AFFAIBLISSEMENT DE VENISE
les nobles crremenls des anciens chevaliers, avait armés à ses frais.
Venise ne pouvait l'emporter dans cette lutte inégale; mais, malgré les pertes successives qui amoindrissent son territoire, je la trouve, à certains égards, plus grande dans ce déclin de sa puissance qu'elle ne Tétait au temps où TEurope en armes implorait son appui; car alors on l'accusait, non sans raison, de faire passer son intérêt d'État avant l'intérêt commun de la chrétienté. Ici au contraire, en se défendant elle-même avec un si noble courage, elle défendait le dernier boulevard des chrétiens du côté de l'Asie et ces contrées de la Grèce pour lesquelles de plus efficaces sympathies devaient se réveiller de nos jours.
Prise de Candie. Siège de Vienne. Défaite des Turcs par Jean Sobieski et par le prince Eugène.
La prise de Candie (1669) rendit à la nation ottomane son fanatique orgueil et son fol espoir d'anéantir le nom chrétien. Trois cent mille Musulmans vinrent assiéger la capitale de l'empire : les Allemands, découragés, n'auraient pu arrêter ce torrent. Mais Jean Sobieski et ses Polonais accoururent à leur secours ; grâce à leur héroïque valeur, l'armée des Ottomans fut dispersée sous les murs de Vienne (1683), comme leur flotte l'avait été par les Vénitiens dans les eapx de Lépante. L'Europe chrétienne eut ainsi deux fois pour libérateurs des peuples que, depuis, elle a laissés périr.
Ce succès ranima cependant, à la fin du xvii* siècle, une ardeur généreuse : de nombreux volontaires s'offrirent pour achever de poursuivre les Turcs dans la Hongrie, pendant que les galères de Venise et du pape plantaient de nouveau l'étendard de la croix sur les rivages de la Morée et sur plusieurs îles de l'Archipel.
La victoire de Zenta, remportée par le prince Eugène (1697) contraignit enfin la puissance ottomane à s'avouer vaincue. Le traité de Carlowitz, en terminant cette guerre (1699), conserva le royaume de Pologne, mais supprima l'indépendance de la
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Hongrie. On rendit alors à Venise une partie de ses anciennes possessions de la Grèce : elle les perdit pour toujours vingt ans après (traité de Passarowitz en 1718), et sa politique, qui avait pris pendant plusieurs siècles une part si active aux affaires du monde^ se renferma depuis dans un système de prudente neutralité.
Florenee. cênea.
Nous n'avons qu'un mot à dire des autres villes maritimes de ritalie.
La puissance et le commerce de Pise étaient passés aux mains de Florence, qui, par une exception bien rare en Italie, demeura pendant plus de trois siècles (1421-1737) sous le gouvernement de la môme famille, et trouva, dans les princes vraiment dignes de porter le nom de Médicis, de sages souverains et d'illustres protecteurs des arts. Ils fondèrent sur la navigation et l'industrie la prospérité intérieure de la Toscane, sans compromettre par une politique ambitieuse ses paisibles destinées.
L'esprit remuant des Génois ne leur permit pas d'acquérir à ce prix la jouissance tranquille des richesses qu'ils avaient amassées au temps $ie leur splendeur et de leur prépondérance maritimes. Recherchant par vanité autant que par intérêt l'alliance intime d'un grand État, de la France d'abord, puis de l'Espagne, ils mêlèrent leurs flottes à celles de Charles-Quint pour ses expéditions d'Afrique, et de Philippe II pour la campagne terminée par la bataille de Lépante. Le nom d'André Doria est resté associé aux souvenirs de gloire de la maison d'Autriche : mais en attachant de trop près à l'Espagne les destinées de sa patrie, le restaurateur de la constitution génoise exposa ainsi l'orgueil de ses concitoyens à de cruels mécomptes. Aucun ne leur fut plus sensible que l'humiliante satisfaction donnée par le doge de Gênes à Louis XIV après le bombardement de cette ville par Duquesne (17 mars 1684).