CHAPITRE V
De l'abolition des ^uevrem*
Pour connaître la véritable pensée du christianisme sur la guerre, il faut étudier :
Les lois de Moyse ;
Les prophéties;
^e nouveau Testament ;
Les pères de l'Eglise des premiers siècles.
Cette étude peut être condensée en quelques pages.
Les lois de Moyse.
Il ne faut pas oublier que les lois de Moyse ont été rédigées quinze cents ans, environ, avant Jésus-Christ, et qu'à cette époque, les peuples se livraient des guerres presque
continuelleSy non seulement pour s'emparer des territoires de leurs ennemis, mais pour réduire les vaincus en esclavage:
Si l'auteur de ces lois avait interdit aux Hébreux de faire la guerre, même pour défendre leur indépendaace nationale, après leur établissement dans la terre de Chanaan, il les aurait condamnés à disparaître bientôt, de la scène du monde> sous l'invasion des peuplades barbares qui les enviroonaient :
Les lois qu'il avait données, dans le désert, seraient tombées dans l'oubli, et le christianisme lui-même aurait péri dans son germe.
Maïs s'il entrait, dans le plan qu^rl avait conçu, de préparer la suppression des guerres, il pouvait, au moins, enseigner aux Hébreux qu'il n'est pas permis de répandre des torrents de sang humain, dtms des vues d^'agrandissement et de conquête, de détruire pour le plaisir de détruire, de commettre des dévastations sans profit, et de réduire des populations inoffensives en esclavage : 11 pouvait , surtout , commencer à leur faire comprendre qu'un homme ne peut jamais être pur devant Dieu, quand il tue son semblable, même dans des guerres nécessaires.
C'^st ce q«e Facteur de ces lois avait fait.
En ordonnant de laisser libres les Israélites qui M voudraient pas combattre, il avait
rendu impossibles les guerres qui n'auraient pas été entreprises dans un intérêt général, et approuvées par la nation; en défendant d'incendier les villes et les campagnes, de maltraiter les prisonniers, après le combat, de dépouiller les morts, de détruire les arbres fruitiers, et même les autres arbres dont la destruction n'était pas indispensable au succès des opérations militaires, il avait introduit,, dans les armées Israélites, un esprit d'humanité qui n'était pas moins caractéristique que l'esprit d'obéissance volontaire.
Mais il y a quelques autres dispositions qui doivent inspirer encore plus d'admiration, s'il est possible : ce sont celles qui commandent de proposer la paix avant de recourir aux armes, de laisser la vie et la liberté à ceux qui se soumettent, et de se purifier, après la victoire, parceque la victoire par le meurtre ne peut jamais être une victoire pure devant Dieu!
En résumé, les lois de Moyse n'interdisaient pas la gueri[;e^ mais elles en atténuaient déjà les horreurs, et faisaient naître, dans les âmes, des répugnances qui devaient les rendre plus difficiles.
Les prophéties.
Sept cents ans après Moyse, et huit cents ans, environ, avant Jésus-Christ , apparait Isaîe, le premier des quatre grands prophètes Hébreux.
Isaïe prédit formellement la naissance du Christ à Bethléem, la promulgation de la loi nouvelle à Jérusalem, la dispersion des Juifs, et rétablissement de la paix définitive, sous le règne de celui qui doit être appelé le Dieu de la paix^ le prince de la paix.
Voici ses paroles:
< Dans les derniers temps^ (in novissimis diebus,] la montagne sur laquelle se bâtira la maison du Seigneur sera fondée sur le haut des monts, et elle s'élèvera au dessus des collines. Toutes les nations y accourront en foule, et plusieurs peuples y viendront, en disant : Allons, montons à la montagne du Seigneur, et à la maison «du Dieu de Jacob.
Il nous enseignera ses voies, et nous marcherons dans ses sentiers, parcequela loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jérusalem. Il jugera les nations et il convaincra d'erreur plusieurs peuples . Ils forgeront de leurs épées des socs
decharrue,eide leurs lances des faulx. Un peuple ne tirera plus Vépée contre un peuple, et ils ne s'exerceront plus, à l'avenir, au combat. » (1)
Plus loin, il ajoute :
« Un petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné: Il portera sur son épaule la marque de sa principauté. Il sera appelé Tadmirable, le conseiller. Dieu, le fort, le père du siècle futur, le prince de la paix. Son empire s'étendra de plus en plus, et la paix qu'il établira n'aura point de fin. Il s' assolera sur le trône de David, et il possédera son royaume pour l'affermir et le fortifier dans i'équité et dans la justice , depuis ce temps jusqu'à jamais. Le zèle du Seigneur des armées fera ce que je dis. » (2)
Quelques années après Isaïe, arrive le prophète Osée, qui occupe le premier rang parmi les douze petits prophètes.
Après avoir annoncé les châtiments que Dieu infligerait aux Israélites, parcequ'ils se deshonoraient par le culte des idoles, il s'exprime ainsi :
(1) Conflabunt gladios suos in yomeres, et laDceas suas in falces. Non levabit gens contra gentem gladium, nec exercebuntur ultrà ad prœlium. (Isaïe II, 2, 3 et 5).
