III
justice; partout ils aperçoivent l'œuvre d'un législateur constamment préoccupé de la noble tâche « de « déterminer ce qu'il y a d'honnête ou de honteux dans « la manière de se conduire dans toutes les rencontres « de la vie ». Le culte, l'éducation, les lettres, les arts, les jeux, les chants, les danses même tendent à un seul et unique objet : la vertu la plus parfaite à laquelle notre faiblesse puisse atteindre (i).
Si l'humanité se distinguait par plus de grandeur et moins de convoitises ; s'il y avait, pour les âmes vulgaires, moins de séduction dans le vice et plus d'attraits dans la vejtu, le législateur d'un Etat organisé sur ces bases pourrait supprimer le triste et redoutable appareil de juges, de bourreaux et de supplices, qu'on rencontre chez tous les peuples civilisés. La raison, les lumières, les mœurs et la conscience publique suflSraient pour assurer le règne absolu et incontesté de la vertu. Mais Platon, malgré ses illusions généreuses, connaissait trop bien les hommes pour ne pas redouter et prévoir des écarts toujours inévitables. Aux enseignements résultant de l'éducation et des mœurs, il ajoute l'indis-
(1) Lois, I, p. 630 et suiv. ; II, 655 et suiv. ; III, 688 et suiv ; IV, 605 etsuiv. ; VI, 780 et suiv.; VII, 789, 797 et suiv.; VIII, 830; IX, 857, 875 ; XII, 942, 945, 962 et suiv. Les fragments transcrits dans le texte appartiennent à la traduction de Cousin.
On sait que Platon, partageant les préjugés de l'antiquité sur les avantages de la réglementation, exige que la loi s'étende à tout. " Ce qui n'est pas réglé, dit-il, fait tort aux règlements les plus sages... Il faut prescrire à tous les citoyens, pour tout le temps de leur vie, un ordre d'actions depuis le lever du soleil jusqu'au lendemain matin. » (Xo25, VI, p. 780; VII, p. 806, 807.)
Comp. Aristote, Politique, III, 5 et 12.