CHAPITRE XIII
plissement de cette importante mission, ils commettaient eux-mêmes un crime capital (i).
Plutarque prétend que Solon avait défendu l'exportation de toutes les productions de l'Attique, l'huile seule exceptée. Il affirme que l'archonte-roi était tenu de prononcer des imprécations solennelles contre les violateurs de cette loi, sous peine de payer lui-même au trésor public une amende de cent drachmes (2).
Si cette loi a réellement existé avec la portée que lui attribue le polygraphe de Chéronée, on doit supposer qu'elle ne survécut pas longtemps à son auteur. La législation athénienne avait, il est vrai, interdit l'exportation des bois de construction, du goudron, de la cire, des cordages, des outres et, en général, de tous les objets nécessaires à la construction et à l'équipement des vaisseaux (3). Il est vrai encore que parfois des décrets particuliers venaient, même sous peine de mort, prohiber la sortie des armes de guerre (4). Mais ces
(1) Lysias c. les commerçants de blé, 16. Lysias dit à ce sujet : « Vous avez déjà plus d'une fois fait subir les dei'nières peines à ces inspecteurs, pour n'avoir pas su contenir le monopole. » Comp. Démosthéne c. Leptme, 32. Bekker, Anecdota grceca, t. 1, p. 300.
Malgré cette législation ine-xordble, les accapareurs de céréales étaient trés-nombreus à Athènes. Il suffît, pour s'en convaincre, de lire le discours cité de Lysias. Ils osaient même former des complots pour donner une autre direction aux flottes qui transportaient du blé de Chypre à Athènes. Voy. Andocide, Sur son refour, 20, 21.
(2) Solo7ï, XXIV.
(3) Boeckh, Die Staatshaushaltung der Athener, t. I, p. 75 et suiv. ; 2e édit.
(4) Un décret proposé par Timarque comminait la peine de mort contre ceux qui faisaient passer à Philippe des armes et des agrès de vaisseau (Démosthéne, Procès de l'ambassade, 286).
prohibitions mêmes prouvent, à l'évidence, que l'interdiction de vendre à l'étranger n'était pas générale. Xénophon, qui connaissait très-bien le régime économique de sa patrie, range expressément le commerce d'exportation au nombre des sources de ricliesse de l'Attique (i).
Les autres lois pénales concernant le commerce et l'industrie ne nous sont que très-imparfaitement counues. Quelques citations incomplètes, quelques renseignements disséminés dans les discours des orateurs, sont les seules indications auxquelles on puisse recourir. Elles suffisent cependant pour prouver que les Athéniens, « ces souverains des eaux », comme dit Xénophon, avaient parfaitement compris l'importance du commerce maritime (2). Toute leur législation économique tendait visiblement à faire du Pirée l'un des marchés les plus importants de la Méditerranée.
Dans le dessein d'empêcher que les capitaux du pays ne fussent employés au profit d'une autre place, le législateur avait défendu, sous peine de confiscation de la créance, de prêter de l'argent sur aucun navire, ni sur sa cargaison, à moins que l'armateur ne prît l'engagement de rapporter à Athènes des céréales ou d'autres marchandises (3). L'Athénien qui dérobait au créancier
(1) Voy. son Traité des revenus et spécialement les chap. I et III. Il signale, avec un patriotique orgueil, qu'Athènes jouit, aussi bien que les îles les mieux placées, de tous les vents favorables à l'importation et à l'exportation.
(2) Xénophon, Gouvernement des Athéniens, II.
(3) Tel est le véritable sens de la loi rappelée par Démosthéne, dans son discours contre Lacritos, 50, 51. Saumaise prétend que cette loi ne