(2) Et pacîs non erit finis. (Isaïe IX, 6, 7).
c £a ce temps là, j'établirai «ne ^Uance entre eux et ies «aniiuaux vdu<îiel et<de la terre : j'anéantirai 4e la terre farc^ k glaive^ et la guerre, et je les ferai doriaiir dans une entière assurance. Alors je y(m& liearai à moi par une allùmce éternelle, par une aUiance de justice et de jugement, de coo^piaft^on et de mi^icorde. » [\)
Enfin,, Aous aa^rivons k IkËcbée qui prophétise^ six ce^ts ans seulement avant Jésu^-Christ, et <{}À occupe Je sixième rang^ dans les exemplaires Jbéhr^ux^ parmi les douze petits propbèies..
Apirès avoir prédit, que Sionseraii labourée comme un ohamp , et que Jérusalem ^rait réduite en un iOBonceau A& pierres, Michée luimême répète, presque mo^t pour mot, la jprophétie d'Isaîe.
« Mais, dans les derniers iemps, (in novissimis diebus), la montagne sur lequelle se bâtira la maison 4u Seignemr sera fondée sur le haut des monts : elle s'élèvera sur le haut des collines, et les peuples s'y rassembleront Des nations nombreuses se hâteront d'y venir, en disant: Allons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob : Il nous enseignera
{1) fit nrcum, et gladiam, et hélium^ conteram
de terrâ : et sponsabo te mihi in œternum. (Osée, «h. ?,18,19).
ses voies, et nous mar^^herons dans ses sentiers. Pareeque la loi sortira de Sion et la parole du Seigneur de Jérusalem. Il exercera son jugement sur plusieurs peuples, et il châtiera des nations puissantes, dans des pays lointains. Ils feront de leurs épées des socs de charrue, et de leurs lances des instruments pour remuer la terre. Une nation ne prendra plus Vépée contre une nation, et elles n'apprendront pius, dans Vavenir, à faire la guerre. L'homme se reposera sous sa vigne, ou sous son figuier, et n'aura plus rien & craindre : c'est ce que le Seigneur des armées a dit de sa bouche. » (\)
Telles sont les prophéties.
Jésus-Christ est né à Bethléem.
La loi nouvelle est sortie de Sion.
Jérusalem a été détruite.
Les Juifs sont dispersés.
Mais ces paroles: « un peuple ne tirera plus Vépée contre un peuplent ils nes'exercerontplus, à Vamuir, au combat. » n'ont pas encore reçu leur accomplissement.
Depuis les prophètes jusqu'à Jésus-€hrist , et depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours, on
(1) Et concident gladîos suos in vomeres, et hastas suos in ligones : non sumet gens adversùs gentem gladium, et non discent Mrhhelligerare.^.{}li\cïiéQ^ V. 1,2,3,4).
n'a pas encore vu une paix qui n'a pas eu de fm; et, pour rappeler les paroles de Michée, « Dieu n'a pas encore anéanti, sur la terre, l'arc, le glaive et la guerre ! »
Le nouveau Testament.
C'est sous l'impression de ces lois de Moyse et de ces prophéties que le nouveau Testament a été écrit : on peut dire que ce qui ressort de l'ensemble de tous les textes, c'est que les guerres seront supprimées parmi les nations chrétiennes, conformément aux prophéties.
Quel est, d'après l'évangélisle Saint-Luc, la mission de Saint-Jeau-Baptiste?
C'est de préparer les esprits à l'arrivée de Jésus-Christ, d'éclairer ceux qui étaient assis dans les ténèhres et les ombres de la mort, ' € et de diriger leurs pas dans le chemin de la paix. » (4)
Quel est le bruit qui se répand, à la naissance de Jésus-Christ?
On entend, de toutes parts, dans le ciel et
(1) Ad dirigeDdos pedesnostros in viampacis. (St.- Luc, 1. 79).
sur la terre, des voix qui crient: c gloire à Dieu, dans les hauteurs des cieux, PAIX SUR LA TERRE, et bonne volonté parmi les hommes. » (1)
Quel est le premier mot de Jésus-Christ, quand il commence son enseignement?
« Ne croyez pas, dit-il^ que je sois venu abolir la loi, ou les prophètes: je ne suis pas venu les abolir , mais les accomplir ! » (2)
Deux conséquences découlent irrésistiblement de ce principe.
La première conséquence, c'est que la Joi de Moyse qui déclarait impurs ceux qui tuent, à la guerre, n'a pas été abolie.
Sans doute, depuis que Jésus-Christ a dit que le temps, était venu d'adorer Dieu en esprit et en vérité, la partie cérémonielle du culte hébraïque a disparu. Les formes extérieures, les figures, les symboles, les représentations matérielles, qui étaient nécessaires pour fixer l'esprit d'un peuple encore charnel, ont fait place aux pures conceptions de
(1) Gloria in allissimis deo, tn terra Pax. et in hominibus bona voluntas. L'original grec» de Saint-Luc. porte ces mots, dont on trouve une variante dans la vulgate. {Saint-Luc, 11. 14).
(2) Noiite putare quoniam veni solvere logera aut prophetaf:; non veni solvere, sed adimplere. (Math. V. 17).
