‹ Le droit public de l'égliseChapitre 35 sur 39 · I.ETTItK ENCYCLIQUE DE S. S. LÉO.>' XIII · texte numérisé non relu

I.ETTItK ENCYCLIQUE DE S. S. LÉO.>' XIII

révolte, et tout parliculièrement cette prédisposition des esprits où perce déjà la volonté de s'éloi^jner de Dieu ; mais comme tout ce qui est vrai ne peut procéder que de Dieu, en tout ce que les recherches de l'esprit humain découvrent de vérité, l'É.i^lise reconnaît comme une trace de l'intelligence divine : et comme il n'y a aucune vérité naturelle qui infirme la foi aux vérités divinement révélées, que beaucoup la confirment, etque toute découverte de la vérité peut porter à connaître et à louer Dieu lui-même, FÉorlise accueillera toujours volontiers et avec joie tout ce qui contribuera à élargir la sphère des sciences, et ainsi qu'elle l'a toujours fait pour les autres sciences, elle favorisera et encourag^era celles qui ont pour objet l'étude de la nature. En ce genre d'études l'Église ne s'oppose à aucune découverte de l'esprit; elle voit sans déplaisir tant de recherches qui ont pour but l'agrément et le bien-être ; et même, ennemie née de l'inertie et de la paresse, elle souhaite grandement que l'exercice et la culture fassent porter au génie de l'homme des fruits al)ondants. Elle a des encouragements pour toute espèce d'arts et d'industries et, en dirigeant par sa vertu toutes ces recherches vers un but honnête et salutaire, elle s'applique à empêcher que l'intelligence et l'industrie de l'homme ne le détoiuMient de Dieu et des biens célestes.

C'est cetie manière d'agir, pourtant si raisoiinable et si sage, qui est discréditéa en ce temps oli les États non seulement refusent de se conformer aux principes de la philosophie chrétienne, mais paraissent vouloir s'en éloigner chaque jour davantage. Néanmoins, le propre de la lumière étant de rayonner d'elle-même au loin et de pénétrer peu à peu les esprits des hommes, mu comme Nous sommes par la conscience des très hautes et très saintes obligations de la mission apostolique dont Nous sommes investi envers tous les pei'ples, Nous proclamons librement, selon notre devoir, la vérité. Non pas que nous ne lenionsaucun compte des temps, ou que nous estimions devoir proscrire les honnêtes et utiles progrès de notre âge ; mais parce que nous voudrions voir les affaires publiques suivre des voies moins périlleuses et reposer sur de plus solides fondements; et cela en lai^sant intacte la liberté légitime des peuples, celte liberté dont la

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Itaque in tam difficili rerum cursu, catholici homines, si Nos, ut oportet, audierint, facile videbuut quae sua cuiusque sint tam in opinionibus, quam in factis officia. — Et in opinando quidem, quaecumque Pontiiices romani tradiderint vel tradituri sunt, singula necesse est et tenere iudicio stabili comprehensa, et palam, quoties res postulaverit, profiteri. Ac nominatim de iis, quas Hbertates vocant novissimo tempore quaesitas, oportet Apostolicae Sedis stare sudicio, et quod ipsa senserit, idem sentire singulos. Cavendtim, ne quem fallut honesta illarum species : cogitandumque quibus ortae initiis, etquibus passim sustententur atque alantur studiis. Satis iàm est experiendo cognitum, quarum illae rerum effectrices sint in civitate : eosquippe passim genuere fructus, quorum probos viros et sapieutes iure poeniteat. — Si talisalicubi aut reapse sit, aut fiiigaturcogitatione civitas, quae Christian um nomem insectetur proterve et tyrannice, cum eaque conferatur genus id reipublicae receus, de quo loquimur, poterit hoe videri tolerabilius. Principia tamen, quibus nititur, sunt profecto eiusmodi, sicut ante diximus, ut per se ipsa probari nemini debeant.

PoLest tamen aut in privatis domesticisque rebus, aut in publicisactio versari. — Privatim quidem primum ofïicium est, praeceptis evangelicis diligentissime conformare vitamet mores, nec recusare si quid Christiana virtus exigat ad patiendum tolerandumque paulo difîicilius. Debent praeterea singuli Ecclesiam sic diligere, ut communem matrem : eiusque et servare obedienter leges ethonori servire, et iura salva velie : conarique. ut ab iis, in qiios quisque aliquid auctoritate potest, pari pietate colatur atque ametur. — lUud etiam publicae salutis interest, ad rerum urbanarum administrationem conferre sapienter operam : in eaque stadere maxime et efficere, utadolescentibus ad religionem, ad probos mores informandis ea ratione,qua aequum est christianis, publiée consultum sit ; quibus ex rebus magnopere pendet singularum salus civitatum. — Iti;m catholicorum hominum

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vérité est parmi les liommes la source et la meilleure sauvegarde : La vérité vous délivrera (1).

