LE MOUVEMENT SYNDICALISTE
taine, et aussi la protection efficace qu'il assurera aux individus contre l'arbitraire des gouvernants.
Tout cela a été bien compris par un noble esprit qui, pendant sa trop, courte carrière, a été un des plus puissants instigateurs du mouvement syndicaliste. Fernand Pelloutier écrivait dans son Histoire des bourses du travail^ publiée en 1902, un an après sa mort : « Il est vrai que les hommes qui croient à lEtat providence doivent éprouver quelque antipathie pour ces libres associations d'hommes (les syndicats). Mais comment ceux qui aiment la liberté, qui repoussent le système centralisateur..., comment ceux-là ne comprennent-ils pas que les groupes corporatifs sont les cellules de la société fédéraliste prochaine ? (Le système tend à) former, d'après la loi de séparation des organes, des groupes médiocres (Pelloutier veut dire des groupes d'importance numérique médiocre) respectivement souverains, et unis, dans la mesure et pendant la durée jugées par eux utiles, par des pactes fédératifs librement établis*. »
Au resic; l'influence de l^roudlion "^ et de
1. Pelloutier, Jlist. des bourses du travail, 1902, p. 169. ». Assurément dans l'œuvre si touffue et si diverse de
I aG THDISIÈME CONFÉRENCE
BakoLinine ' est là cerlaine ; elle se fait fortement sentir et sur les doctrines et sur le
Proudhon, on trouve facilement des idées d'ordre différent et quelquefois contradictoires. Cependant l'idée directrice paraît bien avoir été celle de l'organisation de la société en un arrangement de classes sociales organisées et réglant leurs rapports par des conventions collectives. Voici le passage qui me paraît le plus caractéristique : « Ce que nous mettons à la place du gouvernement, nous l'avons fait voir, c'est l'organisation industrielle. Ce que nous mettons à la place des lois, ce sont les contrats. Point de loi votée ni à la majorité, ni à l'unanimité; chaque citoyen, chaque commune ou fédération fait la sienne. Ce que nous mettons à la place des pouvoirs politiques, ce sont les forces économiques: ce que nous mettons à la place des anciennes classes de citoyens, noblesse et roture, bourgeoisie et prolétariat, ce sont les catégories et spécialités de fonctions, agriculture, industrie, commerce, etc. Ce que nous mettons à la place de la force publique, c'est la force collective. Ce que nous mettons à la place des armées permanentes, ce sont les compagnies industrielles. Ce que nous mettons à la place de la police, c'est l'identité des intérêts. Ce que nous mettons à la place de la centralisation politique, c'est la centralisation économique. L'apercevez-vous maintenant cet ordre sans fonctionnaires, cette unité profonde et tout intellectuelle ? Ah ! vous n'avez jamais su ce que c est que l'unité, vous qui ne pouvez la concevoir qu'avec un attelage de législateurs, de préfets, de procureurs généraux, de douaniers, de gendarmes! » (Proudhon, Idée générale de la révolution au XIA'*^ siècle, OEuvres complètes, X, 18G0. p. aSg et iGo).
I. L'influence ile Bakounine en France a certainement été assez restreinte. Son nom doit cependant être rapproché de celui de Proudhon. On lira avec intérêt le morceau publié dans le tome I de ses Œuvres, édit. française, sous le titre : Fédéralisme, socialisme et antithéologisme. Toutefois le fédéralisme qu'il y enseigne paraît être plutôt un fédéralisme de provinces et de communes qu'un tédéralisme de classes. Cf. notamment p. 16.