une certaine unité, une certain ensemble ayant des droits communs. « Tous les Hellènes sont frères, » disait-on, et l'on énonçait par là l'obligation pour chaque état hellénique de respecter vis-à-vis des autres certains principes et certains droits. Mais on considérait les peuples non helléniques, les « Barbares, » comme les « ennemis naturels » de la Grèce, et toute communauté de droits avec eux était envisagée comme impossible. La guerre avec les Barbares était la règle naturelle ; toutes les ruses, toutes les violences semblaient permises contre eux. Accorder aux états barbares les mômes droits qu'on reconnaissait aux états grecs, c'était se mépriser soi-même. Les Grecs se croyaient une race supérieure, appelée à dominer les Barbares, et ce n'était pas là l'opinion de la foule, c'était aussi celle de Platon et d'Âristote.

Les Romains sont envisagés par l'histoire comme les créateurs de la distinction entre le droit et la morale, comme les promoteurs de la science du droit en général. Ce n'est cependant pas aux Ho-

mains que nous devons le droit international. Nous trouvons bien dans l'ancienne Borne les commencements d'un droit des nations civilisées. Avant d'envahir un pays étranger, les Romains avaient l'habitude de faire notifier leurs prétentions par leurs envoyés, les féciaux, et, s'il n'y était pas fait droit, de déclarer solennellement la guerre. Ils connaissaient et mettaient en pratique différentes formes de traités et d'alliances. Tout en agissant sans ménagements et souvent avec cruauté pendant la guerre, ils respectaient la plupart du temps la religion, les usages, et souvent même le droit des peuples vaincus. Les Romains étaient môme arrivés à considérer l'idée de Yhwmanité comme le grand but de leur politique, et à embrasser d'un regard d'aigle le monde dans son ensemble. Mais ces germes que nous venons d'indiquer n'amenèrent pas la formation d'un droit international universel, parce que les Romains n'ont pas cherché à réunir les nations en un faisceau en leur reconnaissant à toutes des droits; ils voulaient la domination absolue de Rome sur tous les peuples. Or la domination absolue d'un peuple sur les autres est la négation du principe même du droit international.

L'ambition, la soif de domination des différents peuples de l'antiquité, empêchèrent donc le développement du droit international, et les faibles germes qui commençaient à se montrer furent détruits avant qu'ils eussent acquis une certaine force. Sans égalité entre les différentes nations, il n'y a pas de droit international possible.

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