Si donc, dans ces conjonctures difficiles, les catholiques Nous écoulent, comme c'est leur devoir, ils sauront exactement quels sont les devoirs de chacun tant en théorie. qu''en pratique. — En théorie d'abord, il est nécessaire de s'en tenir avec un(; adhésion inél)ranlable à tout ce que les Pontifes romains ont enseigné ou enseigneront ; et, toutes les fois que les circonstances l'exigeront, d'en faire profession publique. Particulièrement en ce ()ui touche aux libertés modernes, comme on les appelle, chacun doit s'en tenir au jugement du Siège Apostolique, et se conformer à ses décisions. // faut prendre garde de se laisser tromper par la spécieuse honnêteté de ces libertés, et se rappeler de quelles sources elles émanent et par quel esprit elles se propagent . et se soutiennent. L'expérience a déjà fait suffisamment connaître les résultais qu'elles ont eus pour la société, et com- ])ien les fruits qu'elles ont portés, inspirent à bon droit de regrets aux liommes honnêtes et sages. S'il existe quelque part, ou si l'on imagine parla pensée un État qui persécute effrontément et tyranniquement le nom chrétien, et qu'on le compare au genre de gouvernement moderne dont Nous parlons, ce dernier pourrait sembler plus tolérable. Cependant les principes sur lesquels se base ce dernier sont de telle nature, ainsi que Nous l'avons dit, qu'en eux-mêmes ils ne doivent être approuvés par personne.

En pratique, l'action peut s'exercer soit dans les afl'aires privées et domestiques, soit dans les affaires publiques. — Dans l'ordre privé, le premier devoir de chacun est de conformer très exactement sa vie et ses mœurs aux préceptes de l'Évangile, et de ne pas reculer devant ce que la vertu chrétienne impose de quelquepeu difficile à souffrir et à endurer. Tous doivent, en outre, aimer l'Église comme leur mère commune, obéir à ses lois, pourvoir à son honneur, sauvegarder ses droits et prendre soin que ceux sur lesquels ils exercent quelque autorité la respectent et l'aiment avec la même piété

(i) Jean, vni, 34.

operam ex. hoc tamquain aiijïustiore campo longius excurrere, ipsamque summani rempublicam compler-ti, ijeneratiiìi utile est atque honestuin. Geiieratim eo dicimus, quia liacc praecepta Nostra gentes universas attiiiguiit. Ceterum potest alicubi accidere, ut, maximis instissimisque de caussis, reinpublicam capessero in muneribusquepoliticis versari, nequa- (juam expédiât. Sei geiieratim, ut diximus, nullam velie rcriun publicarum partem attingere tam esset in vitio, quam nihil ad communem utilitatem atferre studii, nihil operae : 00 velmagis quod catliolici homines ipsius, quam profitenlur, admonitione doctrinae, ad rem integre et ex fide gerendain impelluiitur. Gontra, ipsis otiosis, facile habenas accepturi snnt ii, quorum opiniones spem salutis haud sane magnani afferant. Idque esset etiam cum pernicie coniunctum christiani nominis : propterea quod plurimum possent qui male essent in Ecclesiam animati; minimum, qui bene. Quamobrem perspicuum est, ad rempublicam adeundi caussamesse iuslam catholicis : non enim adeunt, ncque adire debent oh eani caussam, ut probent quod est hoc tempore in rerum publicarum rationibus non honestum ; sed ut has ipsasrationes, quoad fieri potest, in bonum publicum transférant sincerum alque veruni, destinatum animo habentes, sapientiam virtutemque catholicae religionis, tamquam saluberriniuin succum ac sangui nem, in omnes reipublicae venas inducere. — Haud aliter actum in primis Ecclesiae aetatibus. Mores enim et studia ethnicorum quam longissime a studiis abhorrebant nioribusque evangelicis : christianos ta mon cernere erat in media superstitione incorruptos semperque suisimiles animose, quacuraque daretur aditus, interré sese. Fidèles in exemplum principibus, obedientesque, quoad fas esset, imperio legum, l'undebant mirilicum splendoreni sanctitatis usquequaque; prodesse studebant fratribus, vocare coteros ad sapientiam Christi, cedere tamenloco atque emori lorLiter parati, si honores, si magisLratus, si imperia retinere, incolumi virtute, nequivissent. Qua rationeceìeriter instituta Christiana non modo in privatas donios, sed in castra, in curiam, in ipsam regiam invexere. « Hesterni sunius, et « vostra omnia implevimus, urbes, insulas, castella, muni- « cipia, conciliabula, castra ipsa, tribus, docurias, palatium,

