‹ Le droit socialChapitre 45 sur 95 · LA RÈGLE DE DROIT · texte numérisé non relu

LA RÈGLE DE DROIT

lat des parallèles, de même l'homme moderne peut-il fonder tout le système politique et social sur le postulat d'une règle de conduite s'imposant à tous.

J'ajoute seulement sur ce point deux observations. D'abord cette règle de conduite n'est point une règle de morale, mais bien une règle de droit. Elle ne s'applique qu'aux manifestations extérieures de la volonté humaine ; elle ne s'impose point à l'homme intérieur; elle est la règle de ses actes extérieurs, et non pas celle de ses pensées et de ses désirs, ce que doit être au contraire toute règle de morale. De plus, elle n'impose à l'homme que les actes ayant une valeur sociale et parce qu'ils ont cette valeur. Notre règle n'est point fondée sur l'idée que l'on se forme d'une certaine qualité en soi de l'acte commandé ou défendu, mais sur l'efTet social qu'est susceptible de produire tel ou tel acte individuel. Notre règle est comme la loi organique delà vie sociale, sans donner d'ailleurs à ces expressions plus de portée que celle d'une simple métaphore.

On voit par là en même temps, et c'est ma seconde observation, quelle différence profonde sépare ma conception d'une règle

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sociale, que j'appelle la règle de droit, de l'ancienne conception du droit naturel *. Celle-ci est la conception d'un droit idéal, absolu, vrai d'une vérité géométrique, dont les hommes doivent travailler à se rapprocher constamment davantage. Notre règle de droit au contraire n'a rien d'absolu. Elle n'est point un idéal, mais un fait. Elle est essentiellement changeante comme les sociétés humaines ; elle dérive de leur structure infiniment variable ; c'est dire qu'elle varie avec les "formes de vie si diverses que nous présentent les sociétés humaines.

Enfin la doctrine traditionnelle du droit naturel repose sur la reconnaissance à tout individu humain de certains droits qui lui appartiendraient naturellement, à cause de sa qualité d'homme, à cause, suivant l'expression du regretté Henry Michel '% de l'éminente dignité de la personne humaine. Ces droits je les repousse énergiquement parce que ce sont des concepts métaphysiques a priori, c\m ne peuvent point servir de fondement à un système politique positif.

1. Cf. Gëny, compte rendu de mon livre, L'Etat, le droit objectif, dans Revue critique de la législation, 1901, p.5o8.

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