XX NOTICE SUR M. BLUNTSCHU
viendrait d'y donner suite. La Prusse voulait que les États se concertassent directement entre eux pour nommer la commission qui devrait élaborer les codes, tandis que l'Autriche voulait remettre la chose aux mains de la Diète et que le Wurtemberg proposait un moyen terme. De là, une grande et orageuse discussion qu'envenimaient les passions politiques. M. Bluntschli, qui avait présenté le rapport au nom de la commission permanente, eut l'habileté de trouver une formule qui rallia les opinions contraires et rétablit la paix. Il fut appelé encore à la présidence lorsque le Juristentag se réunit à Heidelberg, en 1868. Lui et Waechter ont grandement contribué, par leur participation, à faire prospérer cette société dont la vitalité paraissait douteuse dans le principe à maints bons esprits, mais dont l'activité a été des plus fécondes et qui a été imitée avec succès dans la plupart des pays de l'Europe et en Amérique.
En ces mêmes années, de 1847 à 1861, une évolution s'est opérée dans la direction scientifique de M. Bluntschli. Il a quitté, ou à peu près, le droit civil pour le droit public. C'est alors aussi que son libéralisme s'est élargi, dans les limites que j'ai indiquées plus haut. Il s'exprime lui-même à ce sujet en ces termes : « Les observations et expériences que je pus faire à Munich m'amenèrent à rejeter loin de moi maintes enveloppes dont mon éducation et la position que j'avais occupée en Suisse avaient entouré et comme recouvert ma nature libérale. Je commençai à avouer celle-ci plus ouvertement et à la laisser agir avec moins de réserve. Il m'est arrivé le contraire de ce qu'on remarque chez nombre d'hommes : lorsqu'ils ont pris de l'âge, augmenté leur avoir, conquis dans la société une plus grande considération et un rang plus