‹ Le droit international codifiéChapitre 15 sur 330 · NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI XXI · texte numérisé non relu

NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI XXI

élevé, ils deviennent conservateurs. Quant à moi, le caractère libéral de mon être s'est révélé plus hardiment à mesure que ma situation s'améliorait et que ma sphère d'action s'étendait !. »

Ce libéralisme élargi, je tiens à le répéter, n'a jamais dégénéré en radicalisme. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire les ouvrages composés par M. Bluntschli dans cette période et la suivante, notamment ces articles du Dictionnaire et sa Théorie générale de l'Etat, dans la dernière édition (1876).

M. Bluntschli n'était pas non plus un doctrinaire. Il n'avait pas la superstition des formules. Il comprenait que le système anglais ou belge n'est pas la forme universelle et nécessaire de la liberté constitutionnelle et parlementaire, et qu'on peut croire, sans être un fauteur delà réaction, qu'un système différent convient mieux à l'Allemagne, à la Prusse ou même à la France.

Il n'est point surprenant qu'à la longue la science pure n'ait pu suffire à l'ancien homme d'État; malgré la bienveillance du roi, qui l'admettait à ses réunions choisies, et malgré les bonnes relations qu'il entretenait avec les hommes distingués que Maximilien avait su grouper à Munich, il sentait se réveiller en lui le besoin d'action pratique et directe qui était dans sa nature et que le régime bavarois de ce temps-là ne lui permettait pas de satisfaire. Aussi accepta-t-il les offres du gouvernement badois, que dirigeait alors son ami politique, le baron de

1 Gegenwart, tome cité, p. 359.

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Roggenbach. Robert de Mohl quittait Heidelberg pour représenter le grand-duché auprès de la diète germanique (1861). M. Bluntschli lui succéda dans la chaire des sciences politiques, qu'il a occupée pendant les vingt dernières années de sa vie.

A Heidelberg, l'évolution scientifique que je viens de signaler continue ; le centre de gravité se déplace encore, ou plutôt l'horizon de M. Bluntschli s'étend, son point de vue s'élève de plus en plus. Au lieu de se rétrécir, comme tant d'autres, en avançant en âge, cette noble intelligence se développe sans cesse en largeur et en hauteur. Du droit zuricois, M. Bluntschli avait passé au droit suisse et au droit allemand, puis au droit public général : c'est le droit international qui fera désormais l'objet favori de ses études, et il y joindra toujours plus une tendance à la vulgarisation, dans le sens élevé de ce mot. On la lui a reprochée, on y a voulu voir un abaissement de son talent. J'y vois plutôt le contraire; et quand, au déclin de sa vie, un prince de la science et de la pensée s'efforce de mettre ses trésors à la portée des petits et des faibles, il me paraît faire une œuvre de dévouement dont une âme épurée est seule capable.

On doit à cette dernière période de la vie de M. Bluntschli plusieurs ouvrages de droit international, dont le principal est le Droit international codifié *. D'autres, de moindre étendue, sont: le Droit de la guerre, manuel du soldat2 ; V Etude sur le Droit de butin et spécialement

1 Dos moderne Vœlkerrecht der civilisirten Staten al* Rechtsbuch dargestellt. Éditions allemandes, 1868, 1872, 1878. Editions françaises (traduction de M. C. Lardy), 1-, 1869 ; 3% 1881. Revue, t. I, p. 291 ; t. V, p. 294 ; t. X, p. 462, et t. XIII, p. 423. — Traduction espagnole par M. Covarrubias, Mexico, 1871; Revue, t. VI, p. 315. — Traduction chinoise par les soins de M. Martin. On parle aussi d'une traduction japonaise et d'une traduction turque.

* Das moderne Kriegsrecht der civilisirten Staten, 1874. Seconde édition, 1886.

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