Tespril, et il ne peut pas être plus question, aujourd'hui, de purifier ceux qui tuQnt à la guerre, avec l'ancienne* eau d'expiation, qu'il ne peut être question d'imn^oler à Dieu des animaux, ou de faire fumer, sur l'autel, la graisse des victimes : mais - si l'eau d'expia* tion n'est plus nécessaire^ aujourd'hui, la cause qui en avait fait établir l'usage, — autrefois, — n'a pas cessé d'exister. L'antique parenté qui unissait tous les hommes n'a pas été supprimée, et les homicides commis dans les guerres, qui n'étaient paa exempts de faute, sous la hi de Moyse^ ne sont pas devenus innocents, sous la loi de Jésus-Christ.
La seconde conséquence, c'est que les prophéties qui annoncent la fin des guerres, sous le christianisme, ti'ont pas été abolies.
Sans doute, Jésus-Christ a dit ; « je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre : Je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive. » (4)
Hais il suffît de lire tout le chapitre X de St-Mathieu, où ces paroles se trouvent rapportées, pour reconnaître qu'elles ont été dites dans un ordre d'idées tout à fait différent, et
(1) Noiite arbitrari quia pacem venerim mitlere id terrain ; non veni pacem mittere sed gladium, (Saiot- Mathicu, X, 34).
qu'elles ne signifient pas que les guerres existeront toujours sur laf terre.
Jésus-Christ venait de choisir ses douze apôtres: Il venait de leur recommander de parcourir la Judée, de guérir les malades, et d'annoncer « que le règne de Dieu s'était approché. » (1)
Après leur avoir donné cette mission , il leur expliquait que la prédication de sa doctrine aurait, d'abord, pour résultat, d'attirer sur 6uxdes persécutions, de susciter des troubles, et d'amener des déchirements jusque dans le tseîn des familles.
C'est sous l'empire de ces idées qu'il ajoutait : « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive, car je suis venu mettre la division entre le fils et le père, entre la fille et la mère, entre la belle-fille et la belle-mère, et on aura pour ennemis ses propres domestiques. » (2)
On voit que Jésus-Christ annonçait des événements qui devaient arriver, mais qu'il n'avait nullement l'intention de dire que cet état 4e choses se perpétuerait jusqu'à la fin du monde.
<1) Bîeefites : qnia appropinquavitregimm cœlorum. (SainX-Mathieu, X. 1).
(2) Saint-Mathieu, X, 35, 36).
Il disait, en effet, que le règne de Dieu s'était approché j mais il se gardait bien dédire que le règne de Dieu était venu y ou qu'il devait prochainement arriver.
La preuve que Jésus-Christ n'a pas contredit les prophéties , en parlant ainsi , c'est que, depuis ce moment, jusqu'à celui où il a quitté, pour là dernière fois , ses disciples , il n'a jamais cessé de témoigner de sa volonté d'établir la paix.
Ainsi, il a d'abord ordonné à ses disciples de remettre le glaive au fourreau, et déclaré que ceux qui se serviraient du glaive périraient par le glaive, afin de leur faire comprendre que les triomphes fondés sur la violence ne peuvent avoir qu'une durée éphémère.
Ensuite, il n'a cessé de proclamer qu'il voulait la paix, que ce qu'il laissait à ses disciples c'était la paix, et que ce qu'il leur recommandait, en les quittant, c'était la paix.
Dans son discours après la Cène, il a dit :
« Je vous laisse la paix: je vous donne ma paix:}Q ne vous la donne pas, comme le monde la donne;, mais que votre cœur ne se trouble point! » (1)
(1) Pacem relinquo vobis : pacem meam do vobis. (Saint-Jean XIV, 27).
Il semble que nous l'entendons dire :
Mon règne doit être le règne de la paix :
les prophètes m'appellent le prince de la paix, et je vous laisse, en effet, la paix, non pour ce temps de fureurs et de troubles , qu'il faudra, d'abord, traverser, mais pour les temps qui sont marqués. La paix que je vous laisse, et que j'appelle ma paix, ne sera pas établie, parmi les nations chrétiennes, par la terreur et la violence, comme celle qui règne dans le monde ; mais elle sera établie, comme l'ont annoncé les prophètes, « par la justice, par la compassion et par la miséricorde. * '
Enfin, après sa résurrection, avant de quitter, pour la dernière fois, ceux qui devaient répandre sa doctrine, dans le monde, il leur répétait encore : « que la paix soit avec vousl » (1)
Ses apôtres sont toujours restés fidèles à ces ordres. i
Il esta remarquer que, lorsqu'ils parlaient de Dieu , ils ne l'appelaient plus le Dieu des armées, comme on l'appelait, sous l'ancien Testament , ils ne le désignaient plus que sous le nom de Dieu de la paix. (2)
(1) PaasvoHsl (Saint-Luc XXIV. 36),
(2) Rom. XV, 33, XVI, 20.— 1, Corinthi, XIV, 33, Hébreux, XIII, 20.— gratia yobis et pax adimpleatur in
Saint-Paul écrivait lui-même :
« Quoique nous vivions dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair: les armes de notre milice ne sont pas chamelles. Mais elles sont puissantes, par la vertu de Dieu, pour ^ détruire les forteresses. » (1)
Mais il faut bien prendre garde d*altârer, même avec de bonnes intentions, le véritable sens des Écritures : laissons donc, maintenant, la loi de Moyse, les prophéties, les textes dFa nouveau Testament, et recherchons ce que les chrétiens les plus érudits, les plus^ pénétrants, et les plus vertueux des premiers siècles de l'Église chrétienne, ont pensé sur cette question si grave et si délicate de Paboiilioû des guerres.
