‹ Le droit socialChapitre 44 sur 95 · LA. RÈGLE DE DROIT · texte numérisé non relu

LA. RÈGLE DE DROIT

sociale, qui suivant les temps et les pays revêt des formes diverses, et que tout acte individuel conforme à cette règle reçoit une sanction sociale, qui elle aussi varie suivant les temps et les pays.

Celte règle sociale, quelque nom et quelque fondement qu'on lui donne, existe certainement, ne peut pas ne pas exister, car sans elle la société n'existerait point. Toute société est une discipline ; et comme l'homme ne peut vivre sans société, il ne peut vivre que soumis à une discipline. Mon intention n'est point ici de démontrer plus longuement la réalité de cette règle, ni d'en déterminer le fondement. J'ai tenté de le faire ailleurs \ Aussi bien cette salle est-elle encore remplie des accents éloquents avec lesquels M. Léon Bourgeois, M. Darlu, M. Rauh, M. Gide, affirmaient naguère encore le principe de solidarité et en développaient les principales applications ^ Je crois bien en effet que la règle sociale dont je parle a pour fondement le fait de la solidarité sociale, que je n'entends pas tout à fait

I . Cf. mon volume intitulé L'État, le droit objectif et la loi positive, 1901, particulièrement les chapitres I et II.

■2. Essai d'une philosophie de la solidarité, conférences et discussions, 1901-1902; Les applications sociales de la solidarité, conférences, 1902-1903. (Paris, Félix Alcan.)

cependant comme les éloquents orateurs dont je viens de citer les noms. Je ne vois pas notamment comment peut intervenir ici l'idée d'un quasi-contrat, qu'on a souvent invoquée. Je ne vois pas ce que cette expression, que l'on détourne du sens précis qu'elle a dans la technique du droit romain et du Gode civil, ajoute de précision à la notion de solidarité sociale. Dans la solidarité je ne vois que le fait d'interdépendance unissant entre eux par la communauté des besoins et la division du travail les membres de l'humanité et particulièrement les membres d'un même groupe social. J'ajoute qu'on a fait depuis quelques années un abus si étrange de ce beau mot de solidarité que j'hésite maintenant à l'employer. Il n'y a pas de politicien de village qui ne parle de la solidarité sociale, sans comprendre au reste la portée de ces mots. Aussi préféré-je dire l'interdépendance sociale.

Les hommes sont donc soumis à une règle sociale fondée sur l'interdépendance qui les unit. Cette règle il faut nécessairement qu'elle existe. Si l'on en contestait le fondement, je n'hésiterai pas à la postuler comme disent les philosophes. De môme qu'Euclide a fondé tout son système de géométrie sur le postu-

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