LIVRE II. — LES PERSONNES EN DROIT INTERNATIONAL
cation mathématique du principe de l'équilibre est inadmissible. On ne peut briser ainsi à plaisir l'existence et le développement des états.
Le vrai équilibre consiste dans la coexistence pacifique des divers états. Il est menacé, lorsqu'un état acquiert une suprématie telle, que la sûreté, l'indépendance et la liberté des autres états en sont atteintes. En pareil cas, tous les états directement ou indirectement menacés sont autorisés à rétablir l'équilibre et à prendre des mesures pour en assurer le maintien.
1. Définition de F. de Oentz, IV, p. 39 : « L'équilibre est l'organisation d'après laquelle, entre des états existants les uns à côté des autres, ou plus ou moins réunis les uns aux autres, aucun ne peut menacer l'indépendance ou les droits essentiels d'un autre, sans rencontrer une résistance efficace de l'un ou de l'autre côté, et par conséquent sans danger pour lui-même. »
Ce principe- est surtout admis entre les états européens, qui envisagent comme la condition fondamentale de leur développement personnel le maintien d'un certain nombre d'états indépendants. Ainsi s'expliquent les alliances nombreuses, et beureuses au fond, faites contre Charles-Quint, Philippe II, Louis XIY, et, plus tard, contre Napoléon Ier ou contre la suprématie russe en Orient. Mais ce principe ne parait pas applicable à l'Amérique; car les Etats-Unis sont déjà la puissance principale, dominatrice de cette partie dji monde. Si l'Amérique est destinée à entrer tout entière dans les États-Unis, notre principe devient inutile; mais s'il paraissait nécessaire de créer en Amérique comme en Europe une association d'états indépendants les uns des autres, le principe de l'équilibre devrait aussi être introduit dans le droit international américain.
Lorsqu'un peuple, abusant de sa puissance, essaie d'arriver à la domination universelle, cette tentative constitue une menace pour l'équilibre et justifie la résistance commune des autres états.
1. Voir la remarque précédente. On ne doit pas confondre ces menaces iniques contre l'existence d'états indépendants, et qui ne forment point entre eux un corps politique, avec les mesures comminatoires prises par un grand état national contre les tendances particularistes et insoutenables de certains états de la même nation. L'annexion de ces derniers peut devenir une condition nécessaire au maintien de l'existence nationale et du bien-être commun, ou être la conséquence inévitable du développement national d'un peuple. L'his- «.
toire d'Italie, en 1860, et celle d'Allemagne, en 1866, font comprendre claire-
ment cette idée. L'équilibre des états italiens et allemands ne pouvait subsister longtemps, car il ne résultait pas de la nature des choses; on a pu y renoncer Bans regrets, puisqu'on pouvait le remplacer par un état national et acquérir ainsi dans le monde une position plus respectée.
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La suprématie môme partielle d'un état peut menacer la sûreté et la liberté des autres, et par là porter atteinte à l'équilibre. Elle justifiera donc la résistance commune des autres états pour restreindre cette suprématie. — Ce principe sera particulièrement applicable lorsque la puissance maritime d'un état prendra un développement dangereux pour la liberté des mers.
1. Comme exemple, on peut mentionner les traités des états neutres contre la domination de l'Angleterre sur les mers.