BUT DE DA DIPLOMATIE
§ 230. Le but fondamental de la diplomatie est de pourvoir à la liberté du développement extérieur des États. En conséquence elle doit avant tout régler sa conduite selon la position politique véritable, c’est-à-dire naturelle, tant de l'État qu’elle est appelée à représenter, que de celui avec lequel elle va se trouver en contact. Cette position complexe, il faut qu’elle l’étudie et qu’elle cherche à s’identifier entièrement avec elle. Un État de premier ordre adoptera à cet égard un autre système qu’un État de second ordre, de même que celui de ce dernier différera de celui d’un État inférieur.1
Une giande puissance peut compter sur le succès de sa politique, lorsqu’au sentiment complet de sa force elle joint une sage modération.’ Tout en cherchant à maintenir sa position prépondérante, qu’elle ne repousse pas les ouvertures équitables des autres gouvernements, qu’elle tente de les prévenir dans l’échange de procédés amicaux, sans toutefois se prêter avec trop de confiance aux propositions des puissances rivales! Qu’elle ne regarde jamais sa position comme à l'abri de tout danger, qu’en conséquence elle pourvoie, dans les temps de tranquillité et de prospérité, aux moments du danger et des orages! Qu’elle se garde surtout de se reposer dans une inaction stérile, mais qu’elle prenne part au contraire aux affaires des autres, non pas pour les troubler, mais pour les ramener au principe de la justice! Pour les puissances qui, sans avoir une voix délibérative dans les affaires générales, se trouvent
') Mably, Droit des gens. 1, p. 15. 16. 39 siiiv.
*) Mably, ibid. p. 34 et 35, cite à ce sujet l’exemple des Romains. Mais cela est vrai seulement pour l’époque de la république, lorsqu’ils avaient encore des chefs qui étaient de vrais modèles d'abnégation personnelle. A l’époque do la décadence ils ont donné de nombreuses preuves du contraire.
pourtant en mesure de se maintenir au premier rang, leur mission principale consiste à conserver leur influence, tout en se gardant d’affecter le ton d’une puissance dominante. En ce cas elles ont sur celle-ci un avantage très - considérable , celui de trouver plus facilement des alliés, avantage qu’elles pourraient perdre en franchissant les limites de leur importance réelle.
Les Etats de second ordre ont ordinairement un intérêt naturel et commun, celui d’empêcher, autant que possible, l’immixtion dans leurs affaires et la prépondérance des puissances de premier rang. L’Etat de second ordre qui se trouve placé, par sa situation territoriale, entre deux grandes puissances, est obligé toujours d’acheter chèrement leur neutralité et leur amitié. Si, sous l’influence d’événements heureux, un pareil Etat réussit à obtenir certains avantages et à améliorer sa position, il agit prudemment de s'en tenir là, au lieu d'ambitionner l’éclat trompeur d'une grande puissance. C’est le développement complet de toutes ses ressources intérieures que la politique d’un Etat de second ordre doit principalement se poser pour but.
Les Etats de troisième ordre n’ont qu’à veiller surtout au maintien <le leur intégrité. Le principal but de leur politique extérieure consistera dans la défense de leur neutralité, et le jour où cela leur deviendra impossible, l’alliance loyale d'une grande puissance pourra leur offrir un abri suffisant.
Cependant un seul mobile doit préoccuper la pensée et diriger exclusivement l'action de l’homme politique, celui de défendre jusqu’au dernier soupir l'honneur et la sûreté de son Etat, par suite de ne jamais reculer devant le danger, mais de le combattre en face. Il doit voir venir les événements, les apprécier d'un oeil calme, et non pas aller au-devant pour les provoquer. Rien n’est aussi dangereux pour la sûreté des Etats qu’une diplomatie trop active, se livrant à l'échange trop fréquent des bons offices et des ouvertures 'de négociations, dans le but unique de se créer de la besogne. L'histoire du xvm* siècle contient à cet égard plusieurs exemples mémorables. La manie de traités alors régnante n’a rien créé de grand, et elle n’a fait naître que des troubles et des désordres.1 Il n’y a pas ') Mably I, p. 10. Écrits politiques du comte de Lyuar I, p. 216.
§ 231. des formes du commerce international. 427
moins d’inconvénients à entamer à la fois plusieurs affaires ou à vider plusieurs différends. Concentrer toutes ses forces autour d’un but unique, en négligeant des fins moins importantes ou plus éloignées, cela vaut certes mieux que d'éparpiller ses forces dans diverses directions.1