Les pères de VÉglise des premiers siècles.
Pour ne pas nous écarter des devoiiTS da fidélité et de boane foi que nous devons nious imposer, nous recueillerons rmi-à-mot les déclarations des pères de TÉglise,, jusqu'au, cinquième siècle, et nous suivrons l'cKdre des dates.
cognitioDO dei, et Christi lesu» domûii {kOsirL f^mi- Pierre, épit. cath.» t 2.)
(1) Non secuDdiun earnem miHtamus* (2» cor. X»3i 4).
Dans son traité de Vadolatrie, TerlulHen se demande , d'abord , « si un chrétien peut entrer dans l'armée, et si l'on peut admettre dans l'Eglise un militaire, même en caliges, c'est-à-dire un simple soldat, qui ne se trouve jamais dans la nécessité de juger, et de condamner à mort. >
Il répond ainsi:
« Il n'y a, — dit- il, — aucun rapproehement possible entre le pacte divin et le pacte humain, entre la bannière du Christ et la bannière du diable, entre le Qamp de la lumière, et le camp des ténèbres. La même vie m peut pas être due à deux mailres, à Dieu, Qt à César. Sans doute, Moyse porta 1^ verge ; Aaron ceignit la cuirasse; Jean revêtit le baudrier; Jésus, fds de Navé, conduisit une armée ; le peuple de Dieu lui-même fit la guerre, si vous aimez à dispu-r ter,... mais comment le soldat combattra-t-il? comment, même dans la paix, porlera-t-il les armes, lui qui n'a pas d'épée? Or, le Seigneur a brise Vépée. Il est bien vrai que les soldats se rendirent auprès de Jean, et reçurent de sa bouche la règle qu'il fallait observer. Il est bien vrai que le centurion eut la foi : mais toujours est-il, — après cela, — que le Seigneur, en désarmant Pierre, a désarmé tous les soldats: rien de ce qui sert à un acte
illicite, n'est licite chez noas. jf (1)
Le raisonnement de Tertollîen peut se résumer ainsi: pour soutenir que la guerre est permise, sous le christianisme, on ne peut pas invoquer les exemples tirés de Tancienne loi, sous l'empire de laquelle le peuple de Dieu a fait la guerre; on ne peut pas davantage invoquer, la réponse faite par Saint-Jean-Baptiste, aux gens qui étaient venus lui demander ce qu'ils avaient à faire, ni les paroles de Jésus- Christ au centurion. Il y a un fait qui domine tout, et qu'il n'est pas possible d'écarter:
c'est que le Seigneur a brisé le glaive entre les mains de Sainl-Pierre, et qu'en désarmant Saint-Pierre, il a désarmé tous les soldats.
Il semble voir, dans ce fait, l'accomplissement de la prophétie de Michée: « J'anéantiaai de la terre, l'arc, le glaive, et la guerre >, et il en conclut formellement que la guerre n'est plus permise, sous rÉvangile.
* Dans son livre sur la couromie du soldat^ il n'est pas moins affirmatif : il consacre un chapitre à démontrer l'incompatibilité absoiue des devoirs de l'homme de guerre avec les
(1) Quomodo autem bellabit, imo qnomodo etiam in pace militabil sine gladio, quem dominus ahstulU ?.. . omnem posteh milite m dominus in petro exarmando dtsctnxit..(deidolalriâ§ 19, traduct.de M. deGeuoude).
devoirs du chrétien,qui est, avant tout, l'homme de la paix, et il s^exprime ainsi :
« Sera-t-il permis de faire profession des armes, lorsque notre Dieu a dit que celui qui se -servira du glaive, périra par le glaive? Le fils de la paix ira-t-il au combat, lui à qui il n'est pas seulement permis de plaider?
Fera-t-il souffrir à autrui la prison, les supplices, lui qui ne peut venger ses propres injures? — S'enrôler aux bandes des ténèbres, venant de celles de la lumière, c'est transgresser. Autre chose est de ceux qui étaient soldats avant d'être chrétiens, comme ceux que Jean-Baptiste approuve, et le fidèle centurion que Pierre catéchise, pourvu qu'après avoir reçu la foi,et s'être soumis à TÉvangile, on quitte cet état, comme plusieurs ont fait. Jamais un chrétien ne peut être que chrétien, en quelque lieu qu'il soit:. Il n'y a qu'un Évangile, qu'un Jésus-Christ. » (1)
Dans ce passage, TertuUien donne un nouvel éclaircissement qu'il importe de recueillir.
On comprend, dit-il, qu'on prenne le métier des armes, quand on ne connaît pas l'Évan-
(1) Licebit in gladio conversari, domino pronun-
ciante gladio peritnrum qui gladio fuerit asus? Et
prœlio operahitur filius pacis ^cai nec litigare conveniel?
elc. /De coronâ mililis,§XI,— Irad. de M. de Genonde). ,
^ jogle
gile. Mais quand, ayant déjà pris la profession des armes , on s'est pénétré de Tesprit de TÉvangile, qui est ]'Évangile de la paix, et qu^on a voulu se soumettre sérieuseroenl à ta loi de Jésus-Christ, il faut quitter le service militaire, au moins dès qu'on le peut. Le chrétien est le fils de la paix^eX ne peut être que le fils de la paix.
