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LIVRE VI» DES TRAITÉS

contractés, sous le prétexte qu'il doit veiller à sa propre conservation. Cela s'est déjà vu plus d'une fois et se verra souvent encore. Mais, quelque blâmable que soit l'abus, le principe n'en reste pas moins inévitable et indiscutable ; Û faut seulement qu'il soit compris et appliqué de bonne foi. Lorsque des motifs stratégiques exigent la retraite de toutes les troupes alliées et l'abandon momentané du territoire d'un des alliés, cette mesure n'autorise pas l'état dont le territoire est livré sans défense à l'ennemi a sortir de la ligue, car cet abandon lui-même constitue un acte défensif. Si les alliés triomphent par suite de la concentration de leurs forces, tout sera rétabli dans son état primitif, et les maux qui sont résultés de l'occupation du pays par les ennemis, pourront être réparés. — Le principe ultra posée netno tenetur est, du reste, particulièrement applicable aux engagements contractés par le» états. — L'attitude de l'Autriche, pendant la guerre franco-allemande, d'après les révélations du duc de Grammont, peut être citée comme exemple.

Les traités d'alliance doivent être interprétés et exécutés par les deux parties en toute sincérité, bonne foi et fidélité.

1. Ces considérations morales ne doivent jamais être écartées lorsqu'il s'agit de l'interprétation d'un traité quelconque. A bien plus forte raison doit-on en tenir compte lorsqu'il s'agit d'alliance, c'est-à-dire de traités conclus par des puissances entre lesquelles l'amitié doit régner. Si les alliés se défient les ans des autres, l'alliance est mort-née et ne tardera pas à s'écrouler. Lorsqu'il s'agit de savoir si l'un des contractants peut demander l'appui de ses alliés et si ceux-ci sont tenus d'accorder des subsides (casus fœderis), chaque état est libre d'apprécier & sa façon les circonstances, et o'est là que la bonne foi est de la plus haute importance. Comme, en outre, il est très difficile de fixer d'avance la nature, l'importance et la durée des subsides, on doit encore laisser à la bonne foi des gouvernements le soin de fixer, suivant les besoins du moment, l'étendue des secours qu'ils doivent donner à leurs alliés.

2. De même la question de savoir dans quelles limites un état qui compromet les intérêts de ses alliés en négociant avec l'ennemi, viole la foi jurée et manque de fidélité envers ses compagnons d'armes, ne saurait être tranchée juridiquement; il faut faire appel à la morale et à la bonne foi. La fidélité entre alliés ne subsiste, du reste, que si elle est à la fois un droit et une obligation réciproques.

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