‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 77 sur 203 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

parmi lesquels on comptait le fait de fuir le service de l'infanterie pour prendre indûment celui de la cavalerie (i).

L'espionnage et la désertion à l'ennemi étaient punis de mort (2) ; mais il ne faut pas prendre au sérieux le langage de Meurtius, quand il affirme que le même châtiment atteignait celui qui quittait son rang, jetait son bouclier ou abandonnait l'armée (3). Le système de répression était beaucoup moins sévère. Comme dans l'antique législation de l'Egypte, la plupart des délits militaires n'entraînaient que la dégradation civique (4); seulement, si le dégradé usurpait plus tard les droits dont il était dépouillé, il était condamné à être détenu

(1) Lysias, dans son premier plaidoyer contre Alcibiade, dit formellement que la loi met sur la même ligne l'abandon du poste, la lâcheté et le refus illégitime du service de l'infanterie (§ 5-8). Ce service était, en effet, considéré comme plus dangereux que celui de la cavalerie. Lysias, pour Mantithée, 13.

(2) Pour la peine applicable à l'espionnage, voy. Démosthène, Procès de la couronne, 132, 133. Eschine c. Ctésiplion, 223, 224. Yle des dix orateurs, Démosthène, VIII, 63.

Quant à la désertion à l'ennemi, elle- était assimilée à la trahison (Ulpien, loc. cit.). La peine de mort était même applicable à celui qui, sans être appelé au service militaire, quittait le sol de l'Attique menacé d'invasion. Voy. le discours de Lycurgue c. Léocrate et le chap. 1 ci-dessus.

(3) Le savant professeur de Leide a eu ici, comme dans la plupart de ses écrits, le tort d'accueillir, sans chois et sans critique. les allégations erronées de quelques rhéteurs appartenant à l'ère chrétienne {Themis attica, I, 9).

(4) Démosthène c. Midias, 58, 59; c. Neœra, 27; pour la liberté des Rhodiens, 32. Andocide, Sur les mystères, 74. Eschine c. Ctésiphon, 176; c. Timarque, 29. Lysias c. Alcibiade,!^ 6-9; c. Théomneste, 1. Platon voulait que, dans sa république modèle, les causes militaires fussent toujours appréciables (Lots, XII, p. 943, B).

Voy., pour l'Egypte, mes Études cit., t. l, p. 163.

dans les entraves (i). Le réfractaire et le lâche étaient privés de l'honneur de participer au gouvernement du pays qu'ils n'avaient pas su défendre. Parfois, quand le fait se présentait avec des circonstances exceptionnelles, la confiscation des biens était jointe à l'atimie (2) ; mais on ne saurait voir une peine légale dans le dernier supplice infligé à Cléophon, sous la domination des Trente, sous prétexte qu'il n'avait pas pris sa part des charges militaires (3).

Au surplus, les délits que nous venons de passer en revue n'étaient pas les seuls qui trouvaient leur répression dans la législation militaire de l'Attique. Les soldats qui entretenaient des intelligences avec l'ennemi périssaient sous le bâton (4). Le général ou le triérarque qui abusait de son autorité, qui négligeait ses devoirs ou ne tirait pas convenablement parti des forces qui lui étaient confiées, pouvait être condamné à la peine de mort ou à de fortes amendes (5). Les triérarques qui,

(1) Démostliène c. Timocrate, 103.

(2) Lysias, dans son premier discours contre Alcibiade, conclut formellement à l'atimie et à la confiscation des biens (§ 9 et suiv.). Quelle était ici la circonstance aggravante et exceptionnelle? L'orateur ne le dit pas. Platner suppose qu'Alcibiade méritait un châtiment exceptionnel, parce qu'il ne s'était pas seulement soustrait au service de l'infanterie, mais que, de plus, il s'était glissé dans les rangs de la cavalerie, où personne n'était admis qu'à la suite d'un examen rigoureux (der Process unddîe Klagen hei den Attihern, p. 96).

(3) Lysias c. Agoratus, 12. Ce n'était qu'un acte de tyrannie exercé par les partisans des Trente. L'orateur dit clairement que l'accusation n'était qu'un prétexte,

(4) Lysias c. Agoratus, 67. Il est vrai que le coupable n'était pas Athénien.

(5) Miltiade fut condamné de ce chef à cinquante talents, et Périclés

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