Enfin, dans son traité contre les Juifs, il met très bien en lumière la différence qui existe entre ra;ncienne et la nouvelle loi :
« La loi ancienne , dit-il , se maintenait par la sanction du glaive : elle arrachait œil pour œil, et rendait outrage pour outrage.
La loi nouvelle, au contraire, promettait la miséricorde, apprenait aux ajnis de la, guerre jà devenir les amis de la loi (nouvelle), et convertissait les hostilités violentes en actes pacifiques, destinés à cultiver et à féconder la terre. > (1)
On voit, par ces textes, que Tertullien 3'appuie tout à la fois sur les prophéties et sur rjilvangile, pour soutenir que la guerre n'est plus permise, entre les nations ehrétiennes, il importe de remarquer qu'il appelle les chrétiens : les fils de la paix, ■ . ■ I ■ ■ ■ ■ % I I j « . I
(1) Tertuli. (Gootrà judsBos § 3.--Traduct. de If. de Cenoude;.
Tertullien est mort, vers Tan 216 de l'ère ^ chrétienne.
Après TertuHien, vient Origène.
Dans son traité contre Celse, qui est considéré, à juste titre, comme le meilleur de ses ouvrages, Origène établit que les chrétiens ont pour mission de réaliser les prophéties sur Tabolition de . la guerre.
< A ceux, dit-il, qui nous demandait d'où nous venons, et quel est notre chef, nous> répondons que nous avons avons été appelés par les ordres de Jésus, et que nous venons pour transformer en socs de charrue les épées, dont nous nous servions auparavant pour fodre des guerres ou commettre des violences, et que nous convertissons en faulx les lances , avec lesquelles nous frappions nos ennemis. Maintenant , ajoute-t-il -, nous ne prenons plu^ les armes contre aucune nation, et nous n'apprenons plus à faire la guerre.
Nous sommes devenus les fUs de la paixy par Jésus, que nous prenons pour chef, et nous avons abondonné toutes ces choses qui <ivaient été admises par nos pères. » (1)
(1) Nec enim jam contra gentem ullam arma
capimus, nec bellum; gerere discimus, facti fllii pacis per jesum, quera sequimiv ducem, relictis illis omnièuSt quihus adheserunt patres nosiri Orig. lib. 5 § 33. {EdïL des Bénéd. de St.-Maux.)
Dans un autre passage du même traité, il s'appuie sur des exemples tirés des religions même du paganisme, pour montrer que les chrétiens ne doivent pas faire la guerre.
« A ceux, dit-il, qui, — étrangers k mAre foi, — nous demandent de prendre les armes pour la cause commune, et d*égorger des hommes , nous pouvons encore répondre :
Les prêtres attachés au culte de vos simulacres et à la garde de vos temples conservent leurs mains pures, afm que les sacrifices qu'ils offrent à vos Dieux ne partent pas de mains souillées par le sang et le meurtre. Jamais, quelle que soit la guerre qui s'élève, vous ne les enrôlez dans votre milice. Si cette coutume est fondée sur la raison, n'est-il pas plus raisonnable encore que les chrétiens^ — alors que les autres font la guerre sur le champ de bataille, — prennent les armes en ministres et en sacrificateurs du Dieu véritable, gardant leurs mains exemptes de toute souillure?» (f) Enfin, dans un dernier passage, il va jusqu'à dire que les chrétiens auraient refusé d combattre, si on avait voulu les y contraindre :
« Nous combattons, dit-il, mieux que péril) Orjgèoe contre Gelse, (trad. de M. de Genoude).
sonne pour le salut de l'Empereur. Sans doute nous ne servons pas sous les drapeaux : nous ne le ferions pas, même quand il ^lous y contfairtdrait. Mais nous portons les armes, pour lui, dans les camps de la piété, que nous fortifions par les prières que nous adressons à Dieu. » (1)
Ce qu'il y a de remarquable dans ces déclaralions d'Origène , c'est qu'elles indiquent une coutume établie, parmi les chrétiens des premiers siècles, de s'abstenir de la guerre, et de la regarder comme contraire aux devoirs qu'impose la loi de Jésus-Christ. Nous n'ignorons pas qu'un grand nombre de chrétiens servaient dans les armées Romaines, soit par nécessité , soit par ignorance du véritable esprit de l'Évangile, mais il paraît certain qu'au moins dans les églises de la Palestine, de l'Arabie, de la Phénicie, de TAchaïe, et d'une partie de l'Orient, un grand nombre d'hommes convertis au christianisme pensaient, comme l'avait écrit TerluUien, que l'usage du glaive était devenu illicite.
Origène est mort l'an 256 de l'ère chrétienne.
(1) Sed et plus Cœteris pro imperatore pugnainus. Non equidcm suh illo militamuSf etiam si nos ad id cogerel. .. . . . (Orig. c. Celse, liv. 8, § 73).
Le troisième père de l'Église qui s'est expliqué, avec la même force, sur cette question, est Lactance.
Daas son grand ouvrage sur les insiitu*idons divineSy il déclare que, soui; FÉvangiie, il n'y a plus aucune exception- quelconque au précepte qui défend de tuer, et que par conséquent, il n'est pas permis à un chrétien de faire la guerre.
