‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 106 sur 205 · BARCELONE · texte numérisé non relu

BARCELONE

la civilisation asiatique qu'ils avaient transportée avec eux dans ces belles provinces, tandis que la population mêlée des anciens indigènes et des Goths n'avait pour arme et pour refuge que sa valeur chevaleresque, son amour inné de Tindépendance et sa foi chrétienne.

Il lui fallut plusieurs siècles pour reconquérir pied à pied le sol ibérique, et chaque portion de territoire ainsi recouvrée par d'héroïques efforts devenant le domaine et la récompense des guerriers qui l'arrachaient aux infidèles, l'Espagne se trouva, pendant tout le moyen âge, divisée en une multitude de seigneuries et de royaumes, qui finirent cependant par se grouper autour des couronnes d'Aragon et de Castille.

Mais cette vie de luttes et de combats, stimulant sans cesse l'activité d'un peuple magnanime, le poussait à toutes les nobles et généreuses entreprises. En même temps qu'il déployait sa valeur sur les champs de bataille contre ses redoutables ennemis, il s'efforçait aussi de les surpasser dans le commerce, dont leurs relations avec les Arabes d'Orient favorisaient l'essor, etdans l'industrie, dont ils lui avaient appris plusieurs secrets, notamment celui de la culture et de la fabrication de la soie.

Barcelone.

Délivrée une des premières de la domination musulmane, la ^le de Barcelone pouvait, dès la fin du xi* siècle, rivaliser avec les autres cités maritimes dont la prospérité se développait^ en môme temps que la civilisation, sur les bords de la Méditerranée. Son commerce et son industrie reçurent aussi des guerres saintes un accroissement d'activité, et par une politique prudente elle sut conserver, pendant presque toute la durée du moyen âge, des franchises et des privilèges fort étendus dans les ports musulmans de l'Egypte et de la Syrie. Cette faveur des soudans devint, pour les négociants de Bar- ♦îelone, une source immense de profits. Lorsque, par des causes que nous avons rapportées plus haut, l'entrée de l'Egypte était interdite à d'autres nations chrétiennes, le commerce de

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rOrieot se concentrait presque entièrement dans leurs mains.

La bravoure des Aragonais était célèbre dans le monde. A leurs possessions sur le sol d'Espagne, ils joignirent pendant un temps, par delà les Pyrénées, Montpellier et le Roussillon; dans les mers voisines, les îles Baléares ; plus loin, la Sardaigne et jusqu'aux Deux-Siciles, ce royaume qui fut si souvent le jouet de la politique et la proie du vainqueur.

En môme temps les lois maritimes de Barcelone étaient vantées partout pour leur sagesse, et pour la protection généreuse qu'elles accordaient aux étrangers.

Si les guerres presque continuelles des Catalans avec les Génois ont été trop souvent empreintes d'un caractère déplorable de cruauté, il en est sorti cependant des règlements sur les prises qui sont devenus la base du droit public européen en ces matières.

U y avait bien encore sur les côtes de l'Espagne quelques ports dont le nom ne peut être oublié, tels que Valence sur la Méditerranée, Séville sur le Guadalquivir, Cadix (l'ancienne Gadès) sur l'Océan. Mais Barcelone seule était devenue, parle développement de sa marine et de son industrie, une véritable Puissance. Le royaume d'Aragon lui dut, pendant plusieurs siècles, son éclat et sa force, et lorsque le mariage d'Isabelle de Castille avec Ferdinand d'Aragon et la prise de Grenade sur les Maures eurent enfin réuni en un seul grand État les provinces divisées de la Péninsule, ce fut encore grâcffà la marine catalane que l'Espagne put, dès la fin du xv* siècle, se trouver au premier rang des puissances maritimes. La cbute de Pise, la décadence de Gênes, l'abaissement momentané de Marseille, ravagée en 1423 par un comte de Barcelone, ne laissaient plus aux Espagnols, dans la Méditerranée, d'autres rivaux redoutables que les Vénitiens. Ils eurent les uns et autres la prudence de préférer alors à la guerre une sorte Ue partage amiable du commerce maritime, les Espagnols dirigeant surtout leurs expéditions vers les rivages de l'Océan et les Vénitiens vers cfeux de l'Egypte et de la Syrie.

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