I. Caractère timocratique de cette division
Les sommes, désignées par Tite-Livb et Denys, indiquent le minimum, non pas des revenus, mais de la fortune recensée, exigé pour faire partie de la classe respective.
La fortune recensée du citoyen ne comprit, au moins pendant plusieurs siècles, que les res mancipi dont il avait le dominium quiritarium (3).
Dans le principe, cette fortune n'a pu être évaluée en sommes d'argent ou* en asses\ car l'origine du monnayage à Rome remonte seulement à l'époque décemvirale (451-449).
Il semble que la classe du citoyen était déterminée par la quotité àepraedia ou déjugera agri censui censendo, dont il était propriétaire quiritaire.
MoitMSfcN (4) a émis l'opinion que le censeur Ap. Claudius (312 avant J.-C), le premier, fit entrer dans le census des ci-
(1) Les passages classiques sur cette institution se trouvent chez Tite-Live, I, 43, et chez Denys, IV, 16-18, VII, 59. Ces deux auteurs sont en désaccord sur le cens de la 5e classe, qui aurait été de 12500 as d'après Denys, de 1 1000 d après Tite-Live. En outre Tite-Live ajoute aux deux centuries de comicines et de tubicines, qu'il fait voter avec la 5° classe, une 3° centurie qu'il compose d'accensi. De là chez Tite-Live 194 centuries, tandis que le nombre vrai semble avoir été de 193, chiffre qui est aussi donné par Cicéron, de rep.% II, 22. On est généralement d'accord a dire ou bien que Tite-Live s'est trompé, ou que le texte est fautif. Voyez p. 64, ne 3. — Les travaux nombreux des philologues modernes sur Cicéron, de rep.t II, 22» sont mentionnés par Bec&er, II, 1, 203, n* 423, et Lange, I, 485 ; mais voyez spécialement la restitution du texte présentée par Madvig. I, 114, et approuvée par Francken, 1. 1., 293.
(2) Lanoe, I, 487-501.
(3) Voyez sur les res mancipi et le dominium quiritarium le § qui traite du jus commercii.
(4) H. r., I, 297 (3* éd.), Rech. rom.t I, 305, Les trib. rom., 115, 153. Comparez son Droit public, II, 378, n* 4.
toyens les richesses autres que la propriété foncière (i), et exprima leur cens en des sommes de cuivre ou en asses.
Vas, monnaie en cuivre avec un alliage d'étain et de plomb, était depuis l'introduction de la monnaie l'unité monétaire (2}; mais le poids et la valeur de Yas furent successivement diminués. D'abord, le poids nominal de Yas était d'une livre de douze unciae, le poids réel était un peu moindre (3) : asses librales ou librarii, atts grave (4). Vers 269 avant J.-C, Yas est réduit à 4 onces (as trientaire); vers 241, à 2 onces (asses seœtantari)(s)\ vers 217, à une once; et vers le commencement du premier siècle avant J.-C, en vertu de la lex Papiria, à une demi-once.
De quelle valeur sont les asses des sommes auxquelles les anciens fixent le taux de chaque classe? Cette question capitale est fort controversée.
Tandis que Titb-Live ne détermine pas la nature des as dont il parle (ô), les sommes de monnaies attiques par lesquelles Denys exprime les différents cens (7), prouvent qu'il considérait les as comme sextantaires. Son opinion a été suivie par Boeckh et la plupart des savants modernes, qui se fondent sur cette considération que Yas devint sextantaire à l'époque de la réforme des comices centuriates (241 avant J.-C), et que les auteurs anciens auraient puisé leurs chiffres dans les tabulae censoriae de cette époque (s).
(1) D'après Lange (I, 494, II, 77) et Soltau (413 suiv.) les biens fonds restèrent toujours la seule base de la division politique des citoyens en classes.
(2) Th. Mommskn, Histoire de la monn. rom., p. 2, ne 3. Hultsch, Métrologie grecque et rom. (en ail.). Berlin, 1862. Cf. Maury, Exposé des progrès de l archéologie. Paris, 1867, p. 29-35. d'Ailly, Recherches sur la monnaie rom. depuis son origine jusqu'à la mort d Auguste. Paris, 1868.
(3) Voyez d'Ailly, 1. 1., I, 47, 56.
(4) Varr., de l L, V, 36. Plin., XXXIII, 3 (13) § 42. Paul. Diac, p. 98.
(5) Plin., 1. L, § 44. Frst., p. 347.
(6) Voyez à ce sujet Brlot, Hist. des chev. rom., I, 256 suiv.
(7) D'après lui le cens de la Ie classe, par exemple, est de 100 mines ou 10000 drachmes, c'est-à dire, de 100000 as sextantaires ; car la drachme attique est assimilée & un denarius, 4 sestertii ou 10 as sextantaires. Voyez Belot, 1. 1., I, 251 suiv.
(8) Lange, I, 489. Bokckh, Recherch. métrologiques (en ail.). Berlin, 1838, 427-446. Hertz, De la manière dont Qoettling et Zumpt envisagent les
Au contraire dans l'opinion de Pline l'ancien, suivie récemment par Belot, il s'agit fiasses librales (1).
L'écart entre les deux opinions est assez considérable (2) :
ASSES