« Quand Dieu^ dit-il, nous a défendu de tuer, il nous a aussi défendu non seulement de voler à main année, — ce qui n'est pas non plus permis par les lois, — mais aussi de faire beaucoup d'autre choses qui sont permises par lea lois civiles. Ainsi> il n'est pas permis à un homme juste d'aller à la guerre, parce que sa milice^ à lui, c'est la vertu, ni même d'accuser quelqu'un d'un crime capital, parce qu'il n'y a aucune différence entre le fait de tuer un homme par le fer, ou de le tuer par la parole. Toute espèce de meurtre est défendu. C'est pourquoi dans ce précepte de Dieu : i< tous ne tuerez point », aucune exception quelconque ne doit être faite : Il est toujours défendu de tuer un homme, parce que Dieu a voulu qu'un homme fut un animal saint.*» (1) .
(1). . . ita neque militaire jnsto licebit itaque in
Lactance fait, ensuite , Fapplicalion de ces principes, aux matières religieuses, et il explique combien les payens se trompent, quand ils se tuent les uns les autres, pour défendre leurs croyances, et faire respecter leurs Dieux.
— « Mais, disent-ils, il faut défendre les institutions sacrées qui sont publiquement établies? Ah! les malheureux, combien ils se trompent, avec des inlentions honnêtes !
Ils pensent que, dans les choses humaines, il n'y a rien de plus grand que la religion, et qu'on peut la défendre par Texlrême violence! Mais comme ils se trompent dans la religion même, ils se trompent aussi sur la manière de la défendre. 11 faut défendre la religion, non en tuant, mais en mourant, non par les sévices , mais par la patience, non par le crime, mais par la foi. Le premier genre de défense est celui des méchants, le second , celui des bons ; et il nécessaire , que, dans la religion, ce soit le bien que Ton fasse, et non pas le mal. Car si vous voulez la défendre par le sang, par les tourments, par le mal, elle ne sera pas défendue, elle sera
hoc dei precepto nullam prorsus exceptionem fieri oportet, quià occidere hominem semper ncfas, quem deus saucturn animal esse voluit. (Laci. inslit, dir. Uv. 6, ch. 20).
polluée, elle sera violée. 11 n*y a rien de si volontaire que la religion. Si l'âme de celui qui sacrifie en est éloignée^ elle disparait, il n'y en a plus. La véritable raison veut donc que vous défendiez la religion par la patience et par la mort. C'est de cette manière que la foi est conservée, qu'elle est agréable à Dieu, et qu'elle ajoute de l'autorité à la religion, i» (1)
Un langage si noble , et si conforme à la grandeur du christianisme, ne saurait rencontrer que des admirateurs.
Ce grand philosophe chrétien est mort , Tan 325, vers l'époque de l'avènement de Constantin à l'empire d'Orient.
Nous arrivons à Saint-Basile-le-Grand.
Dans une des ses Épitres canoniques^ le pieux évêque s'exprime ainsi:
^ Les homicides commis dans des guerres n'ont pas été considérés j^ar nos pères comme des homicides : ils pardonnaient, d'après ce qui me semble , à ceux qui combattent pour la pudicité et la piété. Cependant il serait petit être bien de leur persuader de s'abstenir eux-mêmes, pendant trois ans, de la seule
(1) Defenda enim religio est, non occidendo, sed moriendo, non saBvitiâ^sed patientiâ, non scelere, sed fide. (Lact. iostit. div. 1. 5, ch. 30;.
communion , parce que leurs mains n^ sont pas pures. » (1)
Saint-Çasile affirme très .nettement que ceux qui commettent des homicides, dans des guerres, n'ont pas les mains pures, et, en cela il ne fait que reproduire la pensée de la loi de Moyse, qui obligeait déjà ceux qui tuaient à la guerre de se purifier. (2)
Saint-Basile est mort en 379.
Nous passons à Saint- Jean-Chrysostôme.
Saint-Jean-Chrysoslôme commente ces paroles de Jésus-Christ: qus la paix soit avec vous! et il démontre que la guerre n'est pas seulement contraire aux instructions de TEglise, mais qu'elle viole la loi de Jésus-Christ qui porte : « ce n'est pas la volonté de mon père qu'un setd de ces petits périsse ! »
« Quand tu veux faire la guerre avec ton frère, songe que tu fais la guerre avec les
(1) Cœdes in belli factas patres nostri pro cœdibus non habuere. lis, ut mihi videtur, qui pro pudicitiâ et pietate pugnaDt,igQosceDtes.Vortassètart\en rectè suadebitur ut ipsi* ciim manus eorumpurœnon sint, par très annos à solà communione abstineant.— Saint-Bazile. (Epit. 182 canon 2).
(2) Voir, dans le môme sens, le Concile tenu h Remet en 386, et le Concile tenu à Telle, en 418. — Voii: également le Canon 82 des Canons des apôtres, traduits par Gentianus.
