‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 148 sur 203 · CHAPITRE XI. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 3o

contre ceux qui reprochaient à un citoyen ou à une citoyenne de vivre du produit de son industrie (i).

Il ne semble pas que la loi fût encore strictement observée au siècle des orateurs, quoique, d'après le témoignage formel de Démosthène, elle fût encore en vigueur (2). Des milliers d'Athéniens, désertant les métiers, cherchaient leur subsistance dans la solde militaire ou dans les oboles distribuées à ceux qui fréquentaient les tribunaux ou l'assemblée du peuple. D'autres se livraient publiquement à la fainéantise et au désordre. Périclès fut obligé de fonder des colonies pour débarrasser la ville d'une populace oisive qui, faute d'occupation, excitait sans cesse des troubles et devenait un objet de terreur pour les bons- citoyens (3).

Diogène de Laërte raconte cependant que Cléante, appelé devant l'aréopage pour y rendre compte de ses moyens d'existence, fut obligé de prouver qu'il allait la nuit puiser de l'eau pour les jardiniers, afin de pouvoir consacrer le jour à l'étude (4).

§ 4. De la dissipation des Mens.

A côté de la loi qui punissait la fainéantise, il en existait une autre qui rangeait au nombre des délits la dissipation des patrimoines et des héritages par le luxe et la débauche.

(1) Démostliène c. Eubulide, 30. Voy. ci-dessus, p. 2S1,

(2) G. Eubulide, 32. Les lexicograph.es mentionneat un discours perdu de Lysias, ayant pour titre : -/.arà Ntzîo'j àp^îaç.

(3) Plutarque, Périclès, XI.

(4) Cléante, VII, S.

Celui qui avait dissipé son patrimoine ou un héritage quelconque subissait une dégradation partielle. Il était privé du droit de parler à la tribune. « Mal gou- « verner sa fortune, dit Eschine, est une mauvaise « garantie pour la fortune publique. Le: même homme « ne saurait être à la fois vicieux dans sa maison et « bon conseiller du peuple (i). »

C'était une accusation de ce genre qu'Eschine avait dirigée contre Timarque, au tribunal des héliastes. Mais l'Aréopage lui-même, en sa qualité de gardien suprême des mœurs, avait le droit de poursuivre et de punir les prodigues qui dissipaient follement leur patrimoine. Un débauché célèbre, Démétrius, petit-fils de Démétrius de Phalère, comparut devant ce tribunal auguste, et Athénée, d'après Hégésandre, nous a conservé les détails du procès. L'accusé avoua ses prodigalités et ses désordres; mais, nonobstant cet aveu, il fut acquitté, parce qu'il prouva que les revenus qui lui étaient restés suffisaient à ses dépenses {2).

La plainte usitée contre les délinquants de celte espèce était la ypatpri '/.arEdridoyÀvai rcc Trarpôoa (s).

(1) Eschine c. Timarque, 28-30. Pollux, III, 117; VI, 39; VIII, 45. Quelques philologues prétendent que le dissipateur subissait l'atimie moyenne. C'est une erreur. Eschine dit formellement que le droit qu'on lui enlevait était celui de parler à la tribune. Comp. Diogène de Laërte, Solon, I, 2,

(2) Athénée, IV, 64, 65, 139. — Ce n'était pas seulement à Athènes qu'existait une loi contre les prodigues. Les Abdéritains citèrent Démocrite à leur tribunal, comme ayant dissipé son patrimoine (Athénée, ibid., 141).

(3) Pollux, loc. cit. — Plusieurs législations de la Grèce autorisaient des poursuites de cette nature. A Milet, une loi interdisait d'ensevelir

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