ÉCOLE DE DIPLOMATIE
§ 231. La vie et l’histoire forment l’école de la diplomatie. Elles seules font mûrir les talents que des académies ne suffiront jamais .à faire naître. Anciennement des hommes de l'épée, sans préparation savante, furent souvent employés aux négociations diplomatiques, concurremment avec des prêtres élevés à l’école de la hiérarchie. Ce ne fut que plus tard que les hommes de la robe ou de la plume commençaient à s'en mêler. Ils provoquaient les plaintes de ceux de l’épée, qui leur reprochaient de se mêler d’affaires qui entraînaient quelquefois la guerre, et d’être d’autant plus disposés à s’y engager et à consentir à l’effusion du sang, qu’ils ne risquaient pas leur propre vie.* C’est ainsi que naguère encore des hommes de l’épée allaient en répétant leurs doléances, que les plumes gâtaient ou reperdaient tout ce qu’ils avaient conquis. Néanmoins il est constant que la politique et la diplomatie ne sont pas le champ du guerrier. Celui-ci, en ne s’occupant que de l’état des choses du moment, exige souvent beaucoup plus qu’il n'est conforme à la justice. Or c’est la justice qui est la plus solide garantie du développement durable des Etats. Nous ne prétendons pas dire pour cela que de grands capitaines ne puissent être en même temps d'éminents diplomates. L'histoire ancienne et moderne sont fécondes en exemples brillants de la réunion de ces deux qualités.
S’il arrive ainsi qu’un talent politique devienne quelquefois un bon diplomate, sans s’être préparé à l’école pour cette mission, il se maintiendra néanmoins, de nos jours, difficilement à
') V. à ce sujet les observations remarquables de Macchiavelli, Discorsi II, 1. Mably I, p. 18.
*> V. ces plaintes dans les mémoires de Brienne A l'occasion du traité de 1601 par lui désapprouvé.
la hauteur de sa position sans une instruction solide. La vie du inonde, même dans les sphères élevées, suffira tout au plus pour former des figurants. En conséquence il est permis d'exiger du véritable diplomate des connaissances approfondies des principes du droit, notamment du droit public européen, du droit constitutionnel des Etats, de l’histoire universelle, des forces respectives des diverses nations, enfin des connaissances suffisantes en matière de langues.1 Des écoles spéciales contribueraient incontestablement beaucoup à propager ces connaissances. Mais elles ne sauraient créer à elles seules des diplomates, ni lier la liberté du gouvernement dans le choix de ses sujets.®