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filiale. Il importe encore au salut public que les catholiques prêtent sagement leur concours à radministration des affaires municipales, et s'appliquent surtout à faire en sorte que l'autorité publique pourvoie à l'éducation morale et religieuse de la jeunesse, comme il convient à des chrétiens; de là dépend surtout le salut de la société.- — Il sera généralement utile et louable que les catholiques étendent leur action au delà des limites de ce champ trop restreint et abordent les grandes charges de l'État. Généralement, disons- Nous, car ici Nos conseils s'adressent à toutes les nations. Du reste, il peut arriver quelque part que, pour les motifs les plus graves et les plus justes, il ne soit nullement expédient de participer aux affaires politiques^et d'accepter les fonctions de l'État.

Mais généralement, comme Nous l'avons dit, refuser de prendre aucune part aux affaires publiques, serait aussi répn^hensible que de n'apporter à l'utilité commune ni soin ni concours; d'autant plus que les catholicpies, en vertu même de la doctrine qu'ils professent, sont obligés de remplir ce devoir en toute intégrité et conscience. D'ailleurs, eux s'abstenant, les rênes du gouvernement passeront sans conteste aux mains de ceux dont les opinions n'offrent certes pas grand espoir de salut pour l'État. Ce serait, de plus, pernicieux aux intérêts chrétiens, parce que les ennemis de l'Église auraient tout pouvoir et ses défenseurs aucun. Il est donc évident que les catholiques ont de justes motifs d'aborder la vie politique; car ils le font et doivent le faire, non pour approuver ce qu'il peut y avoir de blâmable présentement dans les institutions politiques, mais pour tirer de ces institutions mêmes, autant que faire se peut, le bien public sincère et vrai, en se proposant d'infuser dans toutes les veines de l'État, comme une sève et un sang réparateur, la vertu et l'influence de la religion catholique.

Ainsi fut-il fait aux premiers âges de l'Église. Rien n'était plus éloigné des maximes et des mœurs de l'Évangile, que les maximes et les mœurs des païens; on voyait toutefois les .chrétiens, incorruptibles en pleine superstition et toujours semblables à eux-mêmes, entrer courageusement partout où s'ouvrait un accès. D'une fidélité exemplaire envers les princes,

« sonatum, l'oruni (1) : » ila ut iides cliristiana, cum Evan- ^^elinm publiceprolìteri lege; liciiit, non in cuiiis vai^iens, sed adulta et iam satis firma in magna civitatum parte apparuerit.

lamvero his temporibus consentaneum est, liaec maiorum exempla renovari. — Catholicos quidem, ({uotquot digni sunt eo nomine, primum omnium necesse est amantissiraos Ecclesiae iilios et esse et videri velie : quae res nequeant cum liac laude consistere, eas sine cunctalionerespuere : institutis populorum, quantum honeste fieri potest, ad veritatis iustitiaeque patrocinium uti : elaborare, ut constitutum naturae Deique legemodum libertas agendi ne transiliat : dare operam ut adeam, quam diximus christianam similitudinem et ibrmam omnis respublicatraducatur. — Harum rerum adipiscendarum ratio constitui uno certoque modo haud commode potest, cum debeat singulis locis temporibusque, quae sunt multum inter se disparia, convenire. Nihilominus conservanda in primis est voluntatum concordia, quaerendaque agendorum similitudo. Atque optimeutrumqueimpetrabitur, si praescripta Sedis Apostolicae legem vitae singuli putent, atque Episcopis obtempèrent, quos Spiritus sanctus posuit regere EcdesiamDei (2). — Defensio quidem catliolici nominis necessario postulat ut in protitendisdocirinis, quae ab Ecclesia traduntur, una sit omnium sententia, et summa constantia, et hac ex parte cavendum ne quis opinionibus falsis aut ullo modo conniveat, aut mollius résistât, quam veritas patiatur. De iis quae sunt opinabilia, licebit cum moderatione studioqueindagandae veritatis disputare, procul tamen suspicionibus iniuriosis, criminiationibusque mutuis. — Quam ad rem, ne animorum coniunctio criminandi temeritate dirimalur, sic intelligant universi : integritatem profossionis catbolicae {;oiìsistere nequaquam posse cum opinionibus adnaturalismum vel ralionaUsmum accedentibus, quarum summa est tollere funditus inslituta Christiana, liominisque stabilire in societate principatum, posthabito Deo. Pariter non licere aliam oiììcii formam privatim sequi, aliam publiée, ita scilicet

(1) Tci'lulL, Apol., n. 37.

(2) Ad., XX, 28.

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