LETTRE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON XIII
et d'une obéissance aux lois de l'État aussi parfaite qu'il leur était permis, ils jetaient de toute part un merveilleux éclat de sainteté, s'effor<;aient d'être utiles à leurs frères, et d'attirer les autres à suivre Notre-Seii^neur, disposés cependant à céder la place et à mourir couraj^eusement s'ils n'avaient pu, sans blesser leur conscience, garder les honneurs, les magistratures et les cbarges militaires. De la sorte, ils introduisirent rapidement les institutions chrétiennes non seulement dans les foyers domestiques, mais dans les camps, la Curie et jusqu'au palais impérial : « Nous ne sommes que d'hier et «f nous remplissons tout ce qui est à vous : vos villes, vos (S îles, vos forteresses, vos municipes, vos conciliabules, vos « camps eux-mêmes, les tribus, les déçu ries, le palais, le Sénat, « le Forum » (1). Aussi lorsqu'il fut permis de professer publiquement l'Évangile, la foi chrétienne apparut dans un grand nombre de villes, non vagissante encore, mais forte et déjà pleine de vigueur.
Dans les temps où nous sommes, il y a tout lieu de renouveler ces exemples de nos pères.— Avant tout, il est nécessaire que tous les catholiques dignes de ce nom se déterminent à être et à se montrer les Hls très dévoués de l'Église ; qu'ils repoussent sans hésiter tout ce qui serait incompatible avec cette profession ; qu'ils se servent des institutions publiques, autant qu'ils pourront le faire en conscience, au profit de la vérité et de la justice ; qu'ils travaillent à ce que la liberté ne dépasse pas la limite posée par la loi naturelle et divine ; qu'ils prennent à tâche de ramener toute constitution publique à cette forme chrétienne que Nous avons proposée pour modèle. — Ce n'est pas chose aisée que de déterminer un mode unique et certain pour réaliser ces données, attendu qu'il doit convenir à des lieux et à des temps fort disparates entre eux. Néanmoins, il faut avant tout conserver la concorde des volontés, et tendre à l'uniformité de l'action. On obtiendra sûrement ce double résultat, si chacun prend pour règle de conduite les prescriptions du Siège Apostolique et l'obéissance aux évêques que V Esprit-Saint a établis pour régir l'Église de Dieu (2).
(1) Terlull.,Apoloqét.,n.2,l,
(2) i4c«.,xx, 28.
ut Ecclesiae auctoritas in vita privata observetur, in publica rospualur. Hoc enim esset lionesta et turpia coniunjïere, hominemque seenni facere digladiantem,cumconlra debeat sibi semper constare, ncque ulla in re ullove in ^^enere vitae a virtute Christiana deficere. — Veruni si quaeralur de rationibus mere politicis, de optiino genere reipnblicae, de ordinandis alia vel alia ralione civitatibus, uLi((ue de bis rebus polest lionesLa esse dissensio. Quorum igitnr cognita ceterocpii pietas est, animusque decreta Seiis Aposlolicae obedienter accipere pai'atus, iis vitio verti dissentaneam de rebus, quas diximus, sententiain, iustitianon patitur : multoque est maior iniuria, si in criinen violatae suspctaeve fiJei cathobcae, quod non semel factum dolemus, adiucantur. — Omninoque istud praeceptum teneant qui cogitationes suas soient mandare litteris, maximeque epliemeridum auctores. In hac quideni de rebus maximis coiitentione nihil est intestinis concertationibus, vel partium studiis relinquenduni loci, sed conspirantibus animis studiisque id debeut universi contendere, quod est commune omnium propositnm, religionem remcpie publicam conservare. Si quid igitnr dissidioruni antea fuit, oportet voluntaria quadam oblivione conterete : si quid iniuria auctum, ad qnoscumt[ue demum ea culpa pertineat, compensandum est caritate mutua et praecipuo quodam omnium in Apostolit-am Sedem obsequio redimenJum. — Hac via duas res praeclarissimas cadiolici consecuturi sunt, alteram, ut adiutores sese impertiant Ecclesiae in conservanda propagandaque sapientia Christiana : alteram, ut benefìcio maximo afciant societatem civilem cujus malarum doclrinarum cupidilaìiimque caussa, magnopere periclitatur salus.
LETTItE ENCYCLIQUE DE S. S. LÉON Xlll. 480
La défense du nom chrétien réclame impérieusement que Tassenliment aux doctrines enseii?nées par l'Église soit de la part de tous unanime et constant, et de ce côté il faut se garder ou d'être en quoi que ce soit de connivence avec les fausses opinions, ou de les combattre plus mollement que ne le comporte la vérité. Pour les choses sur lesquelles on peut discuter librement, il sera permis de discuter avec modération et dans le but de rechercher la vérité, mais en mettant de côté les soupçons injustes et les accusatfons réciproques. A cet e fin, de peur que l'union des esprits ne soit détruite par de téméraires accusations, voici ce que tous doivent admettre : la profession intègre de la foi catholique, absolument incompatible avec les opinions qui se rapprochent du rationalisme et du naturalisme, et dont le but capital est de détruire de fond en comble les institutions chrétiennes, et d'établir dans la société l'autorité de l'homme à la place de celle de Dieu.
Il n'est pas permis non plus d'avoir deux manières de se conduire, l'une en particulier, l'autre en public, de façon à respecter l'autorité de l'Église dans sa vie privée, et à la rejeter dans sa vie publique; ce serait là allier ensemble le bien et le mal, et mettre l'homme en lutte avec lui-même, quand au contraire il doit toujours être conséquent et ne s'écarter en aucun genre de vie ou d'affaires de la vertu chrétienne. — Mais s'il s'agit de questions purement politiques, du meilleur genre de gouvernement, de tel ou tel système d'administration civile, des divergences honnêtes sont permises. La justice ne souffre donc pas que l'on fasse un crime à des hommes dont la piété est d'ailleurs connue, et l'esprit tout disposé à accepter docilement les décisions du Saint-Siège, de ce qu'ils sont d'un avis différent sur les points en question.
Ce serait encore une injustice bien plus grande de suspecter leur foi ou de les accuser de la trahir, ainsi que Nous l'avons regretté plus d'une fois. — Que ce soit là une loi imprescriptible pour les écrivains et surtout pour les journalistes. Dans une lutte, où les plus grands intérêts sont en jeu, il ne faut laisser aucune place aux dissensions intestines ou à l'esprit de parti; mais dans un accord unanime des esprits et des cœurs, tous doivent poursuivre le but commun, qui
Haecquidera, Venerabiles Fratres, habuimus, quae universis catholici orbis gentibus traderemus de civitatum constitutione Christiana, offieiisque civium singulorum.
Geterum implorare suminis preeibus oportet coeleste praesidium, orandusque Deus, ut haec, quae ad ipsius gloriam communemque humani generis salutem eupimusetconamur. optatos ad exitus idem Ipse perducat, cuius est illustrare hominum mentes, permovere voluntates. Divinorum anteni beneticioruni auspicem, et paternae benevolenti ae Nostrae testem vobis, Venerabiles Fratres, et Clero populoque universo vestrae fidei vigilantiaeque commisso Apostolicam Benedictionem peramanter in Domino impertimus.
Datum Romae apud S. Petrum die i Nov. an. MDGGGLXXXV. Pontificatus Nostri Anno octave.