‹ Le droit international codifiéChapitre 2 sur 330 · VI NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI · texte numérisé non relu

VI NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI

les cieux, paix sur la terre et bonne volonté parmi les hommes. »

Il avait présidé le synode. Il avait pris part, en septembre, aux travaux des commissions de l'Institut de droit international, réunies à Wiesbaden pour étudier la réforme du droit des prises et l'application du droit des gens européen aux nations de l'Orient.

Ainsi, M. Bluntschli a travaillé jusqu'à la fin. Il a été enlevé sans maladie, sans même avoir subi les atteintes de la vieillesse, après une vie longue, noblement remplie. Les anciens disaient que ceux qui meurent jeunes sont aimés des dieux ; malgré son grand âge, il n'avait perdu ni sa puissance intellectuelle, ni sa vigueur corporelle et il était resté jeune de cœur. Sans doute, pour ceux qui survivent, la mort d'un seul coup et sans adieux est doublement douloureuse ; mais pour celui qui part, s'il est prêt, n'est-ce pas un bienfait de la Providence que d'être affranchi de la décadence et de l'abaissement final ?

Jean-Gaspard Bluntschli est né à Zurich, le 7 mars 1808. Il est mort le 21 octobre 1881 «.

Son père, qui avait acquis une fortune honorable dans l'industrie, appartenait à une famille ancienne de la bour-

1 Je dois quelques renseignements à M. Hermann Schulze et à M. Georges de Wyss, réminent président de la Société suisse d'histoire. D'autres sont tirés de la courte autobiographie que M. Bluntschli a publiée au tome V de la Gegenwart, journal hebdomadaire de Berlin, en 1874, d'un article publié par M. de Holtzendorff dans ce même journal (29 octobre 1881), et de l'oraison funèbre prononcée par M. Schulze. J'ai surtout puisé dans les ouvrages mêmes de Bluntschli et dans mes souvenirs personnels. Depuis que cette notice a été écrite, on a fait paraître trois volumes de mémoires et de notes de Bluntschli: Denkwûrdigkeiten au* meinem Leben, Nôrdlingen, 1884.

NOTICE SUR M. BLUNTSCHLI Vil

geoisie. Les Bluntschli, venus d'un village voisin, ont droit de cité en ville dès 1401. Leur nom figure dans les luttes intestines du xv* siècle : Jean et Henri Bluntschli, citoyens d'ailleurs obscurs, ont eu la tête tranchée pour délits politiques en 1444. Longtemps après, un autre membre de la famille, Jean-Henri, né en 1656, mort en 1722, acquit une notoriété modeste en qualité de compilateur d'une sorte de chronique de sa ville natale1. A part ces trois personnages, aucun Bluntschli n'a marqué jusqu'à notre siècle, ni dans les lettres ni dans les affaires publiques ; il en est de même de la famille, aussi de vieille souche municipale, dont était issue la mère de M. Bluntschli. Le mérite transcendant de notre vénérable maître et ami a donc un caractère personnel ; il semble que l'hérédité n'y soit pour rien 2.

Le jeune Jean-Gaspard fit ses humanités à Zurich et les poussa jusqu'à l'hébreu. Sa mère souhaitait qu'il fût ministre de l'Évangile. Mais l'orthodoxie officielle ne lui paraissait conforme ni à la nature ni à la vérité, tandis que le rationalisme dont on affublait le dogme pour le rendre présentable, lui faisait l'effet d'une « guenille usée jusqu'à la corde ». Il renonça donc à la théologie pour entrer à YInstitui politique, établissement d'instruction supérieure où les jeunes Zuricois se préparaient à la vie publique. On y enseignait l'histoire générale et nationale, la philosophie et le droit naturel, les sciences camérales, le droit public, le droit privé. Ces dernières branches étaient confiées en 1826 à deux hommes encore jeunes

' Memorabilia tigurina. 1703, in-il. 1711, in-8. Meilleure édition, par Jean- Balthasar Bullinger, 1741. Blunlsch signifie Camus; le nom de Bluntschli répond à Camuset.

? On parle ainsi de la rare dislin^im d'uno de ses srpurs, morle en 1848 qui avait épous», en 1831, le célèhre gernriiiijte W. Wackern-igH 11806-18(19).

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