CHAPITRE VI
liCS pères de l'£i;lise des premiers siècles, se sont-ils trompés ?
« L'homme n'a pas compris , s'écriait le prophète David ; tandis qu'il était dans l'honneur, il s'est comparé aux animaux privés de raison, et il s'est fait semblable à eux! » (1)
Supposons, un instant, que cette pensée du prophète David n'ait été qu'une rêverie et une illusion, et que l'homme soit bien tel, en réalité, que nous le montre le paganisme:
supposons qu'il ne soit qu'un vil produit de la terre, destiné à retourner tout entier dans
(1) Homo, cùm îd honore esset, uonîntellexîl: coinparatus est jumentis insipicnlibus, et similis factus est mis. (Ps. 48. 21).
la terre, ou à renaître dans des corps tf animaux terrestres, sans garder le souvenir de ses méthamorphoses antérieures.
Oui, — dans ce cas, — nous pouvons le proclamer avec certitude, — les pères de l'Église des premiers siècles se sont (rompes, lorsqu'ils sont allés jusqu'à prétendre qu'il n'était pas permis de tuer un homme, même lorsqu'il s'agissait de défendre sa vie, ses biens ou son honneur.
Pourquoi, — ^lorsque cet homme nous attaque pour nous faire du mal, — ne pourrions nous pas le repousser par la violence, et le tuer, si cela peut être nécessaire, comme on lue un animal féroce ou un serpent, puisqu'il est semblable aux animaux ordinaires ?Q\3lA\q raison sérieuse pourrait-on avoir, pour sacrifier sa vie, sa santé, son honneur, ses biens à la sécurité d'un animal qui n'a de l'homme que le nom, et qui montre la férocité ou la rapacité des autres animaux ?
Aucun doute, dans ce cas, ne s'aurait s'élever, et c'est avec la plus grande justice que toutes Us lois et tous les droits ont permis de tuer.
Mais supposons que le prophète David ait eu raison, quand il disait que l'homme était dans V honneur et ne devait pas être assimilé aux animaux ordinaires : supposons
que rhomme soit bien tel que nous le montre le christianisme, c'est à dire un être créé par Dieuy à son image, qui sera ressuscité par Dieu» qui est immortel» et qui n'appartient qu'à Dieu dans son corps et dans son esprit.
Peut-on affirmer, clans ce cas, que les pères de rÉglise des premiers siècles se sont trompés?
Il suffit de faire ce simple rapprochement pour reconnaître, d*abord, qu'entre l'homme considéré à ce nouveau point de vue , et l'homme, tel qu'il était compris par le paga-^ nisme» il existe un abime infranchissable» et que les.mêmes principes de droit ne peuvent pas être appliqués à des créatures si diiTérentes*
Mais quelle est, au vrai» la situation qui est faite à l'homme par le christianisme?
Nous n'avons pas à la rechercher» à l'aide d'interprétations plus ou moins ingénieuses : elle a été définie par Saint-Paul dans des termes qui ne permettent pas de discuter.
€ Ne savez-vous pas, a-t-il dit,-*que vous êtes k temple de Dieu^ et que l'esprit de Dieu habite en vous : si quelqu'un viole le temple de Dieu» Dieu le perdra» car le temple de Dieu est saint, et vous êtes ce temple. » (1)
(1) Templum enim dei sanctum est : quod estig ta», (Corinth. III. 17).
Voilà cette situation parfaitement définie, et il ne nous est plus permis de la modifier.
Mais si le temple de Dieu est inviolable parce qu'il est saint, l'homme, qui est aussi le temple de Dieu, ne doit-il pas, dans la logique chrétienne, être considéré lui-même comme inviolable ?
Les pères de l'Église des premiers siècles ont-ils mal raisonné quand ils ont dit que, sous l'empire de la législation chrétienne ^ aucune exception queltonque ne pouvait être faite au principe qui défend de tuer, parceque « Dieu a voulu que l'homme fût un animal saint? »
C'est une question que ceux qui se disent chrétiens, et qui s'inclinent devant l'autorité de l'Évangile, feront bien de méditer très longuement. Les TertuUien, les Origène, les Lactance, les Saint-Basile, les Saint-AmbroiseJ les Saint-Jean-Chrysostôme , les Saint- Augustin n'étaient pas des intelligences de second ordre, et leur opinion n'est pas de celles qu'on peut repousser avec dédain.
Quant à nous^ nous nous bornons à poser cette question, sans avoir la témérité de la résoudre, et pour rentrer dans un ordre d'idées qui présente moins de difficultés, sans présenter moins d'intérêt, nous allons rechercher
quelle a été Tinfluence des principes de rÉvangile, sur le droit moderne, dans les matières que nous examinons.