‹ Le droit international codifié (volume 2)Chapitre 34 sur 309 · Voir sur ce point l'introduction · texte numérisé non relu

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Les nations civilisées sont plus particulièrement appelées à développer le sentiment des droits communs à l'humanité. Leurs gouvernements sont aussi, plus que tous les autres, tenus de satisfaire aux obligations qui en résultent ; ils sont donc plus spécialement les représentants et les garants du droit international.

1. L'essence de la civilisation consiste, comme le disait déjà Dante, dans le développement harmonique de l'humanité. Le droit international est un des fruits les plus précieux de la civilisation, car U est, de son essence, une organisation de l'humanité. La prétention des états européens et américains d'être, plus spécialement que tous les autres, les représentants et les protecteurs du droit international, serait absurde, si elle ne se fondait pas sur la civilisation plus avancée de ces états.

Quoique le droit international actuel se soit formé d'abord entre les nations chrétiennes, et doive mainte conquête à la religion chrétienne, il n'est cependant pas inséparable de la foi chrétienne, ni restreint au monde chrétien.

Sa base caractéristique estla naturehumaine. Sonbutestl'organisation de l'humanité. Ses moyens sont ceux qu'admet le droit

des états. Son perfectionnement est l'œuvre des jurisconsultes et des hommes d'état.

Le droit international, droit général de l'humanité, réunit les chrétiens et les mahométans,les bouddhistes et les brahmanistes, les disciples de Gonfucius et les adorateurs des étoiles, les croyants et les non croyants.

1. En opposition avec les principes posés par la science moderne comme fondement du droit international, la Sainte-Alliance des trois puissances de l'Europe orientale avait encore une fois tenté de baser ce droit sur la religion chrétienne (14-26 septembre 1815). « L'empereur d'Autriche, le roi de Prusse « et l'empereur de Russie. . . déclarent solennellement que le présent acte n'a « pour objet que de manifester à la face de l'univers leur détermination iné- « branlable de ne prendre pour règle de leur conduite, soit dans l'administra- € tion de leurs états respectifs, soit dans leurs relations politiques avec tout « autre gouvernement, que les préceptes de cette religion sainte, préceptes de « justice, de charité et de paix, qui, loin d'être uniquement applicables à la « vie privée, doivent au contraire influer directement sur les résolutions des « princes et guider toutes leurs démarches, comme étant le seul moyen de « consolider les institutions humaines et de remédier à leurs imperfec- « tions. »

Cette tentative ne pouvait réussir. Jésus-Christ, en effet, n'a pas cherché à donner au monde une organisation politique; il n'a pas proclamé des règles de droit. Les conflits d'intérêts entre les alliés, les besoins pressants de réforme, l'esprit d'indépendance de la philosophie moderne et de la science du droit, eurent bientôt fait justice des théories en vigueur à l'époque de la Restauration.

2. La Religion unit les hommes à Dieu, Le Droit règle les rapports des hommes entre eux. Les questions de droit international doivent donc être décidées, non d'après des dogmes révélés, mais d'après des règles humaines. Le moyen âge a pu trouver naturel de restreindre le droit international à l'humanité chrétienne, et les états mahométans de faire payer le tribut aux infidèles. L'humanité actuelle, quoique soumise à l'action de religions différentes, a conscience de son unité. Un état n'acquiert pas des droits spéciaux vis-à-vis d'un autre, parce que l'un d'eux est chrétien et l'autre mahométan. Personne ne peut se soustraire aux devoirs que lui impose la qualité d'homme, sous le prétexte qu'il est orthodoxe et qu'un autre ne l'est pas.

Le droit international n'est pas restreint à la famille des peuples européens. Son domaine s'étend à toute la surface delà terre.

1. Le droit international actuel est né dans la famille des peuples européens, auxquels nous ajoutons naturellement les colonies d'Amérique. C'est par l'influence des nations européennes qu'il se répand successivement sur notre globe. Voir art. 3. Les races latines et germaniques y ont le plus contribué.

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