CHAPITRE IV
l'assimiler au voleur qui dissimule frauduleuseiûent les sommes qu'il a reçues, pour les soustraire à jamais au trésor public (l).
Quelquefois cependant la mort était remplacée par une peine pécuniaire. Xénophon parle d'une amende réclamée à la charge d'Erasinide, accusé de s'être emparé dans l'Hellespont de sommes appartenant au peuple (2). C'est en faisant allusion à ces amendes que Démos, parlant des fonctionnaires voleurs, dit brutalement, dans la comédie des Chevaliers : « Je les épie, k* quand ils volent; puis je leur enfonce un jugement « dans la gorge, et je les force à rendre tout ce qu'ils « m'ont dérobé (3), »
§ 4. De la concussion.
Le langage de Lysias et d'Andocide, la nature des choses et l'esprit général du droit athénien permettent de supposer que la concussion pouvait, de même que le
(1) La même distinction existait dans la législation romaine, où le péculat perpétré par des fonctionnaires était ordinairement puni de mort, tandis que le fait de retenir les deniers publics que l'on avait perçus n'entraînait qu'une amende du tiers de la somme due (1. 2-5, Big., liv. XL VIII, t. 13, c. 1, Code, liv. IX, t. 28. Inst., IV, 18).
Platner (p. 132) fait remarquer, avec beaucoup de raison, que le mot voleur n'était, pas plus à Athènes que dans le monde modei'ne, toujours employé dans son sens juridique. 11 cite comme exemple le § 120 du discours contre Timocrate, où les députés envoyés vers Mausole sont qualifiés de voleurs et de sacrilèges. Il cite encore le § 113 du discours d'Eschine contre Timarque où sont traités de voleurs des députés qui avaient reçu des cadeaux.
(2) Histoire grecque, I, 7.
(3) V. 1142 et suiv.
péculat et la corruption des fonctionnaires, être punie du dernier supplice.
Lysias, tout en accusant Ergoclès, d'avoir volé l'argent de la république, demande sa mort comme un acte de légitime vengeance dû aux habitants d'Halicarnasse, que l'accusé avait accablés de ses exactions (i). Il affirme queThrasybule s'était rendu coupable d'un crime capital, en extorquant de l'argent aux Béotiens (2). L'auteur d'un discours attribué à Andocide place au premier rang des crimes d'Alcibiade les concussions énormes qu'il s'était permises à la face de toute la Grèce {3).
Ces idées ne pouvaient manquer de régner dans un pays où la loi punissait sévèrement le fonctionnaire qui recevait des dons, quand même il avait scrupuleusement rempli son devoir. En réprimant avec une rigueur exemplaire tout acte pouvant amener la corruption des délégués du peuple, en frappant à la fois celui qui oifrait et celui qui encaissait des présents , on eût commis une étrange inconséquence en se montrant moins sévère à l'égard de l'homme qui abusait de ses fonctions pour dépouiller audacieusement ceux qu'il était chargé de protéger.
Cependant la peine de mort n'était pas toujours appliquée au coupable. Eschine, dans son discours contre Ctésiphon, parle de concussionnaires condamnés à la dégradation civique (4). La cause était appréciable. L'his-
(1) C. Ergoclès, 17.
(2) C. Evandre, 23.
(3j C. Alcibiade, 30 et suiv.
(4) § 232. C'est à tort qu'on a cru que Démosthéiie c. Timocrate, § 103, parle du péculat. Il s'y occupe simplement du vol eu général (/.),07rv7).