Équilibre
L'équilibre entre les états ne consiste pas dans le fait d'avoir tous la même étendue de teritoire et le même chiffre de population, ou d'être tous également puissants. Les différences de force et d'étendue sont la conséquence nécessaire de la nature variée du sol, dé l'individualité des nations et du développement historique des états.
Le droit international doit tenir compte de ces différences; il ne peut ignorer les forces morales et intellectuelles des nations et passer sous silence leur histoire.
i. La pensée d'un équilibre mathématique était fort en vogue au commencement du xviu* siècle. On attendait de sa réalisation la consolidation de la paix du monde, et la lin des tentatives de monarchie universelle. La proposition faite en 1713 par l'abbé de Saint-Pierre dans son « Projet de traité pour rendre la paix perpétuelle, > à la fin de la grande guerre entreprise par l'Europe contre la suprématie française, cherche à exprimer cette pensée sous la forme d'une nouvelle carte de l'Europe. Mais cette pensée est fausse, ne fut-ce déjà que parce qu'elle ne tient aucun compte des forces morales, qui ne se
laissent pas évaluer en chiffres, et qu'elle veut établir un équilibre artificiel là où la nature nous montre des divergences considérables et persistantes.
A la Un du règne de Louis XIV, la France s'était étendue en territoire et en population, et était cependant plus faible qu'au commencement de ce règne. La Prusse était devenue beaucoup plus grande sous Frédéric-Guillaume IV, et était cependant moins puissante que sous le grand Frédéric.
L'équilibre n'exige pas non plus que les états restent perpétuellement sans subir aucune modification. Il y a un développement naturel et par conséquent nécessaire des états, et en môme temps une diminution inévitable de leurs forces et de leur influence. Le droit international doit reconnaître la puissance transformatrice des faits.
1. Le moyen âge a été l'époque du morcellement des nations en une foule de petites villes ou principautés; cela a été, du reste, fort heureux pour l'Italie et l'Allemagne d'alors. Cet état de choses était supportable tant que le commerce était peu important, le sentiment national faible, les besoins publics et politiques restreints, et qu'aucun danger extérieur ne menaçait l'existence de ces petites villes. Aujourd'hui tout est changé. La plupart de ces petits états sont tombés; ils ont été remplacés par de grands états embrassant une nationalité entière.
Lorsqu'un état a étendu son territoire, le droit international n'autorise pas un autre état, peut-être rival, à exiger de son coté une augmentation de territoire.
1. Au siècle passé, on en a souvent appelé au principe de l'équilibre pour dissimuler des goûts conquérants sous le manteau apparent du droit. Ainsi l'Autriche demandait un morceau de la Turquie parce que la Russie s'étendait en Pologne. On chercha à atténuer l'iniquité du partage de la Pologne entre les trois puissances voisines en invoquant des arguments analogues. Encore dans notre siècle, on a peut-être abusé de ces raisons plus apparentes que réelles; ainsi, en 1803, on s'est servi, suivant l'expression de Fiente, « de lambeaux du territoire allemand comme appoints jetés dans la balance de l'équilibre européen. » En 1860 même, on a cherché, en partie du moins, à justifier l'annexion de la Savoie et de Nice à la France par le grand accroissement du royaume d'Italie; et après 1866, Napoléon III a réclamé l'incorporation de la Belgique comme compensation de l'extension de l'Allemagne du Nord sur les états de l'Allemagne du Sud.
L'équilibre international ne signifiant et ne pouvant signifier ni des états de même grandeur, ni un rapport immuable entre la puissance des états, l'appdi-