membres du Christ, et cesse de te mettre en fureur. Qu'importe qu'il soit abjet, qu'il soit vil, qu'il soit méprisable? « Ce n'est pas, a-t-il dit, la volonté de mon père qu'un seul de ces petits périsse, > (Math. XVIIL 4.) Dieu s'est fait esclave, et est mort potcr lui : crois-tu do-nc que cet homme n'est rien? Aussi, c'est avec Dieu lui-même que tu combats, en portant un jugement contraire au sien. Quand celui qui préside entre à l'église, il dit: qu>e la paix^oit avec tous! Quand il fait un discours, au quand il parle: que la paix soit avec tous! Quand il bénit : que la paix soit avec tous! Quand il ordonne de saluer : qtle la paix soit avec tous! Quand le sacrifice est achevé : que la paix soit avec tous! Et quand il se retourne de nouveau : qite /a grâce et la paix soient avec vous! Comment ne serait-il pas absurde, — lorsque nous entendons dire tant de fois que • nous devons avoir la paix, — d'avoir la guerre entre nous, et de nous mettre en état de guerre avec celui-là même qui donne la paix? » (1) Nous convenons que ee langage peut s'ap-
(1) Quando voles cum fralre bellura gerere, cogita te bellum gerere cum membris Chrîsii, etc. (Saint- Chrisost. in Epist. ad coloss. cap. 1 hoiniiia 3.)— Voir dans le même sens,. Saint-Juslin , 1" apol. § 39, «t Saint-Cyprien, 1^* lett. à Donat.
cliquer aussi bien à ceux qui se livrent des combats particuliers qu'à ceux qui font la guerre, mais il mérite d'appeler raltention, parce qu'il montre que faire la guerre, c'est agir contre la volonté de Dieu.
Dieu ne veut pas que ses enfants périssent, parce qu'ils sont devenus les membres du Christ.
Ce qui fait l'erreur de ceux qui croient que la guerre est encore permise, sous l'Évangile, c'est qu'ils raisonnent comme si l'homme n'avait pas été racheté par Jésus-Christ: ils ne voient que sa chute, et ils oublient sa rédemption: ils oublient, comme dit Tarchevêque de Constantînople, que nous sommes devenus les membres du Christ.
Saint-Jean-Chrysostôme est mort en 407.
Nous finissons par Saint- Augustin.
Il ne faut pas perdre de vue qu'à l'époque où nous somnies arrivés, le monde traversait une des crises les plus terribles, dont l'histoire ait coiiservé le souvenir : on était à l'époque des grandes invasions des barbares.
De toutes parts, des populations féroces, innombrables, avides, affamées, se succédaient, se pressaient, s'avançaient, semant la dévas- 4ation, la ruine et la mort, sur leur passage. L'Afrique était inondée, comme TEurope, par ces barbares, et ce qu'il y avait de plus affreux,
c'est que les payens attribuaient ces invasions à l'établissement de la religion ch retienne, et à la destruction des temples du paganisme.
Fallait-il, dans ces circonstances, conseiller aux chrétiens de laisser incendier les villes, détruire les produits des arts et de l'industrie, égorger les enfants, les femmes, les vieillards, les infirmes, sans courir aux armes, et sans combattre ?
Telles étaient les' questions redoutables, qui se présentaient à l'esprit de Saint-Augustin, et il faut convenir que le moment aurait été mal choisi pour reproduire les arguments déjà répandus par les écrivains sacrés, dans des temps plus tranquilles. Les explications de l'évèque d'Hippone portent nécessairement la trace des angoisses qu'il éprouvait.
Vers l'an 400 de l'ère chrétienne, un manichéen, appelé Faustus, avait publié un livre dans lequel il avait reproché au peuple Israélite les guerres sanglantes qu'il avait faites, sous la conduite même de Moyse, et il avait dit : a ce sont vos auteurs qui racontent ces choses; il en résulte qu'ils ont raconté des mensonges, ou que vos pères ont commis de véritables crimes, c'est à vous de choisir: quant à nous, il faut, disait-il, que nous détestions les uns ou les autres, car nous haïssons autant les méchants que les menteurs. »
Saint-Augustin repondit qu'il ne fallait ni admirer ni délester les guerres faites par Moyse, et que ce dernier n'avait fait qu'obéir aux ordres de Dieu : que c'était la cruauté, l'amour de la vengeance, la. soif de la domination, qu'il fallait, surtout, blâmer dans les guerres, mais qu'il y avait des guerres nécessaires, et qui pouvaient être faites par des hommes de bien, et il avait, cîlé de l'histoire de Saint-Jean-Baptisle et des deux centurions, dont il est parlé dans le nouveau Testament. (1 )
L'an 412 de l'ère chrétienne, un certain Volusien s'était fait l'interprète d'un grand nombre de ses amis, en soutenant qu'il n'est pas possible, dans le monde politique et dans la vie civile, de se conduire selon les maximes du christianisme. « Comment est-il possible disait-il, de se laisser frapper quand on est frappé, ou de ne pas résister à celui qui' fait
du mal? « Qui est-ce qui ne cherchera
pas à rendre le mal pour le mal aux barbares qui viennent ravager les provinces de l'Empire ? » &.
Saint-Augustin répondit:
« Si la doctrine de l'Évangile condamnait absolument toutes sortes de guerres, Saint- Jean-Baptisle n'aurait point eu d'autre con-
(1) Contra Fnnstum lib. XXFÎ, ch. 74. (en 400).
seil à donner aux soldats qui le consultaient sur ce qu'ils avaient à faire pour se sauver, que de renoncer à la profession des armes.
