‹ Le droit international [microforme]Chapitre 5 sur 5 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ériger l'opinion comme juge supreme dans l’ordre international, tel est le terme entrevu, la perspective d avenir qu’il convient d’accepter. Mais comme l’opinion est un tribunal formé par une multitude de consciences, encore faut-il que ces consciences soient unies par quelque principes communs. Or ces principes existent et ce sont des survivances chrétiennes.

Nous pensons qu’aujourd’hui quantité de consciences, imprégnées d' Evangile, admettraient que l’homme doit aider l’homme: que, dès lors, la nation doit aider la nation; qu'il n’y a point deux morales, l’une pour les individus, l’autre pour les nations ; qu’un acte

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mauvais, comme la violation d’un engagement, ne devient pas bon, du fait qu'il est dicté par l'intérêt d. ia nation; que l’égoïsme et l’orgueil ne sont point, dans l’ord-: national, des vertus, mais tout au contraire des vices; que tout nation, forte u non, a droit à l'existence, dès l'instant qu'elle aut vivre; et :: quelqu’une veut être agressive contre le droit d’ur.: atre. toutes doivent par tous les moyens de coercition, boycottage commercial, intervention militaire, l'empêcher de nuire. Voilà des principes qui seraient ratifiés, grâce à la survivance du christianisme dans le monde, par un nombre considérable de nos contemporains.

Mais, dira-t-on, c’est encore, en dernière analyse, la guerre, s’il y a violation obstinée par l’un des membres de la loi commune ? Sans doute, et jamais tout-à-fait l'humanité ne sera délivrée de ce fléau. Ce qui peut contribuer à en rendre plus rares les manifestations c’est, d’une part, la crainte des sanctions, de l’autre, à l’intérieur des États, le contrôle démocratique des affaires publiques, Pour autant que l'opinion est saine et éclairée. Dans une lettre fameuse à l’Archevêque de Sens, le cardinal Gasparri, Secrétaire d’État de Sa Sainteté Benoît XV, demande qu’on réserve au peuple, par voie de referendum, ou du moins au Parlement, le droit de paix ou de guerre.

Ainsi l’Église catholique fait-elle une fois de plus crédit aux peuples qui tendent au gouvernement d'eux-mêmes. .

C’est également à l'opinion que l’illustre président Wilson n'a cessé de faire appel, soit pour amener, dans la crise présente, le triomphe de la justice, soit Pour en garantir ultérieurement le règne pacifique. 7

II faut donc s'attendre à voir grandir dans le monde le rôle, les responsabilités, de cette puissance anonyme, qui pèse sur chacun de nous, qui élargit notre mission d'homme, et qu’on appelle

opinion.

Faisons lui crédit, si, par ailleurs, les valeurs spirituelles, qui donnent à l'opinion lumière et vie, loin d’être dédaignées, contrariées par les puissances de ce monde, sont tenués au contraire pour leur juste prix.

Alors la guerre actuelle découvrirait vraiment son sens profond; vraie lutte de l'esprit contre la matière.

Le sang n’est jamis versé inutilement. Nous en avons la certitude depuis qu’il a coulé sur le Calvaire. Ce n’est pas vrai qu’il

les siècles, ont complété, suivant le mot audacieux de Saint Paul, ce qui manquait à la Passion du Christ. La restaur ation du Droit sera le prix de leur sang.

Heureux seront les individus et les peuples qui pourront dire: “dans cette grande œuvre j'ai eu ma part.”

Even” Duraorr

Professeur d’Économie Politique à l’Université cotholique de Lille.

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