LE MOUVEMENT SYNDICALISTE I
mouvement dont nous parlons. Mais le temps ne me permet pas d'y insister *.
I. M. Esmein dans la S'' édit. 1909 de son Droit constiiutionnel, p. 40» après avoir exposé et critiqué ce qu'il me fait le grand honneur d'appeler les « doctrines de M. Diiguit », écrit : « Jusque là elles pouvaient paraître inof'eneives, car tout en niant la souveraineté et l'Etat, elles laissaient sous une autre forme, à l'autorité politique, aux gouvernants les prérogatives essentielles et nécessaires. M. Duguit vient de faire une adhésion éclatante à d'autres doctrines, qui elles non plus ne sont pas nouvelles, mais qui sont fort menaçantes pour la société politique et qui tendent à détruire l'Etat en fait aussi bien qu'en droit... » Suivent de longues citations de Proudhon pour prouver qu'il est le père des doctrines syndicalistes. — Cela appelle quelques observations. Je n'ai jamais contesté et je le dis au texte que Proudhon fût le père de ce qu'on est convenu d'appeler les doctrines syndicalistes. Mais, contrairement à ce que semble penser M. Esmein, ce n'est pas une preuve de leur fausseté. D'autre part, je tiens à répéter ce que j'ai dit dans l'avertissement de cette édition : pour moi le syndicalisme n'est ni un parti ni une doctrine, il est un fait, un fait d'une portée considérable, qui est à la fois la cause et la conséquence de la disparition de l'Etat i-égalien et jacobin. M. Esmein croit que l'équilibre social ne peut exister que par la souveraineté de la nation personnifiée, que toute autre structure sociale est anarchie et barbarie. Cette manière de voir n'a rien de scientifique. Toute la question est de savoir si la souveraineté nationale est une réalité ou une pure conception de l'esprit, si la croyance à la souveraineté nationale est encore une force sociale ou si elle est morte comme la croyance au droit divin, si des classes sociales sont en train de se former, de se donner une structure juridique définie et de se coordonner. Si les faits sont cela, et nous croyons que l'observation démontre qu'ils le sont, tous les pleurs que l'on versera sur la disparition de la croyance à la souveraineté nationale et de la forme d'Etat fondée sur elle n'y changeront rien, et 1 on n'arrivera à un résultat utile qu'en agissant dans le sens de l'évolution qui 88 produit et qui est plus forte que les hommes.
COMMENT LE MOUVEMENT SYNDICALISTE SE COORDONNE AVEC LA TRANSFORMATION DIT RÉGIME POLITIQUE.
Commentée mouvement syndicaliste secoordonne-t-il avec la transformation de TÉlat marquée dans les conférences précédentes ? Il n'est pas difficile de le montrer au point de vue politique pur et au point de vue des services publics.
M. Fournière, bien connu dans cette maison, a écrit : « Par la vertu de l'association, nous éviterons deux écueils redoutables : d'une part la violence d'un soubresaut révolutionnaire, d'autre part l'omnipotence de l'Élat, c'est-à-dire la tyrannie aggravée de la démagogie \ » L'éminent écrivain a bien compris l'erreur de nos pères, qui avaient < m
1. Vouvmvve, L'inJi^-idu, l'association et VEtnt. 1906, p. ai. (Paris. F. Alcau). Rapp. Id., La Sociocratie, Revue Socialiste, mars 1908, p. aSS et suiv. ; Adaptation de l État à sa fonction économique, Ibid., janvier 1908, p. i et suiv.