Cependant il ne leur dit que ceci : € ne faites ni violence ni fraude à personne, mais eontentez-vous de votre paye. » Or, dès lors qu'il leur ordonne de se contenter de leur paye, il est clair qu'il ne leur défend pas de porter les armes. Que ceux qui disent, ajoule-t-il, que la doctrine de Jésus-Christ est contraire au bien de la République nous donnent des armées composées de soldats tels que cette doctrine veut qu'on soit dans la profession des armes, qu'ils fassent que les peuples des provinces, les maris et les femmes, les parents les enfants, les maîtres, les esclaves, les rois, les juges , les péagers et les contribuables soient, chacun dans leur état, tels que la doctrine de Jésus-Christ les demande, et nous verrons, s'ils oseront encore dire, après cela, que cette doctrine est contraire au bien de la République. » (1)
Vers la même époque, — en 4-17, — un général Romain appelé Boni face , qui défendait V Afrique contre les Vandales, et qui s'était <:onverti au christianisme, voulut se retirer dans un monastère.
(1) Relire 138 à Marceilin.
Saint-Augustin lui écrivit pour lui faire comprendre qu'on pouTait encore être agréable à Dieu, en exerçant la profession des armes : Il cita l'exemple de David, sous la In de Moyse ; il invoqua les paroles de Saint-Jean-Baptiste aux soldats ; enfin, interrogeant, â «on tour, le nouveau Testament, il rappela l'exemple du centurion, dont Jésus avait guéri le serviteur, et d'un autre centurion qui avait été converti par Saint-Kerre. {i)
Toutes ces réponses sont exactes.
Il est certain que les guerre^ étaient permises, sous la Ud dé Moyse; il est certain que, tant que les guerres n'auront pas été abolies, les guerres défensives peuvent être encore nécessaires, même sous l'Évangile; enfin, il est certain que ceux qui exercent le métier des armes, dans ces conditions, ne sauraient être coupables, lorsqu'ils combattent loyalement et humainement.
Mais toutes ces concessions n'empêchent pas que lesguerres seront abolies, et, qu'en principe les chrétiens ne doivent pas faire la guerre, — comme les pères de l'Église des premiers siècles l'ont pensé eux-mêmes en s' appuyant sur l'Évangile.
(1) Lettre 189.
Les paroles de Saint-Jean-Baptiste aux soldatSy ou de Jésus-Christ et de Saint-Pierre aux centurions , n'infirment en aucune manière cette opinion.
Des soldats viennent trouver Saint-Jean- Baptiste, et lui demandent : Que ferons nous ? Et il leur répond: a Ne maltraitez personne, ne faites du tort à personne, et soyez contents de votre paye. > (1)
Il ne pouvait pas tenir un autre langage.
Il pouvait recommander aux soldats de ne pas violer les lois établies, mais il n'avait pas qualité pour établir des lois nouvelles, et pour dire aux soldats de déserter leurs drapeaux. Il était le précurseur de Jésus-Christ, mais il n'était pas le libérateur attendu par les nations. Il était un prophète, mais il n'était pas un législateur.
Les arguments tirés des deux centurions n'ont pas plus de force.
Le premier se trouvait à Capharnaûm.
Il apprend que Jésus-Christ guérissait beaucoup de malades, et vient le trouver pour le prier de guérir son serviteur, qui était paralytique.
Jésus-Christ y consent, et comme ce centu-
(1) Neminem concutiatis, neque calomniam faciatîs, et contenu estote stipendiis vestris. (Luc. 111,3 et suiy.)
rion avait montré beaucoup de foi, le divin maître se tournant vers ceux qui l'entourent, leur dit : « en vérité, je n*ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. » (1)
Il est évident que ce n'est pas parceque Jésus-Christ a guéri le serviteur d'un homme de guerre, qu'on peut soutenir qu'il a voulu contredire les prophéties, et qu'il a permis la guerre.
L'autre centurion était à Césarée.
Il apprend que Saint-Pierre est à Zoppé, et l'envoie chercher pour savoir ce que Jésus- Christ avait ordonné. Saint-Pierre arrive chez lui, et lui explique, d'abord, que tous les juifs ont une grande horreur d'avoir des liaisons avec des étrangers, mais que Dieu lui a fait comprendre qu'il ne devrait considérer aucun homme comme impie ou souillé. Il raconte ensuite que Dieu a fait entendre sa parole aux enfants d'Israël, « en leur annonçant la paix par Jésus-Christ y qui est le Seigneur de tous. »
Il termine cet entretien en résumant la vie du divin maître, sa passion et sa résurrection. (2)
Il est évident que ce n'est pas parceque
(1) Saint-Mathieu III, 3 et suîv.
(2j Actes 10, 36.— Annuntiam pacem per Jesum Christum : hic est omnium dominus.
Saint-Pierre a dit que Jésus-Christ était venu annoncer la paix, qu'on pejut soutenir que le^ chef des apôtres a légitimé la guerre.
Saint-Augustin savait cela mieux que personne^ et il se méprenait si peu sur la véritable pensée de FÉvangile, qu'aussitôt après avoir tenu ce langage, et dans cette même lettre a Boniface, il laissait échapper ces réflexions :
« Plût à Dieu, que la foi fut égale dans tous les hommes: cela leur épargnerait bien des peines : Mais comme il faut que les citoyens du Ciel soient mêlés, en ce monde, avec les impies et les sectateurs de l'erreur, afin que les bons soient éprouvés par la tentation, comme le feu éprouve l'or dans la fournaise, nous* ne devons pas souhaiter, avant le temps, de ne vivre que parmi des justes et des saints, et il faut nous faire mériter de recevoir un si grand bienfait,