IV AVANT-PROPOS
« à courir aux armes sous les prétextes les plus futiles, « et à ne tenir, dans la guerre, aucun compte des lois « soit divines soit humaines, comme si un mani- « feste de guerre suffisait pour déchaîner tous les « crimes* ! »
Nos yeux, sans doute, ne sont plus affligés par le spectacle de tant de guerres : mais notre cœur se serre, notre raison s'alarme à la vue du sourd travail que recouvre un calme apparent. L'Europe est en paix, mais des ferments de révolution et de haine existent presque partout au sein des nationalités plaintives ou frémissantes. Les rois s'en vont, les traités se déchirent, le pouvoir se déplace, toutes les colonnes sur lesquelles reposaitl'édifice social semblent ébranlées ou croulantes ; et pour justifier les ruines que l'on a faites, celles que Ton voudrait faire encore, on proclame l'avènement d'un droit nouveau. C'est ici qu'il importe de se recueillir en soi-même et de se demander si le droit, cette règle éternelle et divine, est, comme le fait humain, sujet à disparaître ou à changer; si, après avoir marché en avant pendant dix siècles, dans une voie où chacun de ses pas avait marqué un progrès civilisateur, l'Europe chrétienne doit tout à coup s'arrêter, jeter bas son drapeau, en chercher un autre; comme si les vieux principes du juste et de l'injuste, la bonne foi, le respect des
1 Yidebam, per christianum orbem, vel barbarls gentibus pudendam bellandi licentiam : levibus aut nuUis de causis ad arma procurri; quibus semel sumptis, nuUam jàm divini, nuliam humani juris reverentiam^ plané quasi uno edicto ad omnia scelera emisso furore. De jure belli ac pacis. Prolegomena,