‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 1 sur 205 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le droit international est une science toute moderne. C'est comme le couronnement et le chef-d'œuvre de la civilisation chrétienne. Pour le droit civil, pour la philosophie, pour l'histoire, nous avons nos maîtres dans l'antiquité. La Grèce et Rome nous ont laissé, dans ces diverses branches des sciences morales et politiques, des modèles que l'on n'a pas encore surpassés, des noms dont la gloire, loin de déclîtier, semble rajeunir chaque fois que renaissent les fortes études et que l'esprit humain atteint un développement nouveau. Mais la science du droit international étuit à peine en germe dans ces admirables écrits que nous ont transmis les anciens âges : elle a pris naissance il y a quelques siècles seulement, je dirais presque, parmi nous, car ce fut à l'époque où les sociétés dans lesquelles nous vivons prenaient elles-mêmes la forme dernière que nous leur voyons aujourd'hui.

On peut dire de cette science que ses progrès sont le produit et le résumé de tous ceux que la civilisation, la morale, la saine philosophie, la politique humaine et modérée ont faits en Europe et dans les autres parties du monde soumises à son influence, depuis le moyen

âge jusqu'à nos jours. Il n'en est pas, en effet, de la I. a

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science dont nous parlons comme de celles qui, pour avancer, n ont besoin que des méditations solitaires d*un savant ou d'un sage : ce ne sont pas là de ces questions qui n'agitent que la paisible enceinte d une école, d'une académie, d'un barreau. Le droit international se compose à la fois de principes et de faits. Pour mettre en lumière ces principes, pour en apercevoir la liaison, pour en déduire logiquement les conséquences, il fallait des hommes d'étude et de savoir, de conscience et de génie, un Grotius, un Bynkershoeck, un Wolf, un Leibniz, un Montesquieu. Mais qu'eût été ce progrès écrit de la science, sans ceux qui s'accomplissaient sur la grande scène des affaires de l'Europe et du monde, et dont l'honneur revient aux hommes d'État en qui le • patriotisme n'a pas étouffé le sentiment de l'humanité, aux souverains qui ont mis l'ambition de faire le bien au-dessus de celle des conquêtes, aux peuples enfin qui, adoptant pour ligne politique la modération et l'équité, ont su, dans la paix ou dans la guerre, dans la bonne ou dans la mauvaise fortune, se porter les défenseurs delà justice et du droit. Car il y a deux manières de servir cette noble cause : procurer son triomphe quand on est fort ; souffrir pour elle, sans perdre courage, à l'heure de la faiblesse et de l'abandon. Quel admirable exemple que celui du peuple Danois persistant à soutenir les droits des neutres entre l'incendie de sa flotte et le bombardement de sa capitale, pendant qu'en son nom le comte de Bernstorf formulait ces droits d'une main si ferme ! Il y a, dans chaque siècle, des époques né-

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fastes où, en présence de certains faits d'une audace heureuse mais coupable, la conscience hésite et se trouble. Mais, le nuage passé, la justice reparaît avec un éclat nouveau *. Après ces jours où les droits des neutres étaient méconnus, délaissés, trahis, un dédaigneux silence sembla longtemps la seule concession qu'on pût obtenir de F Angleterre; mais enfin est venu le jour de la réparation et du progrès; la France, au Congrès de Paris, a montré qu'il y a certaines victoires qui ne se remportent que par la paix. La force des armes n'eût jamais arraché à l'Angleterre la reconnaissance des principes qu'elle a librement acceptés comme gage d'alliance et comme bienvenue d'amitié. C'est de ce point de vue élevé qu'il faut envisager l'histoire du droit des gens ; ce n'est point d'année en année, c'est de siècle en siècle qu'il faut mesurer ses progrès. Si, en présence de ce qui reste à faire encore, le découragement était près de nous gagner, rappelons-nous dans quelle confusion se trouvaient tous les principes lorsque G rotins entreprit de rechercher s'il pouvait exister une science du droit des gens. « Je voyais par toute la chré- « tienté, disait-il, une licence effrénée de guerres qui « ferait honte aux barbares mêmes; un entraînement

^ La civilisation ne décrit point un cercle parfait et ne se meut pas en ligne droite. Elle est sur la terre comme un vaisseau sur la mer : ce vaisseau, battu par la tempête, louvoie, revient sur sa trace, tombeau-dessous du point d'où il est parti; mais enfin, à force de temps^il rencontre des vents favorables, ^agne chaque jour quelque chose dans son véritable chemin, et surgit au port vers lequel il avait déployé ses voiles. (Chateaubriand, Etudes historiques, Expontion,)

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