II AVANT-PROPOS DE LA SECONDE ÉDITION
jamais bien trouvé sa place dans ce système. Les objections politiques qu'il y avait à faire la théorie d'une magistrature qui enferme pratiquement dans des formes républicaines une omnipotence de magistrat d'une couleur militaire, qui a pour caractère de ne présenter ni noms correspondants aux pouvoirs ni pouvoirs correspondants aux noms, a nécessairement contribué à cela. Mais une autre raison, au moins aussi importante, a été que le principat est toujours demeuré théoriquement une magistrature extraordinaire et que l'ordre des choses républicain subsistait comme cadre à côté et au-dessus de lui. Vordo judiciorum p?ivatorum a encore longtemps dominé en théorie dans la procédure civile, après avoir été supplanté pratiquement par Vextraordmarïa cognitio. De même on s'en est tenu, sous l'Empire, pour les doctrines et la systématisation du droit public, au droit public de la République. Nous pouvons le conclure, même du misérable exposé de Pomponius. Ce n'est pas seulement par frayeur qu'on s'est abstenu d'étudier et de discuter scientifiquement la puissance proconsulaire et la puissance tribunicienne du prince de la même façon que le consulat et la préture. La vigueur d'esprit et l'intelligence politique des savants de ce temps n'étaient pas susceptibles de s'élever au-dessus d'un classement superficiel des particularités extérieures rénovées par le principat. Il est caractéristique que les seuls écrivains chez lesquels on trouve une discussion approfondie ou du moins des indications théoriques sur la nature de la puissance impériale, Appien et Dion Cassius, soient des Égyptiens et des hommes d'Asie-Mineure, absolument ignorants de la nature spécifique de la constitution romaine, qui ont essayé de formuler le principat de la période récente, en le faisant du point de vue pure-
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ment monarchique qui conviendrait, par exemple, aux états des diadoques, et naturellement en défigurant les traits essentiels de cette institution toujours restée plus républicaine que monarchique. Nous savons jusqu'à un certain point comment les Asiatiques et les Alexandrins d'éducation hellénique du ii" et du m' siècle se sont représenté la création d'Auguste et les expositions modernes ont été faites sous l'influence de leurs théories, en particulier des idées exprimées par Dion dans les discours d'Agrippa et de Mécène. En face de cette falsification, je me suis avant tout efforcé de montrer le principat du i" siècle dans sa liaison intime avec la République et de rendre intelligible à nos façons de penser modernes cette production dernière de la force politique créatrice de la République romaine, dans sa physionomie à la fois étrange et grandiose, dans sa physionomie individuellement romaine en même temps que caractéristique de la fin deJ'État romain proprement dit.
Je ne parle pas des difficultés qu'opposent aux recherches les arrana Imper'ù. L'exposition des caractères généraux du principat y est étrangère ; mais elle-même n'est pas une tâche facile ; car, d'une part, on ne trouve, pour disposer cette vaste matière, l'appui d'aucune détermination passée et il faut donc librement en fixer le plan ; et, d'autre part, ce tableau d'ensemble doit, pour être vivant et complet, faire dans chaque domaine spécial le total des points essentiels eu même temps que, pour rester un tableau d'ensemble, il ne peut retracer avec les détails d'une monographie chacune des branches de ce gouvernement étendu. Je me suis efforcé de n'oublier ni les arbres ni la forêt; mais j'ai, dans cette iruvre, vivement ressenti la nécessité avec laquelle la description générale du principat demande d'être complétée par une