‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 70 sur 203 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

proche à EscMne. « Avant de se présenter devant « vous, disait-il, et de vous rendre compte de toute sa « conduite, Eschine a fait disparaître un de ceux qui « lui demandaient ses comptes; les autres, il va les « menaçant, introduisant ainsi dans la cité une habi- « tude funeste entre toutes et tout à fait contraire à vos « intérêts. En effet, si celui qui a eu à mettre la main, « d'une manière ou d'une autre, aux affaires de l'Etat, « réussit, non par la justice de sa cause, mais par la " crainte qu'il inspire, à empêcher que personne ne « se porte son accusateur, l'autorité que la loi remet « entre vos mains vous échappera complètement (i). « Ces craintes étaient exagérées ; car, indépendamment des Logistes, tout citoyen d'Athènes avait le droit de poursuivre, parla ypafh àloyïo-j, les fonctionnaires en retard de présenter leurs comptes (2). La peine applicable à la mauvaise gestion des intérêts publics était abandonnée à l'appréciation des accusateurs et des juges ; mais on peut hardiment affirmer qu'elle était, presque toujours, rigoureuse. « Quand il sera ques- « tion de mes comptes, disait Eschine , je ne me « présenterai pas même aux juges pour demander m.on « acquittement ; je m'estimerai très-heureux de ne « subir qu'une peine ordinaire et d'échapper au sup- « plice (3). w Démade, appelé à rendre compte de son

(1) Procès de l'ambassade, 2.

(2) Pollux, VI, 153; VIII, 54. Eschine, c. Ctésiphon, 23. Suidas et Hesychius, \° à.loyiov^iy.-/i. Etymoi. magn., 70, 35. Bekker, Anecdota grœca, t. I, p. 336, v aycwpyto-j rA/.âilîcrSai. Comp. Aristote, Politique, VI, 5.

(3) 0. Timarque, 174. — Comp. Platon, Lois, p. 946, D. Paché.s, le

administration, fait clairement entendre que ses accusateurs avaient conclu à l'application delapeinede mort(i). Souvent cependant la condamnation consistait en une amende (2). Parfois aussi le coupable était frappé de dégradation civique (3).

Quelquefois le peuple lui-même, réuni en assemblée générale, se chargeait de la répression. La condamnation des généraux qui commandèrent à la bataille des Arginuses nous fournit un mémorable exemple de cet exercice de la justice populaire (4).

L'histoire d'Athènes prouve que la ypafh àloyiov, dont on fait remonter l'origine à Solon (5), avait un effet préventif considérable. Toujours obligés de rendre compte de leurs propres actes, les fonctionnaires subalternes ne pouvaient s'abriter derrière les ordres de leurs supérieurs. Il en résultait que, même à l'armée, tout citoyen investi d'un commandement examinait avant d'agir la légalité de l'ordre qui lui était transmis. Dans le discours deDémosthène contre Polyclès, nous voyons un triérarque, Apollodore, refuser d'obéir au stratège qui lui prescrit de prendre à bord de sa trirème un exilé deux fois condamné à mort par le peuple. Apollodore se contente de répondre qu'il ne veut pas violer

vainqueur de Lesbos, cité en justice pour rendre compte de sa conduite dans le commandement, tira son épée et se tua en présence des juges, Plutarque c. Nicias, VI.

(1) § 4. Oratores attici, t. II, p. 439.

(2) Démosthène c. Théocrinès, 14 ; Procès de l'ambassade, 273.

(3) Lysias, Pour un citoyen accusé d'avoir détruit la démocratie, II.

(4) Voy. ci-dessus, p. 193.

(5) Aristote, Politique, II, 9.

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