CHAPITRE Y
dans le combat naval contre la flotte d'Alexandre de Phères, n'avaient pas pris eux-mêmes le commandement de leurs vaisseaux, faillirent être condamnés au dernier supplice (i); et ce châtiment atteignit les généraux qui, après une bataille navale victorieuse, n'avaient pas fait ensevelir les corps des citoyens morts dans le combat (2). Un autre exemple prouve que le vol de la caisse militaire était puni de mort et de confiscation des biens (3). Parfois aussi, un décret spécial du peuple venait prescrire des mesures extraordinaires; car Démosthène cite un décret de cette espèce qui ordonnait de jeter en prison et de livrer aux tribunaux tout triérarque qui n'aurait pas mis son navire en mer avant le commencement du mois suivant (4). On peut encore considérer comme une sorte de délit militaire le port d'armes de guerre dans la ville d'Athènes, en dehors du jour des grandes Panathénées (5). On doit, enfin, admettre que les lois d'Athènes frappaient
subit le même sort (Plutarque, Cimon, IV; Périclès, LIV. Hérodote, VI, 136).
(1) Démosthène, Sur la couronne navale, 9. Diodore de Sicile, XV, 95.
(2) Lysias c. Eratosthène, l'un des Trente, 36.
(3) Démosthène c, Timothée, 9 et suiv.
(4) Démosthène, Sur la couronne navale, 4. C'est probablement en faisant allusion à des décrets de cette espèce que Démosthène s'écrie, dans son discours contre Timocrate : « ... Vous dites à ceux-ci : Contribuez ! à ceux-là : Équipez des vaisseaux ! à ceux-là : Faites quelque service 1 Pour que vos ordres s'exécutent, vous condamnez les récalcitrants à la prison » (§ 92).
(5) Lucien, Anacharsis, 34. Thucydide, VI, 56. Lucien dit que les contrevenants étaient passibles des peines décernées contre eux. Il n'indique pas ces peines.
de peines spéciales rinsoiimission, la résistance aux chefs, l'excitation à la révolte, le vol d'armes opéré dans un camp, l'abandon du poste par celui qui était de garde oa de piquet ; mais les châtiments attachés à ces délits ne figurent pas dans les documents parvenus au xix^ siècle (i).
En combinant tous les téimoignages qui précèdent, on arrive à cette conclusion que l'inaccomplissement des obligations militaires était réprimé, suivant la gfavité des cas, par la peine de mort, par l'atimie, et quelquefois par l'atimie et la confiscation des biens ; mais que, pour tous les cas qui sortaient des règles ordi-" naires, et surtout pour les négligences coupables imputées aux chefs, le choix de la peine était laissé à l'arbitrage des accusateurs et des juges. Quant à la loi intercalée dans le discours de Démosthène contre Timocrate, suivant laquelle l'Athénien qui refuse le service militaire doit être puni d'une peine afflictive ou pécuniaire, elle ne mérite aucune créance (2). Elle est évidemment l'un de ces nombreux documents apocryphes forgés par les copistes de Pergame et d'Alexandrie.
Il est peut-être inutile d'ajouter que le système de répression qu'on vient de passer en revue existait indépendamment des peines disciplinaires que les chefs des troupes athéniennes, comme ceux de toutes les
(1) A Rome, tous ces faits étaient prévus par les lois militaires. Voy. le Digeste, L. XLIX, tit. 16 {de re militari). Polybe, VI, 33,35 et sùiv. Aulu-Gelle, XVI, 4.