CHAPITRE XIII
le gage d'un emprunt maritime pouvait être puni de mort (i), et le même sort attendait l'emprunteur qui ne ramenait pas son vaisseau dans un port de l'Attique (2). « De telles manœuvres, disait Démosthène, nuisent « non-seulement. à ceux qu'on trompe, mais à tout le « commerce de l'Attique, lequel se soutient moins par « ceux qui empruntent que par ceux qui prêtent (3). » Nous savons aussi que le droit de naviguer sur certaines mers était interdit à ceux qui, dans leurs rapports avec les peuples étrangers, avaient pratiqué des fraudes déshonorantes pour le nom d'Athènes (4). Nous savons enfin que le droit de naviguer était parfois enlevé, d'une manière absolue, à ceux qui se montraient incapables. On prononçait notamment cette déchéance contre les nautoniers de Saiamine dont les barques sombraient pendant le trajet, alors même qu'aucune faute déterminée n'eût été constatée à leur charge (5). Un fait rapporté par Démosthène permet de croire que la banqueroute avait été prévue et réprimée par les lois d'Athènes. Un banquier, Héraclide, ayant sus-
concernait que le commerce du blé {Be modo usurariim, p. 196 ; édit. Elzev., 1639). Mais Boeckh a claii'ement prouvé qu'elle avait une portée générale {Staatshaushaltung der Athener, 1. 1, p. 79). Le véritable sens de la loi est qu'on ne pouvait prêter de l'argent sur aucun vaisseau, ni sur ses marchandises, qu'avec la condition du retour à Athènes. Voy. Démosthène c. Lacritos, 51.
(1) Démosthène c. Phormion, 50 ; c. Zénothémide, 5 et suiv.
(2) Cette décision résulte de l'ensemble du discours contre Phormion et spécialement du § 42. Voy. aussi le discours contre Dyonisodore, 10, 20.
(3) C. Phormion, 51.
(4) Voy. ci-dessus, p. 110, 111. .
(5) Eschine c. Ctésiphon, 151. Voy. ci-dessus, p. 110, 111.
pendu ses payements, commença par se cacher et se réfugia plus tard en pays étranger (i). On peut donc supposer qu'il voulait se soustraire à des peines qui nous sont demeurées inconnues. Cette supposition est d'autant plus plausible que, dans un autre discours, Démosthène dit aux juges : « Je finirai volontiers en « vous demandant si le banquier qui suspend ses paje- " ments excite votre colère. Sans doute, il l'excite, « car il vous fait un tort grave (2). s?
Mais à côté de ces lois destinées à prémunir les intérêts publics et privés contre les manœuvres des commerçants et des marins, il y en avait d'autres dont le but était d'accorder à ces derniers une protection exceptionnelle. Il existait des règlements sévères contre ceux qui entravaient les opérations commerciales en dirigeant des actions calomnieuses contre les négociants et les navigateurs (3). Démosthène cite un décret, porté à la demande de Mœroclès, qui frappait d'amende et d'emprisonnement ceux qui vexaient les marchands (4). Une loi permettait de traduire devant les juges et de faire punir celui qui reprochait à un citoyen ou à une citoyenne de faire le commerce (5) : disposition bien
(1) C. Apaturios, 9 et suiv.
(2) C. Timothée, 68. Comp. c. ApJiobos, I, 25. — Il est probable que cette matière était réglée à Athènes beaucoup plus complètement qu'on ne le croit au premier abord. Nous trouvons, dans les orateurs, plus d'un exemple de cessions de biens faites aux créanciers par des débiteurs insolvables. Voy. Démosthène c. Phormion, 50 ;c. Apaturios, 25; c. Pantœnetos, 49. Comp. PoUux, VIII, 145.
(3) Démosthène c. Théocrinès, 12 et suiv.
(4) Démosthène, ibid., 53.
(5) Démosthène c. Eubulide, 30.